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L'intrigue du monde 
L'Interview d' Emmanuel Bacquet

- Comment avez-vous rencontré Laurent Campagnolle, et comment l'idée de publier un ouvrage avec lui vous est-elle venue ?

Laurent et moi nous sommes rencontrés durant nos études en 1991, en Arts et Technologies de l'image, formation consacrée aux arts numériques. Nous avons beaucoup échangé sur les arts plastiques en général (pour ma part je terminais alors une maîtrise en photographie). C'est à cette époque que je montre à Laurent mes photographies. Nous sommes par la suite restés en contact, nous revoyant de temps à autre à Paris ; petits restos, projets échangés…
De mon côté je continue alors à travailler sur différentes séries, entamant mon travail couleur (sans renier pour autant mon travail noir et blanc " quotidien ", que je considère un peu comme un "carnet" tenu au jour le jour). Laurent de son côté fait alors mûrir son projet éditorial, et me demande si l'expérience me tente. Laurent est convaincu, et convaincant, en outre je lui fais une totale confiance sur le sérieux de son projet. 

- Votre texte existait-il indépendamment de vos photos (Ou l'inverse ?) A-t'il été écrit spécialement pour la publication de cet ouvrage ?

Il m'était arrivé d'écrire certains textes, mais je suis avant tout proche de l'image ; les photographies (pour une bonne part), existaient indépendamment, avant le projet. Le texte, lui, a été écrit spécialement pour le livre, j'avais en effet une idée de ce qui pouvait s'associer aux photographies, sans pour autant être, ni dans un rapport de "légendes", ni dans celui d'un texte s'appuyant sur les images, ou d'images illustrant le texte: chacun devenant alors la " béquille " de l'autre .
J'ai voulu trouver une unité de ton, simplement en écrivant loin de toute image sous la vue, en cherchant juste à écrire sur les mêmes sensations qui sont celles qui m'animent lorsque je photographie ; j'espérais ainsi, in fine, que l'unité viendrait de soi.

- Que vous a apporté la création entière d'un livre ? Y aviez-vous songé auparavant ?

Pour moi L'Intrigue du monde aura été révélateur. En le terminant, j'ai eu la sensation de pouvoir tourner une page sur une partie de mon travail, sans pour autant la renier ou la sacrifier. J'en ai fini avec la fuite, mais comme on peut en finir avec quelque chose que finalement on a " bien digéré ". Sans se renier et en restant fidèle à celui qu'on a été. Simplement passer à autre chose, en étant un peu plus courageux. À la fin le personnage sait que " tout cela ne (le) mènerait à rien " . Finir ce livre aura donc été une façon de mettre en forme et de mettre en mots des images faites dans un certain contexte, qui tient un peu du journal ou du "carnet". 
L'association avec le texte dans ce cas précis, m'a permis aussi de faire un " objet " qui me semble correspondre à ce que j'aime dans un livre ; un récit, pas forcément directif, mais avec une proposition. Je ne voulais surtout pas que ce soit un recueil d'images, ou un catalogue : pire encore, un florilège de photographies. Ainsi je ne me suis pas privé de mettre des images, qui, au regard des photographes esthètes, sont graphiquement faibles ("mal" cadrées ), voire sans doute mal tirées : la pureté ne m'intéresse pas. Ainsi que dans un récit chaque phrase ne doit pas être maniérée, ou ciselée, certaines photographies sont brutales, sombres, imparfaites.
(Cela m'a souvent marqué d'entendre dire à propos de certains films, de façon péjorative, qu'il s'agissait de 'films de photographes' où chaque plan est bien cadré, et où tout est ennuyeux et statique : en un sens, et pour paraphraser cette expression, je ne voulais pas faire un 'livre de photographe', j'ai cherché à faire un livre " avec " des photographies.)

- Associez-vous systématiquement des textes à vos photographies ?

Non. Parfois je vois ce rapport comme celui des paroles et de la musique, dans une chanson. Chacun peut exister indépendamment, le mariage des deux est un beau mariage, mais chaque pratique existe et doit exister séparément. Certaines personnes sont désemparées face aux formes seules, ont besoin de savoir ce que cela " veut dire ", et se raccrochent aux mots. La musique ne " veut " rien dire, les photographies ne sont pas obligées de " vouloir dire " non plus. Il y a là un danger à mon avis, qui est une sorte de dictature du sens massif, informatif, littéral.
" Ce dont on ne peut parler, il faut le taire " " mais on peut le taire avec des images " ajoute Baudrillard ; je trouve que c'est une belle formule.

- Paradoxalement, sur votre site, on retrouve les photographies publiées dans l'ouvrage mais accompagnées cette fois de la phrase : " Il faut libérer les images de leurs légendes ". Comment considérez-vous exactement la dialectique entre images et mots ? Autrement dit, comment articulez-vous ces deux disciplines ?

La légende est vraiment ce qui peut arriver de pire à une image. C'est un court texte qui trahit, qui impose un sens, et qui lie l'image à " l'info ". Parfois en disant que l'on fait des photographies, la première question (d'apparence anodine) que l'on s'entend poser est : " des photographies SUR quoi ? ".
Je vois vraiment ces deux disciplines comme un couple fragile où chacun doit respecter l'autre ; l'un parle peu et n'en ressent pas moins, l'autre parle mais peut évoquer aussi des images en parlant ; inutile que ce soient les mêmes.

- Pourquoi avez-vous fait le choix du noir et blanc pour le livre, alors que vous créez aussi des photographies couleurs ? Avez-vous une préférence pour l'un ou l'autre ?

Le noir et blanc correspondait pour moi à l'écriture de cette partie de ma vie. Naturellement. Comme on peut griffonner des croquis à l'encre noire. J'aime employer la couleur. Le noir et blanc est souvent associé à une notion de classicisme, d'esthétisme, voire à une pratique rétrograde de la photographie. On a un peu vite jeté le bébé avec l'eau du bain. C'est vrai que nombre de puristes ont sclérosé cette technique. Même encore en édifiant une " photographie créative ", souvent dogmatique, dans les années 80. Alors on passe au dogme suivant, etc… 
À travers beaucoup de discours préconçus sur le sujet, j'ai l'impression d'entendre, d'un parti ou de l'autre, la plaisanterie de bas étage sur " la peinture à l'huile, c'est plus difficile(), plus beau, que la peinture à l'eau ". Laissons chacun se déterminer face à une technique, sans préconçus, certains plasticiens utilisent l'encre, puis après la craie grasse, puis l'installation conceptuelle dans une même pratique, sans avoir à se justifier de passéisme quant ils emploient l'encre…
Le noir et blanc n'appartient pas forcément au passé, il n'est pas non plus " plus expressif " que la couleur.
J'aime le noir et blanc brutal et charbonneux de Bill Brandt, de Giacomelli, de L'école de Tokyo (Masahisa Fukase), et celui aussi de Ralph Eugene Meatyard, d'une autre façon. Et de quantité d'autres… J'aime l'emploi de la couleur brute et crue de Nan Goldin, les couleurs un peu passées de Eggleston, celle, empreinte de distance et d'ironie de Thomas Ruff…J'aime aussi parfois des travaux plus conceptuels, où le débat nb/couleur est simplement hors de propos, comme une autre encore des formes de la photographie.
J'aime d'avantage les artistes que leur technique.

- Vous travaillez également sur la vidéo, le film d'animation, vous faites des photos de concerts, des pochettes de disques… Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet aspect ?

La vidéo est un outil passionnant. Comme la photographie, qu'il faudrait libérer de ses légendes, il faut chercher à travailler l'image en dehors de la narration, du scénario…cela ne fait pas forcément sombrer dans l'esthétisme. Je me réjouis de la place de plus en plus importante donnée à la vidéo d'artiste (FIAC). Ce ne sera pas qu'un phénomène de mode. 

Quant à la musique, j'ai eu la chance de côtoyer, et bien vite de faire des photographies pour certains labels musicaux ; c'est une application " commerciale " de la photo, un travail d'illustration, et pour ma part je " cloisonne " mes différentes activités. Cela n'empêche en rien que j'ai pu, grâce à cela, rencontrer des artistes exigeants, passionnants, et que je suis très heureux d'avoir pu collaborer à leur travail au niveau de l'image. En outre, des gens qui travaillent souvent dans une direction que je respecte, et dont j'aime la musique. Je joue un peu moi-même dans le groupe Mendelson.

- Quels sont vos projets pour les mois qui viennent ?

Je prépare une exposition qui ouvrira le 31 janvier 2002 au centre Culturel de Bernay, en Normandie. Je présente, dans deux espaces séparés, le travail du livre L'intrigue du monde (uniquement les photographies), et mon travail le plus récent, temps faible(s), intégrant une installation vidéo et douze photographies couleurs.
Je pense ensuite essayer de présenter cette exposition dans de bonnes conditions, en d'autres villes, y compris à Paris.

Je consacre le reste de mon temps à animer des ateliers de photographie.

Propos recueillis par Florence Cheval

 

 

L'intrigue du monde, imagier d'Emmanuel Bacquet

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A propos des Ed. d'Aldébaran et des Imagiers

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