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Le cinéma des frères Coen
Frédéric Astruc
Editions du Cerf coll.
7e Art
2001, 250 pages - ISBN 2204068608
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Huit longs
métrages, de Blood Simple (Sang pour sang, 1984), à O´Brother,
Where Art Thou? (2000) : les Coen travaillent ensemble à tous
les niveaux de la fabrication, du scénario au montage. Leur
esthétique, à mi-chemin d'Hollywood et du cinéma indépendant
américain, est admirable de maîtrise et de virtuosité. Cette
première étude qui leur est consacrée confirme la maturité hors pair
de cinéastes aussi essentiels au cinéma américain que Welles, Ford
ou Eastvvood.
(Mot de l'éditeur)
Que penser d'une étude sur une œuvre dont les auteurs sont
franchement anti-intellectualistes ? Un comble, pourrait-on se dire…
D'autant plus que l'auteur de ce livre n'avait pas à sa disposition
beaucoup de documents susceptibles d'éclairer l'œuvre des frères
Coen : les cinéastes, qui n'accordent que peu d'interviews, se
livrent de toutes façons très peu. Résultat : devant l'absence de
renseignements, de sources, Astruc se livre au jeu toujours
extrêmement hasardeux (mais tentant) des références, et parfois on a
du mal à le suivre. Ainsi le parallèle avec Lovecraft est assez
douteux -pas pour le racisme notoire de l'écrivain mais parce que le
rapprochement est vague. Et Astruc décrit cela d'une manière un peu
complaisante et par trop alambiquée : " Certaines de ses
descriptions de la race noire [sic], il est vrai particulièrement
hideuses et rédhibitoires dans l'usage qu'il fait de termes ne
pouvant décemment s'appliquer à des êtres humains, lui ont
d'ailleurs valu une très mauvaise réputation, celle du raciste qu'il
ne pouvait se cacher d'être. " Coupez !
En dehors de cela, les fans des frères Coen trouveront malgré tout
leur compte dans cette étude, en dépit du fait que l'auteur
n'épargnera, pas plus que les critiques à sa sortie, The
Hudsucker Proxy (en français Le grand saut), une comédie
pourtant diablement rythmée et inventive, fallacieusement laminée
car « nous y retrouvons des
bouts de tel ou tel cinéaste et que l'histoire y entrelace
volontairement deux ou trois scénarios connus ». Peu importe : «
n'est-il pas doublement méritoire de broder sur un canevas qui a
déjà servi ? Molière n'y regardait pas de si près ! » écrivait
Vialatte. Ce film est régulièrement déprécié au profit de Miller's
Crossing, de facture bien plus classique : disons que c'est dans
l'ordre des choses, pour la critique, de faire la fine bouche.
La partie la plus intéressante (en dehors de celle consacrée à la
drôlerie proprement dite des Coen) et disons-le la plus
indispensable, est le répertoire stylistique et thématique : qui
croirait que le chapeau dégage autant de symboles ? Les détails nous
échappent. Ils en ressortent grandis. Quant à Blanche Neige, sa
présence dans Fargo est d'une poésie pure et légère. Ce ne sont pas
les Sept Nains qui nous contrediront (sauf Atchoum, car on se
demande bien où il est).
A propos d'une idée reçue, Astruc note que les frères Coen aiment «
les personnages exagérément authentiques, parce qu'ils éprouvent de
l'affection à leur égard et qu'ils savent les doter d'un fabuleux
potentiel comique ». « The bums lost », lance le millionnaire Lebowski à son homonyme hippie : autrement dit,
« les bons à rien
ont perdu la partie ». Les personnages des frères Coen
pourraient presque répliquer « Bums rule », c'est-à-dire le contraire. C'est la
revanche des ratés, des antihéros, des laissés pour compte, sur les
intellectuels (comme Barton Fink) et les bien portants ; bref, c'est
la fête des fous. Et la dérision emporte tout : l'amour, la mort, la
souffrance, le crime, le cinéma, et soi-même. Mais jamais les frères Coen ne semblent cruels envers leurs créatures.
Leur prochain film s'appellera cependant Intolerable cruelty.
Attendre un an pour le voir est d'une cruauté intolérable.
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Frédéric Astruc, enseignant en
audiovisuel, titulaire d'un doctorat, spécialisé dans le
cinéma américain, est aussi réalisateur d'une quinzaine de
courts métrages. |
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