[Les dessous du tennis féminin] - [OGM et transdisciplinarité] – [La peur bleue] -
[Andreï Tarkovski

Les dessous du tennis féminin 

Nathalie Tauziat

 

Qui a osé dire que la rubrique « littérature » 
d’@xé libre se souciait peu de l’actualité ? 

Les dessous du tennis féminin

A peine les Internationaux de Roland Garros viennent-ils de débuter que nous vous recommandons chaudement la lecture du livre de Nathalie Tauziat sur l’univers impitoyable du tennis féminin. La championne française, nullement nombriliste, ne se contente pas de relater son propre parcours (on conviendra que 200 pages sur le sujet auraient pu très vite lasser) mais nous livre sa vision du monde professionnel du tennis féminin. Toute personne qui s’intéresse de près ou de loin à ce sport se délectera de toutes les anecdotes et explications que contient ce livre qui, à défaut d’être bien écrit (on conseillera vivement à l’éditeur de créer quelques postes de relecteurs…), contient une foule d’informations amusantes, étonnantes ou instructives. Saviez-vous, par exemple, que, dans les tournois, les dix premières joueuses mondiales ont droit à un traitement de faveur, bénéficiant de vestiaires de luxe auxquelles les autres joueuses n’ont pas accès ? On apprendra également que l’inégalité des prix entre hommes et femmes dans les tournois pourrait avoir une justification logique : les matches féminins ne se jouent qu’en trois sets et non en cinq, ce qui laisse le temps aux joueuses de participer à un plus grand nombre de rencontres en double, et donc d’augmenter leurs revenus, contrairement à leurs homologues masculins.

Pour notre plus grand plaisir à tous (ne niez pas, on aime tous ça), Nathalie Tauziat nous révèle quelques potins et nous livre sa vision de quelques-unes de ses collègues. Sachez par exemple que Mary Pierce file actuellement le parfait amour avec un joueur de baseball américain et qu’il est manifestement beaucoup moins facile d’instaurer une bonne ambiance au sein d’une équipe de Fed Cup qu’au sein d’une équipe de Coupe Davis ! Nathalie Tauziat sait parfois trouver des formules efficaces pour traduire sa pensée. Ainsi, à propos de la belle et très médiatisée Anna Kournikova : « en mettant en scène une vie plus ou moins sulfureuse, les gens chargés de sa promotion excitent les curiosités et donnent à sa carrière un tour flamboyant. Mais je crois que ce qui flambe le plus autour d’elle, ce sont surtout les prix. Beaucoup de chiffres ont été avancés. Il est très probable qu’elle ait gagné plus en sponsoring que sur le court depuis le début de sa carrière pro, en 1996. »

Ces quelques phrases appellent d’ailleurs à une réflexion sur les deux conceptions du tennis professionnel : alors que certains voient avant tout dans les joueuses des athlètes de haut niveau, d’autres cherchent à tout prix en faire des stars. Nathalie Tauziat est une fervente adepte de la première conception. Elle n’a jamais recherché la médiatisation à outrance mais a toujours travaillé sans relâche, progressant à son rythme, intelligemment, sans exiger trop de son corps (elle a très peu de blessures à son actif) et sans l’aide de produits douteux dont nombre de ses homologues n’hésitent pas à abuser, comme le démontre la transformation incroyablement rapide de leur corps en l’espace de quelques mois. La championne française a su trouver un juste équilibre dans sa vie, évitant ainsi tout dérapage, contrairement par exemple à Jennifer Capriati, qui, montée trop vite au sommet, en redescendit tout aussi rapidement, avant de faire à présent un retour remarqué, dont Nathalie Tauziat souligne à juste titre l’exploit qu’il représente. Les résultats sont incontestables : classée numéro 1 française pendant sept années consécutives, Nathalie Tauziat est parvenue au cinquième rang mondial en février 2000, à plus de trente ans. Son travail a fini par porter ses fruits. Comme elle le précise à la dernière page du livre : « le bonheur se trouve juste au bout de l’effort ». Cette leçon est une leçon de vie et elle ne vaut pas que pour le tennis. Bien que le sujet ne semble pas s’y prêter, j’oserai malgré tout un parallèle avec « Propos sur le bonheur », dans lequel Alain écrivait : « celui qui porte toute son attention sur un acte assez difficile, celui-là est parfaitement heureux ». J’envie les sportifs de haut niveau. Ils doivent être heureux. 

Carole Lanzi

 

Nathalie TAUZIAT

 

 

 

 

OGM et transdisciplinarité 

 

Plantes et aliments transgéniques
Jean-Marie PELT

 

D’un côté, il y a les pro-OGM, ceux pour qui les organismes génétiquement modifiées donnent l’espoir d’un monde meilleur, dans lequel les plantes, qui pourront produire des médicaments, des substances les protégeant des insectes ravageurs ou encore offrir d’excellents rendements, contribueront à soigner les malades, protéger l’environnement et nourrir l’humanité entière. Il s’agit bien sûr en premier lieu des quelques entreprises dans le monde à s’être lancées dans la bataille des OGM et qui espèrent s’enrichir de millions de dollars en vendant les semences de ces plantes aux agriculteurs.

De l’autre côté, on trouve ceux qui s’inquiètent de la capacité de l’homme à modifier le patrimoine génétique de dizaines d’espèces. Jean-Marie Pelt fait partie de ceux-là. Son ouvrage a le mérite d’apporter un éclairage scientifique sur ce sujet complexe. L’éminent professeur de biologie végétale, qui sait de quoi il parle, en appelle à la prudence : nul ne peut aujourd’hui prédire quelles seront les conséquences de la mise en culture de plantes génétiquement modifiées.

En effet, les nouvelles caractéristiques de ces plantes pourront se transmettre à d’autres, proches, avec lesquelles les croisements sont possibles. Prenons l’exemple d’une culture rendue résistante aux herbicides. La transmission de cette caractéristique à d’autres plantes pourrait conduire à l’invasion de mauvaises herbes dont on ne saurait plus se débarrasser. En outre, l’homme est loin de connaître tous les secrets de la génétique. On a par exemple constaté que des espèces végétales très éloignées présentent néanmoins certaines caractéristiques génétiques communes. Ceci pourrait s’expliquer par la transmission de fragments de génomes d’une espèce à l’autre par le biais de bactéries. Les nouvelles caractéristiques génétiques conférées par l’homme risquent donc de se disséminer dans la nature à tort et à travers.

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux arguments cités par Jean-Marie Pelt. Celui-ci souhaite une plus grande transdisciplinarité, qui permettrait une meilleure compréhension du monde, et, notamment, des conséquences dans leur ensemble de la culture d’OGM. L’auteur regrette les « clôtures infranchissables » que l’homme a érigées entre les différentes disciplines scientifiques : « chaque discipline a son objet, sa méthode, mais aussi ses rites et ses tics. Son vocabulaire est volontiers abscons pour des spécialistes de disciplines voisines, tant et si bien que les échanges sont rares et, quand ils existent, rarement féconds ». Que ce soit dans les domaines scientifique ou artistique, on se tue à vous le dire, la transdisciplinarité, il n’y a que ça de vrai…

Carole Lanzi

" La nature n'admet pas la plaisanterie ; elle est toujours vraie, toujours sérieuse, toujours sévère ; elle a toujours raison. Les fautes et les erreurs viennent toujours de l'homme "

Goethe

 

 

 

 

 

LA PEUR BLEUE

Guillaume Durand (Grasset) 

 
" La Peur bleue " est un tour d'horizon vif et sincère sur l'expérience d'un journaliste de la nouvelle génération post-soixantehuitarde. Sur le fond d'un règlement de compte avec les auteurs des illustres Guignols de l'info sur Canal + TV, Guillaume Durand lance un coup de gueule contre un système médiatique qui se prend au jeu de ses prétentions; devenir un vecteur essentiel et incontournable du penser fort et caustique. Mais les limites de cette ambition sont assez clairement mises à jour par le journaliste qui après enquête associe la " cour " des Guignols à celle des bouffons d'une caste ellitiste moyen-ageuse et sans humanité. Serait-ce un trait marquant de notre début de siècle cynique qui joue la rebellion sans rien remettre en question dans le fond ? L'ère du fric et du foot roi ?

Les Guignols ont voulu le mettre à mal lui aussi mais n'y sont pas parvenus. Durand a souffert d'une " peur bleue " qui l'a poursuivi depuis l'enfance jusqu'aux semaines tendues de son activité à Canal +, mais n'a jamais perdu l'esprit et le goût des valeurs humanistes et artistiques qui ont forgé son éducation. Dans l'ensemble, je pense qu'il s'agit d'un livre honnête sur notre modernisme effréné, la course au sensationnel médiatique raconté de l'intérieur par un homme qui veut encore pouvoir croire que la vie est une aventure, que tout n'a pas encore été dit et inventé. Il est important de ne jamais oublier que malgré toute forme de pression existante, on ne peut faire taire la vérité.

José OGAB

Marie Lecoq : " Attention Guillaume, dans moins de trois secondes tu vas rejoindre tes ancêtres. Tu verras c'est super drôle...

"C'est quoi ce bordel ?"