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Plus de cinquante ans après que Georges Orwell eut achevé son
écriture et à l’époque de la mondialisation, «1984» demeure reconnu
comme une œuvre visionnaire. Cet ouvrage est souvent cité en exemple
dans les débats de société actuels à propos de la pensée unique qui
pousse les populations à penser de façon similaire, de peur d’être
montré du doigt. Dernièrement, Frédéric Begbeider, dans son livre à
99frs, a dénoncé l’univers de la publicité qui imprime des modes de
vie et des habitudes dans les esprits des gens, à leur insu.
L’auteur, Georges Orwell, est un grand écrivain doublé d’un homme
qui a traversé une existence relativement courte mais vraiment
passionnante.
D’abord policier aux Indes contre sa nature, il rejoint Paris pour
vivre de sa plume. Il y errera quelques années dans une existence de
clochard. De retour en Angleterre, il s’essaie à plusieurs métiers :
maître d’école, speaker pour la BBC pendant la Seconde Guerre
Mondiale puis grand reporter… C’est dans les dernières années de sa
vie, alors atteint de tuberculose, qu’il a écrit «1984».
Winston travaille pour le Parti, symbolisé par Big Brother, qui
régente la société de l’Océania. Dans ce monde, il est interdit de
penser par soi-même. Ou plutôt : les gens ne pensent pas par
eux-mêmes. Cette prohibition de la pensée est instillée de telle
sorte qu’ils n’aient pas même l’idée de se révolter. Il y a des
télécrans sur tous les murs et des microphones derrière chaque
arbre. Le Parti doit connaître vos moindres faits et gestes. Jusqu’à
deviner vos pensées les plus insoupçonnées. Mais la force de Winston
est qu’il se pose des questions. Il se demande si, contrairement aux
dires du Parti, qui manipule le passé pour appuyer le présent, la
vie n’était pas meilleure avant. Si les gens n’étaient pas plus
libres et heureux avant la mainmise de Big Brother sur l’Océania.
L’engouement pour l’histoire contée ne se dément pas jusqu’à la
dernière phrase, grâce aux multiples parallèles que le lecteur peut
trouver avec notre monde moderne. Des passages qui semblent
interminables sont utilisés pour faire monter la pression jusqu’à la
scène de la torture, d’une rare intensité et d’une rare violence.
« 1984 » est encore lu comme une œuvre prophétique, en référence à
notre société actuelle. Le champ de notre vie privée semble reculer
avec Internet, le flot quotidien de sondages et la multiplication
des caméras de vidéosurveillance. Orwell décrit la production de
«films juteux de sexualité, des chansons composées par des moyens
entièrement mécaniques. » Cela ne vous rappelle-t-il pas certaines
supers productions hollywoodiennes ou certaines chansons qui passent
en boucle à longueur de journée sur la bande FM ?
Mais à son époque, Georges Orwell était déjà incroyablement en
avance sur la pensée de son temps. Dès la fin des années quarante,
il s’est rendu compte du vrai visage du totalitarisme stalinien. Son
écœurement pour cette lecture du communisme l’a d’ailleurs poussé à
écrire « La Ferme des Animaux ». Le plus extraordinaire est
qu’il décrive la vie et l’organisation des camps de rééducation de
Big Brother, avec les mêmes termes et la même vérité nue que Robert
Antelme et Primo Lévi, dix ans plus tard, à propos des camps de
travail nazis.
Orwell estime, comme eux, que l’objectif n’est pas «de rester
vivant, mais de rester humain. »
Serge Massau
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