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Livre Tombeau pour un ami
disparu. Le style est tour à tour léger et farfouillant dans le
désir interchangeable. Flaubert pouvait s'écrier Madame Bovary,
c'est moi. Chodolenko pourrait de même, mais le narrateur
s'insinue dans les méandres avec la mémoire malheureuse de ne pas
être le héros de notre temps.
Thierry
Marc Chodolenko
Editions P.O.L
2006, ISBN 2846821496
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Le livre se scinde en deux et s'ouvre à l'envers comme à l'endroit.
Nous ne savons plus d'ailleurs par quel récit commencer. La forme et
le style nous instruisent sur le double emploi renversé de la
lecture. Nous pourrions aussi nous interroger sur le genre
difficilement classable de cet objet. Marc Chodolenko est un
styliste de la langue sans concession, un écrivain parmi les
meilleurs du paysage littéraire contemporain. Les références sont
tant diffuses qu'elles s'inscrivent en creux d'une écriture qui
relate la limite vague d'une amitié plus qu'amitié et d'un amour
plus qu'amour. Des réflexions s'égrènent sur cette amitié de frères
de lettres. « Rien de plus
faux, de plus éloigné de la réalité des choses passées, que les
notes qui tendent à rechercher, avec candeur, spontanéité,
sincérité, la vérité du passé. Tout ce qui s'écrit d'intime doit
être écrit par écriture, part art, artifice d écrire ; l'artificiel,
bien plus intime que la sincérité, échappe au risque de la fausseté. » (Fragment 8)
Histoires d'une jalousie pour les femmes qui ont pu aimer corps et
âmes ce Thierry. Des indices tombent dans la distance fourvoyée du
temps qui sépare. L'écart d'une mauvaise grâce s'épanche dans
l'exercice du morceau choisi. Le pli d'une page, le pli des mots,
fait mine de rattraper la mécanique du bonheur vécu. Si le narrateur
connaît une femme dans le renversement de l'autre livre et la saute
dans le vocabulaire charnel, la tentative de connaître cherche à
fourrager le secret des ébats et des joutes avec une femme que lui
aurait connu. Le rêve gémellaire comme une réserve du double,
du doublement double, tourne et retourne le visage de l'absence.
Ou tout simplement un amour " platonique " dans la limite du désir
qui s'envole aux heures indues de la nuit. La petite aurore draine
la nudité du soupir. S'amuser, pour de bon, de l'apparence et casser
la baraque des convenances, mais le drame est que la désaffection
tire de plus belle le fil altérable de la connivence.
Le sexe s'acharne dans ces avances et ces arrières. La pulsion
cherche le beau à combler. Le qualificatif de l'extase juge qu'il
est trop tard pour nourrir impétueux le décalage trop tard d'une
unité. Le débordement du vide aveugle le croisement de la bouche et
de l'orifice. La bande optique déblaye en même temps qu'elle révèle
dérisoire le tranchant de l'excitant témoignage. Un plaisir entravé
pousse à correspondre vainement à la tâche distrayante. Des phrases
gonflent le fluide glissement d'une étreinte à bout de corps, à
moins qu'elles se saccadent dans des ruptures méditatives. Les notes
s'accumulent dans le carnet des esquisses verbales. L'amitié se
cristallise à l'épreuve de l'écrit.
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Du couronnement Prix Médicis en
1976 avec Les Etats du Désert. Marc Chodolenko a écrit plus
d'une vingtaine de livres depuis plus de 30 ans, dont
nombreux sont épuisés. Ecrivain atypique qui mêle au style
un travail formel dans la recherche de l'écriture. Citons
notamment La Tentation du Trajet Rimbaud (Flammarion,
épuisé) ; Le Roi des Fées (Christian Bourgois). Ces
dernières années, ces livres sont publiés par les éditions P.O.L, notamment
La Poésie La Vie, Quasi Una Fantasia, Un
Rêve ou un Rêve, Imitation, NYC. Il travaille, au cinéma,
des scénarios avec Philippe Garel. |
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