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FOU TROP POLI
Eugène Savitzkaya
Editions de Minuit
2005, roman broché, ISBN 2707319236
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Eugène Savizkaya donne à la langue ce goût de la truculence et de la
préciosité à pleines coudées et nous pousse à l'étonnement de
la tournure.
Il est des
écrivains qui sont des “trouveurs”, qui ne laissent rien de la langue aussi indistincte
qu'il ne la découvre dans des mots inusités au gré de charges
lyriques. (Benjamin Fondane parlait de verdure ondoyante de la
langue poétique.) Les phrases doutent d'elles-mêmes, ne sont-elles
que de la prose ? Le vers est-il échu dans la syntaxe de la ligne
descriptive. « J'ai désappris deux langues. J'ai désappris des lieux
et j'ai peut-être perdu quelques privilèges. Mais, par ailleurs,
j'ai su qu'aucun privilège ne m'importe. Est-ce parce que je suis un
privilégié ou le contraire ? ». Le Fou amuse toujours les Grands
entre deux faits d'armes et bombardements historiques. L'histoire
est successivement celle de deux exils qui ont atterri après
pérégrinations de survie de la seconde guerre mondiale dans
quelconque lopin d'une banlieue de Liège ou de quelque commune
bruxelloise. L'espace de la narration est ainsi élastiquement étiré
vers l'Orient slave, Pologne et Russie.
L'enfant, ou le Fou, raconte la grisaille crasse dans des effusions
fleuries. Le jardin a la belle part, on travaille son potager pour
du poireau, des pommes de terres, et pour vérifier que la terre
c'est de la terre. « Ecballium ! Ecballium ! D'œsophage à œuf,
poliment, je vous écris d'un petit dictionnaire, d'un petit
secrétaire. » Forme épistolaire ou envoi littéraire d'un farfelu
dans son soliloque, auquel l'écrivain se mêle sans se dissocier
totalement, ou est-ce plutôt un carnet de modulations qui couvent
illico des embardées secrètes? Des propos de chaleur interne
fonctionnent bouillants au four et au moulin dans l'écosse
germinative d'un festin de limaces. Longtemps, la moisissure du rêve
endormi est souche vasculaire de natations verbales. Les flammèches
taillent la pointure du petit trou. L'acidité intime grimpe le flot
prolixe. Les Tropiques sont loin du plateau de la manne sablière.
Eugène Savizkaya donne à la langue ce goût de la truculence et de la
préciosité à pleines coudées et nous donne souvent l'étonnement de
la tournure. Une telle maîtrise sert ce florilège de bribes, la
couleur est telle que l'exercice romanesque des réminiscences ravive
les bulles à la percée des images. « Le fou trop poli vit parmi
nous. C'est une espèce de fou civil parfois amer et parfois pas. Il
vit vertement sa vie. C'est un citadin devenu jardinier après avoir
déserté les cultures de son père. En nous il vit encore, répète-t-il
de temps à autre. Sa mère lui manque. En nous elle vit encore,
répète-t-il de temps à autre. » La bibliographie de cet auteur nous
montre une production imposante de plus de trente ans dans la
littérature française. Maître de poésie et de langues, l'écriture de Savitzkaya décante un style inclassable.
Dimitri Jageneau
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Eugène Savitzkaya s'est fait d'abord
connaître par la publication d'un recueil de poésie Mongole, Plaine
Sale (1976, Seghers). Son premier roman Mentir (1977) le liera aux
Editions de Minuit. Parmi ses nombreux romans, citons Un Jeune Homme
Trop Gros (1978), La Traversée de l'Afrique (1979), En Vie (1995),
Célébration d'un Mariage Improbable et Illimité (2002), Exquise
Louise (2003). |
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