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Le magot de Momm

AMOUR EN FUITE

LA PETITE BIJOU

CARLOTA FAINBERG

Une femme de ménage

HARRY POTTER   

VIRGIN SUICIDES

LE PORTIQUE

La triste fin du petit Enfant Huître

EXTENSION DU DOMAINE DE LA LUTTE

AUTOBIOGRAPHIE D'UN AMOUR

MANUEL DU GUERRIER DE LA LUMIÈRE

LES CENDRES D'ANGELA

POURQUOI FAIT-IL SI SOMBRE ?

COMPÈRE LAPIN DANS L'ÎLE

1984

LES ESSAIS


J'ai  perdu un bras au retour de mon dernier voyage. Le bras gauche.

J'ai perdu presque un an de ma vie aussi et une bonne part du confort et de la sécurité dont je ne mesurais pas la valeur tant que je les avais. Quand la police l'a relâché, Kevin est venu à l'hôpital et il ne m'a pas quittée pour que je sache que je ne l'avais pas perdu, lui aussi.

Mais avant de pouvoir le retrouver, j'avais dû convaincre la police que sa place n'était pas en prison. Il avait fallu du temps. Les officiers de police étaient des ombres qui surgissaient par intermittence à mon chevet pour me poser des questions que j'avais le plus grand mal à comprendre.

 

Liens de Sang Octavia Butler 
aux éditions Dapper

 

HARRYPOTTERMANIA
ou un conte de fée presque ordinaire...

Petit ou grand, moldus* ou sorcières bien aimées, avec ou sans polynectar*, il vous sera difficile de faire l'impasse sur l'évènement. Dans la nuit de mardi 28 au mercredi 29 novembre, à minuit pile, le quatrième tome des aventures de Harry Potter de Joanne K. Rowling, va enfin arriver en france.

(*) Moldu : personnage sans pouvoir magique...

Polynectar : Potion magique permettant de se transformer en la personne de votre choix

è En savoir plus
   sur l'histoire ?
 

Fichtre ! La belle affaire, direz-vous. Ne réalisez-vous pas que ces 656 pages, publiées par Gallimard Jeunesse à 400.000 exemplaires, risquent de provoquer bien des nuits blanches à vos chérubins... Avez-vous déjà oublié le Bilbo, le hobbit de votre enfance ?

Mais, à parler franchement, de ces aventures d'un petit apprenti sorcier nommé Harry, ou de l'histoire, bien réelle, de l'auteur, il nous est difficile de savoir où est le véritable conte de fée.

Joanne K. Rowling, jeune galloise de 33 ans, a comme beaucoup d'autres traversée les affres de la pauvreté, du chômage et des galères en tout genre. Seule avec sa petite fille, fraîchement séparée de son mari, il lui vient un jour l'idée de narrer les aventures d'un petit sorcier. Après bien des nuits passées dans les pub d'Edimbourg à écrire, elle fini par accoucher du premier tome. Chose incroyable, un éditeur américain, puis d'autres de différents pays - dont la France se l'arrache. Boule de neige et abracadabra, c'est le jackpot. Quarante millions d'exemplaires vendu en moins 
de trois ans.

Au moment où l'on parle d'une nouvelle adaptation de Ma Sorcière bien aimée, n'est-ce pas un jolie conte de noël... Marketing et magie oblige...                                                         P.H.

 

 

Virgin suicides

Jeffrey Eugenides

Entièrement conquise par Virgin Suicides, premier film de Sofia Coppola, et partie en quête du roman éponyme de Jeffrey Eugenides, j’eus la surprise de découvrir ledit ouvrage au rayon des romans policiers du Virgin Megastore des Champs-Elysées. Pourtant, Virgin Suicides ne peut se classer dans cette catégorie. Certes, le narrateur, vingt ans plus tard, tente de comprendre les raisons du suicide des jeunes sœurs Lisbon. Mais tout suicide est par définition un mystère impossible à percer. A dire vrai, Virgin Suicides est un livre inclassable, une curiosité à découvrir absolument. Le suicide des cinq adolescentes est un prétexte, une idée de génie pour aborder sous un angle enfin neuf le thème mille fois ressassé de l’adolescence. Associant l’humour au drame, Jeffrey Eugenides illustre le caractère à la fois merveilleux et tragique de cette période, celle des premières amours et de multiples découvertes mais aussi du mal-être et des prises de conscience. Il démontre s’il en était encore besoin le drame que constitue l’entrée dans l’âge adulte. Ainsi, à propos de jeunes filles quittant le lycée : « elles étaient en partance pour l’université, les maris, l’éducation de leurs enfants, un malheur perçu seulement de manière vague – en partance, en d’autres termes, pour la vie ». Mais Virgin Suicides est aussi un livre sur la difficulté à communiquer. Les adolescents y sont des inconnus pour les adultes, les filles, pour les garçons et en fin de compte, tout un chacun pour autrui. Qui a su comprendre les sœurs Lisbon ? Ni leurs amis, ni leurs amours, ni leurs parents. Leur médecin n’y est pas plus parvenu et, s’étonnant devant la plus jeune sœur Lisbon de sa tentative de suicide, il s’entend répondre : « manifestement, docteur, vous n’avez jamais été une fille de 13 ans ». Si Virgin Suicides fait souvent sourire, il laisse toutefois un goût amer et donne la sensation que le meilleur est derrière soi et le pire à venir.

Carole Lanzi

 

 

Le portique de Philippe DELERM

Sébastien n’échappe pas à la crise de la quarantaine, âge propice aux remises en question et aux bilans, malheureusement pas toujours positifs, et que l’on nomme à tort « force de l’âge » (« faiblesse de l’âge » serait plus juste). Il semble pourtant mener la vie à laquelle il a toujours aspiré : professeur de Français, il aime son métier, qui lui a en outre laissé le temps de profiter de la vie, de son épouse et de ses deux enfants. Aussi, pourquoi souffre-t-il subitement de mal-être, alors que jusqu’à présent, il s’est toujours senti particulièrement doué pour le bonheur ?

L’évolution de ses deux enfants n’est sans doute pas étrangère à l’apparition de ce nouveau sentiment si désagréable qu’il ne se savait pas capable d’éprouver. Tous deux ont suivi des voies radicalement opposées. Alors que sa fille, élève de classe préparatoire HEC, a opté pour la réussite sociale, son fils, en revanche, a choisi de vivre pleinement son amour de l’art en travaillant dans un cirque, acceptant ainsi de mener une existence financièrement difficile et sans assurance du lendemain. Ils sont donc représentatifs des deux voies extrêmes qu’il est possible de suivre : accepter sa sensibilité ou la nier entièrement. Face à ces deux options, Sébastien sent qu’il s’est contenté d’une voie intermédiaire, qui n’est peut-être que fade et sans intérêt.

Sa mélancolie trouve également sa cause dans le temps qui passe et le thème du souvenir, cher à Philippe Delerm, occupe une place importante dans « Le portique ». Sébastien se souvient avec tristesse de la vieille épicerie du village, qui a fait place à un parking, et dont la propriétaire avait l’habitude de montrer sa boîte à musique à ses enfants émerveillés. Toutefois, « à la douleur de ne plus faire se mêlait curieusement le bonheur d’avoir fait ». C’est l’une des leçons de Delerm : le souvenir n’est bien sûr pas uniquement source de tristesse mais aussi de bonheur, ce que Marguerite Yourcenar exprimait par cette phrase magnifique : « il ne faut pas pleurer parce que cela n’est plus ; il faut sourire parce que cela a été ».

Face à son malaise, Sébastien se pique subitement d’un vif intérêt pour le jardinage, ce que son angoisse du temps qui passe peut permettre de comprendre. En effet, la nature n’est-elle pas rassurante ? Si tout y meurt, ce n’est que pour mieux renaître quelques mois plus tard. Le jardin est donc l’univers du temps cyclique, par opposition au temps linéaire qui caractérise toute vie humaine. L’intérêt qu’il suscite chez le héros nous vaut les plus belles pages du roman et donne lieu à quelques descriptions très poétiques. Sébastien décide d’y ériger un portique, « promesse d’un passage dont il ignore le sens ». Que lui permettra-t-il de découvrir ? Réponse dans les dernières pages du livre qui, sans être d’une grande originalité, vous fera passer d’agréables moments.

Carole Lanzi

 

Le Portique

 

Philippe Delerm est né à Auvers-sur-Oise. Ses parents étaient instituteurs. Il a passé son enfance dans des "maisons d'écoles". Après des études de lettres à la faculté de Nanterre, il est nommé professeur de Lettres en Normandie. Il vit depuis 1975 à Beaumont-le-Roger dans l'Eure, avec sa femme également professeur et auteur d'albums.

Il anime un club théâtre et un club de football dans le cadre du collège. Il a publié plusieurs livres pour enfants aux éditions Milan ainsi que de nombreux livres pour adultes, dont La première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, en 1997.

 

 

La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires

Tim BURTON 

A travers ce recueil de poèmes pour le moins atypique, le génial Tim Burton reste fidèle à son univers étrange et aborde l’un de ses thèmes de prédilection : la différence. Il nous offre ici une galerie de portraits d’enfants tous plus monstrueux les uns que les autres (enfant à tête de fromage, petit garçon ayant des clous à la place des yeux, fillette aux multiples yeux…). Si leur anormalité n’est pas sans rappeler « Edward aux mains d’argent », elle est cependant toujours particulièrement ridicule et suscite plus le rire et la moquerie que la compassion ou la sympathie. On est loin ici du conte de fée et si l’amour existe, il est toujours désespéré.

Tim Burton nous place au cœur d’un univers cruel, où l’horreur côtoie l’humour et dans lequel la souffrance est omniprésente. Le vocabulaire utilisé parle de lui-même : exclu, rejeté, solitaire, laid, contre-nature, triste… Ces termes s’appliquent à tous les personnages sortis de l’imagination débridée et torturée de leur auteur. Ces courtes histoires s’achèvent souvent par la mort du « monstre », parfois tué par des enfants du même âge, voire par ses propres parents : « mon fils, es-tu heureux ? Ne t’es-tu jamais dit, mourons ? ».

L’édition bilingue permet de profiter pleinement du talent de Tim Burton et de la musicalité de ses poèmes. Signalons également que cet artiste aux multiples talents a illustré lui-même son recueil, ce qui nous plonge dans son univers visuel si spécifique : ses dessins rappelleront ainsi « Mars attacks », « Beetlejuice » ou encore « L’étrange Noël de Monsieur Jack ». A lire et regarder absolument.  

Carole Lanzi

 

La triste fin du petit Enfant Huître

« 

Il était une fois un gamin tête-de-melon

Très triste, qui restait assis tout au long

Du jour, appelant la mort comme une bénédiction.

Mais il faut faire attention

Aux vœux qu’on

Fait, car le dernier son

Qu’il entendit fut un horrible écrabouillon

»

 

Autobiographie d’un amour 
(Alexandre Jardin)

Alexandre Jardin aborde une nouvelle fois le thème de l’amour. La situation de départ est banale : après quelques années de mariage, Alexandre et Jeanne mènent une vie de couple routinière et sans grand intérêt. La situation aurait pu se poursuivre ainsi pendant des années si le premier ne s’était aperçu un jour de la détresse de la seconde, dont les velléités suicidaires lui font soudainement prendre conscience du naufrage de leur couple. Blessé au plus profond de lui-même, Alexandre disparaît alors sans laisser de traces. Plusieurs mois plus tard, Jeanne reçoit la visite d’un homme qui ressemble à s’y méprendre à son mari. Toutefois, la personnalité de ce dernier semble tellement différente de celle de l’homme qu’elle a connu qu’elle ne sait s’il s’agit d’Alexandre ou d’Octave, son frère jumeau. 

Les premières pages d’un roman doivent procurer un plaisir particulier : celui de la découverte. Celles d’Autobiographie d’un amour ne déçoivent pas. En effet, Jeanne apparaissant subitement comme une inconnue aux yeux de son mari, elle éveille tout autant la curiosité de ce dernier que celle du lecteur, qui la voit à travers le regard d’Alexandre. Celui-ci trouve le journal qu’elle tient et qu’elle a laissé traîner à dessein, comme un message de détresse. Le lecteur se surprend alors à pénétrer avec délectation dans l’intimité de ce couple et éprouve le plaisir de toute personne qui découvre un journal auquel elle n’aurait jamais dû avoir accès. Connaissant l’auteur, on pressent à juste raison qu’Alexandre, mari indigne dont l’épouse se sent délaissée, va tout faire pour redonner vie à son couple et l’on attend avec impatience de voir de quelle habileté il saura faire preuve pour y parvenir (et l’on sait qu’il y parviendra).

Malheureusement, la seconde et la troisième partie du livre ne sont pas à la hauteur des attentes. La principale raison en est l’existence de ce frère jumeau, dont on sait très bien qu’il ne peut être l’homme qui refait subitement surface dans la vie de Jeanne. En effet, cet homme n’a d’intérêt que s’il est bel et bien le même que celui dont on a fait la connaissance dans la première partie du livre, qui, sans cela, perdrait tout son sens. Ce n’est donc point trahir le secret du roman que de dire qu’on assiste effectivement au retour d’Alexandre. Le lecteur ne croit à aucun moment à la possibilité qu’il s’agisse de son frère jumeau, si bien que l’existence de celui-ci, au lieu de faire naître un suspense qui n’eût pas été de trop dans ce roman, ne fait qu’agacer. En outre, quel dommage d’introduire une fois de plus un personnage de jumeau, procédé éculé, d’ores et déjà utilisé à maintes et maintes reprises !

Alexandre Jardin se montre un peu plus original en décidant de s’appuyer sur les théories du psychiatre Milton H. Erickson. Malheureusement, il en fait une application si schématique et simpliste qu’elle en perd toute crédibilité. En effet, grâce à elles, Alexandre parvient en un temps record à faire de son cancre de fils un premier de la classe et de sa femme, hésitante à réaliser ses projets, la personne la plus entreprenante qui soit ! Signalons enfin qu’Alexandre Jardin dresse le portrait d’une femme qui ne semble pouvoir se réaliser et être heureuse que grâce à l’amour d’un homme. Le roman aurait beaucoup gagné à comporter un personnage féminin doté d’une réelle personnalité, moins passif, et qui ne soit pas simplement une caricature de femme d’un autre temps. Reste le plaisir de lire Alexandre Jardin, dont le style, riche sans être empesé, présente en lui-même un intérêt non négligeable au milieu de la production littéraire actuelle, qui se caractérise bien trop souvent par la pauvreté de sa langue.

Carole Lanzi

 

 

 

Manuel du guerrier de la lumière 
(Paulo Coelho)

Après l'Alchimiste (1994), 
Sur le bord de la rivière Piedra
(1995), 
Le Pèlerin de Compostelle
(1996) et 
La cinquième montagne
(1998), Paulo Coelho ne déçoit pas par ce témoignage d'une belle ascension spirituelle. Son verbe s'y fait concis, sa pensée rapide comme la lame d'un guerrier.
C'est un petit ouvrage qui ramène chacun à son expérience personnelle de l'héroïsme. Héroïque nous pouvons tous le devenir annonce le recueil d'emblé. Dans un monde de pesanteur et de ténèbres, le guerrier de la lumière sait que "cette vie est folie. Mais la grande sagesse du guerrier de la lumière consiste à bien choisir sa folie". A mener le "bon combat". Ce texte mesuré et dynamique nous plonge d'un trait dans la méditation des enseignements des sages Lao-Tseu, Jésus, Gandhi. Nous partons à la quête de nos vrais alliés - car nous ne pouvons rien faire seul - et de nos vrais ennemis "qu'il fait aimer". C'est un livre à offrir à ceux que l'on aime et que l'on croit digne de ressembler 
au "Guerrier de la lumière" selon Coelho.
Un livre qui peut ouvrir l'horizon sur d'autres livres encore plus ambitieux...

José

« 

Cette vie est folie. Mais la grande sagesse 
du guerrier de 
la lumière 
consiste à bien choisir sa folie

»

______________

Éditions Anne Carrière - 65 F

 

 

 

Extension du domaine de la lutte 
(Michel Houellebecq)

Cadre trentenaire d’une société informatique, le narrateur correspond incontestablement à un certain modèle de réussite. Ne jouit-il pas, en effet, d’un bon niveau de vie et de la reconnaissance sociale liée à sa fonction ? Pourtant, il ne cesse de s’enfoncer dans un désespoir de plus en plus profond. Ne trouvant aucun intérêt à son travail et ayant perdu toute illusion sur les relations humaines, qu’elles soient amoureuses ou amicales, il ne semble avoir trouvé que deux activités à même de combler un tant soit peu le vide de son existence : fumer cigarette sur cigarette et observer le monde qui l’entoure. Cette seconde activité est l’occasion pour lui de présenter au lecteur l’analyse qu’il fait de la société, analyse très personnelle et bien sûr très sombre, bien que non dépourvue d’humour. Ce faisant, il heurte ledit lecteur, qui se reconnaît forcément, à un moment ou un autre, dans le portrait sans pitié qu’il dresse de ses contemporains. Ceux-ci, contrairement au narrateur, paraissent encore trouver un sens à la lutte quotidienne qu’ils mènent, que ce soit pour conquérir l’âme sœur ou une meilleure situation professionnelle. Soit, malgré leurs efforts, ils restent malheureux, tels Tisserand, le collègue de travail, qui tente sans succès de séduire les membres du beau sexe, que sa laideur fait fuir. Soit ils parviennent à une certaine forme de bonheur, et n’en sont pas moins pitoyables de se satisfaire de leur existence passée, entre deux mornes journées de travail, à déambuler entre les rayons de la FNAC. Les lecteurs malheureux seront ravis de voir dans ce roman la confirmation de leurs sentiments. Quant aux autres, ils verront leur bel optimisme fortement ébranlé. Se pourrait-il que leur existence, qu’ils croyaient heureuse, soit en réalité vide ? En fait, Michel Houellebecq fait naître chez le lecteur des sentiments divers et parfois contradictoires. Le lecteur tour à tour méprise le narrateur, à l’opposé de l’individu hyper-dynamique tant valorisé dans notre société mais, conscient de la terrible détresse qui l’habite, éprouve pour lui de la compassion et, même, une certaine sympathie. La diversité des sentiments que suscite ce roman n’est pas la moindre de ses qualités. Ce dernier, par le biais de l’affectif, conduit chacun à s’interroger sur l’existence qu’il mène. Agissant comme un électrochoc, il réveille le lecteur qui, anesthésié par son train-train quotidien et la « lutte » permanente qu’il lui faut mener, oublie de s’interroger sur la pauvreté de ses relations humaines et l’absence de sens de son existence. Très bien adapté au cinéma par Philippe Harel, ce roman rappelle d’ailleurs d’autres films : Trainspotting et Fight Club. Dans les trois cas, les « héros » rejettent une société dont ils ne partagent plus les fausses valeurs. Ils réagissent cependant de manières très différentes : par la dépression dans le premier cas, par la drogue dans le second et par la violence dans le troisième. Comme on le voit, les portes de sortie présentées ne constituent en aucun cas des solutions. Toutefois, au lieu de voir dans ces œuvres un message désespéré, il est sans doute préférable d’y voir un appel à la réflexion. C’est un début. A chacun de trouver les vraies solutions.

Carole Lanzi

"Vendredi soir, j'étais invité à une soirée chez un collègue de travail. On était une bonne trentaine, rien que des cadres moyens âgées de vingt-cinq à quarante ans. A un moment donné, il y a une connasse qui a commencé à se déshabiller. Elle a ôté son tee-shirt, puis son soutien-gorge, puis sa jupe, tout ça en faisant des mines incroyables. Elle a encore tournoyée en petite culotte pendant quelques secondes, et puis elle a commencé à se resaper, ne voyant plus quoi faire d'autre. D'ailleurs, c'est une fille qui couche avec personne. Ce qui souligne bien l'absurdité de son comportement." 

(EXTRAIT)

 

Les cendres d'Angela
(Frank McCourt)

Prix Pulitzer 1997 et bientôt adapté au cinéma par Mel Gibson, les cendres d'Angela nous raconte l'enfance de Frank, bien misérable, en Irlande entre un père ivrogne et généreux et une mère courageuse mais impuissante chez lesquels il découvre des trésors d'humanité. Ecrit au présent, un remarquable récit à la Dickens qui bouleverse et fait, sans cesse, passer du rire aux larmes.

J'ai Lu (janvier 1999)

 

Pourquoi fait-il si sombre ?
(Dominique Eddé)

" Je me quitte au milieu de la phrase en croyant toujours que j’en trouverai une où je ne serai pas là pour m’empêcher d’y être, moitié dedans moitié dehors j’avance ". La mise en abîme constitue certainement la figure majeure et récurrente de ce roman, voire son principe moteur, le roman lui-même devenant alors une vaste mise en abîme. Car si la narratrice- ainsi que les autres personnages- y évoque souvent le livre qu’elle est en train d’écrire, ainsi que son activité d’écrivain, certains passages ne laissent pas douter qu’il s’agisse là, du livre que le lecteur tient entre ses mains. Il y a donc une transparence du livre en train de s’écrire, la narratrice mettant à jour ce processus d’écriture ainsi que l’intervention de la mémoire et des souvenirs dans ce processus, de même que sa toute puissance sur les personnages, son pouvoir d’invention. Malheureusement, cette ample mise en abîme n’admet pas de décalage, de "jeu", entre fiction et réalité. Tout semble indiquer que le "je" de la narratrice coïncide avec celui de l’auteur, sans distance littéraire aucune. Ce qui fait de certains passages des lieux d’épanchement du moi d’une complaisance exaspérante, qui tiennent plus de la confidence que d’un travail littéraire. De cette écriture "adolescente", le roman gagne pourtant en vigueur et en virtuosité. Mais les images incessantes, métaphores et abstractions sonnent creux. On voit bien se dessiner, dans ce chaos de mots, l’histoire d’un exil, de la guerre au Liban, d’une femme tiraillée entre son passé libanais et son actuelle vie parisienne, la langue arabe et la langue française, et qui croise des destins pareillement marqués par la mort, et l’absurdité des guerres… Mais la tension manque pour qu’une problématique, un monde, des émotions prennent corps.

Sarah Fakhry

 

Entre Paris et Beyrouth, 
Dominique Eddé 
laisse vagabonder 
ses souvenirs d'où surgissent mille et 
un personnages truculents et pathétiques

 

_________________

Pourquoi il fait si sombre ? par Dominique Eddé
Seuil, 208 p., 95 F

 

 

Compère Lapin dans l'île
(Patrick Cheval)

" C’était au temps où les animaux parlaient… ". Récits des origines, qui vous feront savoir comment, par exemple, Commère la Tortue, "  qui était droite comme un i majuscule et marchait debout ", se vit affublée d’une bosse cachée sous sa célèbre carapace, les histoires de Patrick Cheval sont issues du fond de contes traditionnels antillais. Elles se déroulent au temps où règnes animal et humain n’étaient pas encore distincts, avec pour personnage central un Compère Lapin de dimension très humaine : il est rusé, certes, mais parfois aussi prétentieux et arrogant, au cours d’aventures dont il devra tirer les leçons. L’auteur n’hésite pas à rapprocher ce lapin antillais du Jeannot français, du sénégalais Leuk le Lièvre, ou de Bugs Bunny l’Américain. " C’est le même, dit-il, qui s’est baladé un peu partout dans le monde, a disparu ici à telle époque, est réapparu là un peu plus tard. ". Patrick Cheval sait de quoi il parle : il a exploré le territoire des contes et légendes, caraïbes en particulier, alors qu’il animait ateliers, émissions de télévision et de radio à Point-à-Pitre. Car la tradition du conte est bien vivace aux Antilles, et selon l’auteur, nous assisterions à sa renaissance ainsi qu’à celle de la figure du conteur en France métropolitaine. Il note d’ailleurs très justement que l’intérêt suscité par les contes touche aussi bien les adultes que les enfants.

Il suffit, pour vérifier cela, d’assister à son spectacle : 
les grands y rient autant que les petits, et se laissent également prendre par le cours des histoires. C’est une représentation colorée et rythmée, qui fait sans arrêt appel à la participation du public, et que ponctuent les commentaires des enfants. La frontière entre la scène et la salle finira presque par disparaître, lorsque la poursuite de l’histoire nécessitera le concours de jeunes acteurs impromptus… Le rythme, c’est en effet le fin mot de ce spectacle, car il ne faut pas oublier que si Patrick Cheval en est l’auteur, le conteur, et l’acteur captivant, il est aussi compositeur…Et sa prochaine création (davantage " tous publics ") fera la part belle à la musique…

Sarah Fakhry