Antonin Artaud
« Je crache sur le Christ inné
Etre Christ n'est pas être Jésus Christ »
Abstème et Bobance éditeurs.*
Les éditions Abstème et Bobance viennent de publier sur un impeccable Vergé
Conqueror ; un tapuscrit -inédit- d'ANTONIN ARTAUD vraisemblablement rédigé au
second semestre 1947. À cette date, l'ex-jeune premier du théâtre et du cinéma,
accessoirement surréaliste, se trouve à quelques encablures de son dernier port
terrestre. Le ton de ce document reflète l'intuition d'un auteur viscéralement
conscient de l'imminence de l'aboutissement de sa trajectoire. Son rappel à Dieu
aura effectivement lieu quelques mois plus tard.
Certains lecteurs impatients, Antonin, aiment aborder un livre en lisant sa
dernière page.
Citons-donc les mots ultimes de ton « Etre Christ n'est pas être Jésus Christ »:
« Ya mon lerbo derfel te dan e nelezo ». À quoi je m'empresse de rajouter,
parfaitement conscient des limites, aussi extrêmes soient-elle, de la sémantique
: « Gulumbo rannu-mundi gipolama rwindi ».
arce qu'il ne saurait être question de commentaire de texte lorsque
qu'Artaud, suicidé de tous les systèmes, fussent-t-ils artistiques, évoque le
Christ. Ou encore Van Gogh. Car il s'agit de transferts. Fulgurants.
Et seul un martyre dispose du droit de décrire correctement les tribulations de
ses pairs.
Cependant, j'assume le pari que cette figure sur laquelle tu prétends cracher
n'appartient pas au contempteur de l'ordre établi, ami des prostituées et
faiseur de miracles qui obtint une crucifixion en réponse à la proclamation de
la divinité de sa Nature.
1930 années plus tard, une personne dotée d'un profil semblable eut assurément
soulevé le plus haut intérêt du groupe surréaliste auquel tu participas un
temps.
Dans ce recueil, tu sembles au contraire fustiger un Christ noir, thaumaturge de
malheurs et grand manipulateur de la chair. En ce qu'elle comporte de douloureux
et de putrescible. Ta description semble correspondre à l'effigie d'un imposteur
traversant les époques avec la duplicité de prélats disposant de l'aval d'un
système ecclésiastique décadent.
Nietzsche, fils de pasteur, énonça, à ceux que cela arrangeait : « Dieu est mort
! ».
De nos jours, les exégètes du malicieux philosophe admettent de plus en plus que
cette assertion doit être considérée à un degré fort différent.
Voici un constat pouvant se rapprocher honorablement des écrits achristiques
commis pendant la fin de l'été 1947 par un certain Antonin Artaud.
Car il convient de se souvenir que quelques années plus tôt le créateur de
"L'ombilic des limbes" expérimenta, entre autres, les qualités mystiques du
Peyotl. En compagnie de chamans Indiens de Mexique. Probablement par
insatisfaction d'hosties - autre forme du corps du Christ- trop systématiquement
octroyées par une religion appesantie par la banalisation de ses coutumes et par
de trop grandes accointances avec le pouvoir temporel.
L'épitaphe gravée sur la tombe d'André Breton aux Batignolles indique: "Je
cherche l'or du temps."
Curieuse récurrence, n'est ce pas, chez certains révolutionnaires agnostiques,
poètes ou non, dans leur recherche de l'Absolu.
Autrefois appelée quête du Graal ou encore mysticisme… Chrétien.
* Delphine Lacroix s'occupe de la chaîne entière de fonctionnement de cette maison d'édition. Son travail va de la recherche des manuscrits à l'impression sur presse ancienne. Par ailleurs, suivant différentes présentations, ce livre peut être accompagné d'une encre originale ou d'une gravure.
ABSTÈME & BOBANCE
12, rue Roger - 75014 Paris
01 43 20 89 57 - www.abedit.com






