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Sincèrement vôtre, Chourik nous entraîne sur le parcours de
Chourik, né d'une liaison clandestine entre un musicien raté et une
actrice recalée élue "miss belle jambe" dans sa jeunesse. Dès sa
naissance, notre héros au lourd casier généalogique est pris en
charge par une grand-mère dominatrice et une mère rapidement
reléguée au rôle de petite sœur. Loin de se transformer en l'homme "viril,
beau et robuste" qu'elles attendent, on apprend d'emblée qu'il
deviendra "un homme plutôt blafard et empâté d'une trentaine
d'années, faisant d'ailleurs beaucoup plus que son âge". Pas de
surprise à cela, dès son enfance, Chourik ne manifeste aucun intérêt
particulier pour quoi que ce soit, aimant sans ordre de préférence "[ses
amis] Grigorian, même Natacha Ostrovskaïa [...]. Il aimait aussi
beaucoup le gâteau aux fruits avec de la crème fouettée que sa
grand-mère avait préparé. Et le nouveau magnétophone qu'on lui avait
offert pour ses dix-sept ans."
Habitué à suivre les décisions de sa grand-mère, la mort de celle-ci
signe pour Chourik un saut dans le vide. Elevé dans l'objectif de
devenir "un bon petit garçon" qui accomplit de bonnes actions
pour les femmes qui l'entourent, il n'aura de cesse de suivre à la
lettre ce testament spirituel.
Nous
voilà donc en compagnie d'un anti-héros qui fait très rapidement
office de bonne poire sexuelle pour la gent féminine. Ses collègues
d'études, la patronne de sa mère, Valéria l'invalide, Svetlana la
suicidaire, Jane la naine, Sonia l'alcoolique... Chourik
s'acquittera pour chacune de "ses devoirs masculins",
obéissant en cela à "un désir ridicule de résoudre des problèmes
qui ne le concernaient absolument pas." Il fera successivement
office de vrai-faux mari, de simple accessoire sexuel, d'ascenseur
social ou encore de mâle reproducteur, animé par un sentiment
exclusif de compassion profonde, car chez lui, "la pitié et le
désir physique étaient logés au même endroit".
Sur
un registre faussement distancié, à la fois tragique et comique, où
l'ironie se tient souvent en embuscade, Ludmila Oulitskaïa parvient
à rendre le personnage principal à la fois pathétique et
terriblement attachant : jusqu'au bout, on espère le voir se libérer
des forces qui l'oppressent. Parallèlement à ce portrait, c'est
celui de toute une galerie de femmes russes que dresse ici l'auteur
: leur parcours à travers le pays et son histoire, les mœurs
qu'elles subissent, leurs attentes, leurs fantasmes, leur solitude.
Ludmila Oulitskaïa, auteur russe née en 1943 en Azerbaïdjan, n'en
est pas à son premier roman. C'est le prix Medicis étranger reçu en
France en 1996 qui est à l'origine de sa reconnaissance en Russie,
et depuis le succès a toujours été au rendez-vous. Sincèrement
vôtre, Chourik est bien la preuve qu'il ne se démentira pas de
sitôt.
Cécile
Verdier
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Née en Azerbaïdjan
pendant la guerre, Ludmila Oulitskaïa vit à Moscou. Généticienne de
formation, mais aussi collaboratrice à ses débuts du Théâtre musical
juif, elle a fait partie du collectif d'auteurs de 'Claustrophobia',
le désormais mythique spectacle de Lev Dodine. Malgré son talent,
elle n'est reconnue comme auteur à part entière qu'après la chute du
communisme ambiant. Parmi ses œuvres les plus connues, on trouve :
'Les pauvres parents', 'Sonietchka' courronée en 1996 par le prix
Médicis étranger, 'Un si bel amour et autres nouvelles', 'Le cas du
docteur Koukotski' et enfin 'Sincèrement vôtre, Chourik'. Ludmila
Oulitskaïa est l'un des auteurs russes les plus lus dans le monde. |