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Dans L'intrigue du monde, Emmanuel Bacquet nous entraîne dans un voyage, un voyage mental où textes et images ne font plus qu'un.
Il a choisi de dire " tu ", de se - et par là-même nous - tutoyer, comme pour objectiver l'expérience dont il nous fait le récit. Comme pour montrer qu'aujourd'hui, au moment où il écrit ce texte, il est enfin parvenu à " prendre position ", à s'approprier ce monde qui lui a semblé un temps si étranger. Ou plutôt, du moins pour quelque temps… |
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Le narrateur, alors âgé de vingt ans, est envahi par l'envie de rester " en dehors ". Il pressent l'obligation qui lui est faite d'exister, de s'engager, de jouer un rôle, à l'image du garçon de café décrit par Sartre. Il faut " prendre la pose ", s'inscrire dans le monde comme pour figurer sur une photographie de groupe…
Les premières images accompagnant le début du texte représentent des résidus du quotidien ; un lit défait, quelques silhouettes, l'espace urbain et ses mouvements incessants.
Le jeune homme prend la décision de se couper du reste du monde, de demeurer seul avec lui-même. Il va partir, peu importe la direction, puisque ce voyage est avant tout une quête de sens. Il prend le train, la nuit ; les photographies en noir et blanc de la gare, du paysage qui défile, accompagnent le texte.
À chaque escale, le narrateur va pouvoir ressentir pleinement la solitude qu'il recherche, cette solitude étant la condition de possibilité d'une retrouvaille ultérieure avec soi-même. Après le mouvement du voyage, tout se fige.
« La petite plage est tellement vide que tout cela te semble presque irréel. »
On en arrive au paysage urbain, caractérisé par la rectitude de ses lignes, sa sévérité et ses rues désertes. " Tu cherchais, dans ces rues neutres, à te sentir neutre toi-même. " Tout ceci s'approche d'une exploration du néant, à la fois en dehors et en soi. Mais cela ne suffit pas.
Le livre s'achève sur une sorte de retour à un l'état originel, par le biais d'une fusion absolue avec la nature : la forêt, la rivière " rassurante " (et sans doute aussi maternante !…) lui donnent enfin la sensation à laquelle il aspire. " C'est peut-être le seul moment où tu as été libéré de toute pesanteur, de toute pensée précise, quasiment végétal ." Qui n'a jamais rêvé, ne serait-ce qu'un instant, de pouvoir se transformer en végétal ou en minéral, afin de taire toute sensation, tout sentiment et par conséquent toute souffrance ?
De même qu'après en être sorti, l'homme doit faire le choix de redescendre dans la caverne de Platon, le jeune homme va enfin ressentir de nouveau l'envie de revenir vers les siens :
« Tu t'es senti inutile. Tu as eu alors pour la première fois envie de parler à quelqu'un ». La parenthèse peut se refermer.
Il est impossible, au regard de cet ouvrage, de ne pas souligner à la dimension existentielle de ce parcours qui est avant tout psychique, et révélateur d'une crise du sens de l'existence que chacun peut ressentir parfois peu ou prou.
Mais on n'est jamais à l'abri d'un retour de ce vague à l'âme : « Tu ne sais pas si ça a duré longtemps, si même ça a vraiment cessé. Parfois tu es assis chez toi, et le silence autour de toi, l'épais bois de ta table, ton café dans la tasse et la lumière elle-même, tout devient soudain plus lourd, et plus léger à la fois, plus inexistant. Ca recommence. »
Florence Cheval
L'interview
d'Emmanuel Bacquet
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