plan du site | forum | information | publicité | web design| annuaire | partenaires | on parle de nouscontact

 
 

Imprimer     Agrandir

Coffret Georges Perec

Georges Perec, vol. 1

un coffret de 2 DVD + 1 CD

Edité par l'Institut National de l'Audiovisuel
documentaire : Récits d'Ellis Island
moyen métrage : Les Lieux d'une fugue
3 entretiens télévisés
2 émissions radiophoniques

 

On connaît Georges Perec l'homme de mots, l'homme de jeu, l'homme des jeux de mots, mais on connaît moins son rapport à l'image. Or, son écriture à bien un rapport avec les images, elle est, à bien des égards, cinématographique. Le littérateur a d'ailleurs à maintes reprises dressé des ponts entre mots et images, se faisant tour à tour scénariste, dialoguiste et documentariste.

 
S

i le coffret édité par l'INA a principalement pour objet d'explorer les incursions de Perec dans le monde de l'image, il présente également des documents qui éclairent un peu plus sa pratique d'écrivain. Outre deux œuvres pour la télévision dont il est à l'origine, on y trouve plusieurs entretiens, télévisés ou radiophoniques. Lors de ces entretiens, on est d'abord frappé par la pudeur, voire la gêne, manifestée par Perec lorsqu'on l'interroge sur lui, son histoire et ses vicissitudes. Même s'il admet les touches autobiographiques qui parsèment son travail, il le revendique avant tout comme un jeu, une construction à visée universelle et exhaustive. De la même façon, malgré son fantasme de se fondre successivement dans une infinité de genres littéraires, pour « remplir un tiroir de la Bibliothèque Nationale » comme il le dit avec humour, l'écrivain refuse paradoxalement d'être catalogué. Il se défend par exemple de faire œuvre de sociologue avec Les Choses ou La Vie mode d'emploi, même si l'on peut être sceptique en écoutant l'analyse quasi marxiste que développe en 1965 le jeune romancier au look d'intellectuel de gauche dans Lectures pour tous. Quand bien même il avoue ailleurs des affinités avec Michel Butor, il nie tout autant être un cousin ludique de l'école du Nouveau Roman. On sent que Perec se rêve plutôt joueur, expérimentateur et explorateur (d'où son goût pour Jules Verne).

Mais Perec est aussi un scrutateur, surpris comme il le dit lui-même à Jacques Chancel dans Radioscopie par la « cécité des gens devant le quotidien ». Ce n'est pas un hasard s'il choisit pour exergue de son roman-somme, La Vie mode d'emploi, cette citation de Michel Strogoff : « Regarde de tous tes yeux ! Regarde ! ». Un crédo que Perec met littéralement et littérairement en pratique dans son court exercice de style Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, en "filmant" minutieusement en plan fixe, tout juste agrémenté de quelques zooms ou de légers panoramique, un décor unique et changeant, ou justement dans La Vie mode d'emploi, avec un long travelling sur les pièces d'un immeuble en coupe. Le travelling, motif récurrent des réalisations dans lesquelles s'est investi l'écrivain, notamment l'hypnotique adaptation de son récit Un Homme qui dort (réalisée par Bernard Queysanne), mais aussi des Récits d'Ellis Island et des Lieux d'une fugue, présents dans le coffret.

A écouter Perec, les motivations qui l'ont conduit vers le petit et le grand écran sont tantôt classiques, tantôt... inattendues. S'il confesse une attirance pour ces médias modernes, dont la liberté et la potentialité sont propres à séduire le défricheur de formes qui est en lui, il reconnaît aussi que le cinéma et la télévision pourraient aussi constituer, plus prosaïquement, des débouchés prometteurs face aux difficultés financières que connaît tout écrivain. Cette difficulté de vivre de l'art littéraire revient d'ailleurs comme un leitmotiv dans les divers entretiens du dvd. Pour Perec, écrivain, c'est avant tout un artisanat, un métier. Cette motivation économique rejoint aussi l'attirance de l'auteur pour les travaux de commande, une "contrainte" parmi d'autres chez un auteur qui les affectionnent particulièrement et les perçoit paradoxalement comme un moteur de sa créativité.

Côté oeuvres, le premier volet du documentaire Récits d'Ellis Island décrypte, selon la propre formule de Perec, « le lieu même de l'exil, le lieu de l'absence de lieu, le non-lieu, le nulle part ». Qu'est-ce qu'un lieu de mémoire ? Qu'y voit-on vraiment ? Qu'y cherche-t-on ? S'y cherche-t-on ? A cette dernière question, Perec répond qu'il y cherche, en creux, son propre rapport à la judéité, racine à la fois présente et absente du cours de son existence. Le second volet, intitulé "Mémoires", est quant à lui composé d'entretiens avec des immigrants ayant transité par Ellis Island, et rappelle à bien des égards le travail de Martin Scorsese dans Italianamerican. Les lieux d'une fugue, au carrefour du vécu et de la fiction, se situe plus dans une veine poétique, et fait écho, dans la forme aussi bien que sur le thème de l'errance, à Un Homme qui dort, tourné 4 ans plus tôt. Dernière perle à signaler dans ce coffret, un exercice très pérequien consistant à dresser la liste des Cinquante choses que j'aimerais faire avant de mourir. L'écrivain s'y prête avec jubilation, humanité et humour. Le document est d'autant plus émouvant que Georges Perec s'est éteint quelques mois plus tard.

Sylvain Gourgeon

0 commentaire

Inscription à la NewsLetter

Tissons nos liens...

 
FORUM

Tous les autres sujets...

 
 
NEWSLETTER

Votre mail :   

Vos intérêts :  Concerts & soirées  magazine   photos

Vos commentaires

    

 

 
 

copyright© 1999 - 2006 - @xé libre / Open Yür Mind (association loi 1901)

 Bureau : 21 avenue Secrétan - 75019 PARIS