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Mircea Cărtărescu : philo Génie

Peu connu en France, le poète et romancier roumain
est pourtant une figure emblématique dans son pays.
Aujourd’hui paraît en France son roman L'œil en feu :
l’occasion de mettre sous les projecteurs l’une des
plus grandes plumes européennes.

« L'œil en feu »
Mircea Cărtărescu
Denoël, 
2005, 512 pages, 28 €
 

 

 

 

A bientôt 50 ans, Mircea Cărtărescu a conservé des allures d'adolescent. Grand, les cheveux longs et noirs, une mèche sur le visage, il scanne le monde qui l'entoure d'un regard vif et sans concession. De l’adolescence, il conserve l’intransigeance. Son tempérament et la richesse de son œuvre ont fait de lui un poète et romancier unanimement salué en Roumanie, d’où il est originaire. Un succès qui a permis au fondateur du post-modernisme roumain d'être traduit et reconnu à l'étranger.

La Roumanie perd sous ses traits le visage d’un pays européen économiquement pauvre pour revêtir les atours d’un pays culturellement riche, en pleine effervescence littéraire : nombreux sont les cénacles d'auteurs qui ont vu le jour à travers tout le pays depuis le renversement de Ceauşescu en 1989, après 25 années de dictature.

Le réveil. A l'heure où certains écrivains portaient aux nues l'idéologie communiste, lui a suivi sa propre étoile. « Pourtant, j'ai longtemps cru que je vivais dans le meilleur des mondes, affirme l’auteur. Je viens d'une famille simple, qui vivait sans confort, sans télévision, sans livres. Mes parents étaient persuadés de la justesse de la politique communiste.» Viens l'époque où il va au lycée : le jeune Mircea commence à poser des questions en-dehors de sa famille, tentant de démêler le vrai du faux dans le discours officiel tenu à l'époque. « Mon réveil fut brutal. La théorie était belle : fraternité, entraide, amitié... Mais en réalité régnaient la peur, la pauvreté et la violence faite aux consciences.»

Cette prise de conscience est un électrochoc, déterminant dans la suite de son parcours. En 1976 commencent ses études à l’Université. Il intègre un groupe universitaire underground alors que règne le totalitarisme idéologique. Ses membres écrivent et fabriquent manuellement des documents aux allures de manifestes. C’est avec fierté que l’auteur se remémore cette époque : « les mots et la poésie étaient notre manière de résister.” Le groupe ne cherche pas à se faire publier, mais à conquérir un espace de liberté : l’important est de se lire mutuellement et d’échanger, les uns chez les autres. “C'est comme ça que nous avons survécu.»

Littérature et dictature. Lorsque certains évoquent
-abstraction faite de toute référence idéologique- les qualités littéraires de certains auteurs qui se faisaient les chantres du régime Ceauşescu, la réponse fuse, tranchante comme un scalpel : « Si j'avais vécu la révolution à 13 ans, j'aurais eu une position à la Robespierre : j'aurais condamné presque tout. Je n'aurais pas compris que des gens qui avaient une conscience ne se soient pas révoltés. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes demandent à leurs parents pourquoi ils n'ont rien fait. Ils répondent : "je t'ai élevé, ce que je n'aurais pas pu faire si l'on m'avait emprisonné". Je dois dire que je suis incapable de dire qui a raison sur ce point.»

La censure. Mircea Cărtărescu publie son premier recueil de poésies en 1980. Suivront plusieurs autres ouvrages de poésie, de prose, plusieurs critiques et théories littéraires. Questionné sur la question de la censure, il met à jour les paradoxes de son pays : « j'ai connu la censure dès 1980, au début de mes années universitaires. Je me souviens de l'un de mes livres, censuré non pas pour des raisons politiques, mais par les imprimeurs qui refusaient mon manuscrit. On peut donc dire que le peuple lui-même m'a censuré.» Il affirme que Ceauşescu a longtemps été soutenu par le peuple, « même si dans les blagues on se moquait de lui comme d'un homme qui met son clignotant à gauche pour tourner à droite », ironise-t-il.

Qui a fait la révolution ? A l'époque où Ceauşescu arrive au pouvoir, en 1965, le pays compte 70 % de paysans, qui deviennent alors ouvriers. En 1979, sur fond de crise économique, le peuple manque de nourriture et le rêve d'un "monde des ouvriers" commence à s'écrouler. Pendant les cinq dernières années qu'il a passées au pouvoir, Ceauşescu perd tout soutien. C'est alors qu'il met en place la police politique, la Securitate, maintenant le pays sous son joug.

Mircea Cărtărescu porte sur cette succession d'événements historiques un regard sans concession. « Je continue à penser que ce n’est pas le peuple mais la Securitate qui a renversé Ceauşescu. Ces gens-là avaient du pouvoir et beaucoup d'argent, mais ils ne vivaient pas aussi confortablement qu'ils le souhaitaient, puisqu'ils ne pouvaient pas dépenser leur argent. Le renverser leur a enfin permis de vivre comme de véritables capitalistes. Aujourd'hui, on peut affirmer que 90 % des grands patrons roumains viennent de là. Il serait naïf de penser que la révolution est née d'une aspiration à la démocratie, ou à l'intégration européenne, ou je ne sais quoi d'autre dans ce genre...»

Une saga multiforme. Paysans, ouvriers, officiers, artistes... Les personnages anonymes qui ont participé de cette Histoire se retrouvent en filigrane dans la trilogie romanesque sur laquelle Mircea Cărtărescu travaille actuellement. En filigrane, car le vrai sujet de cette œuvre est ailleurs. Commencée avec Orbitor, paru aux éditions Denoël en 1999, cette plongée métaphysique et poétique à travers le temps et l'espace se poursuit avec L'œil en feu qui vient de paraître chez le même éditeur. « Mon roman porte sur l'identité. Le sujet en est moi-même, Bucarest, le monde», affirme l'auteur, un brin mégalomaniaque. « C'est le monde tel que je l'ai vécu.» De Bucarest, dont il est originaire, il donne à découvrir les rues, les tramways, les immeubles et leurs transformations. Du monde, il nous offre la Nouvelle-Orléans, Amsterdam, et bien d'autres univers, mêlant rêves, réalité, légendes et superstitions.

Mircea, personnage principal de ce roman-fleuve, nous livre son enfance, son adolescence, en faisant des détours par la genèse de l'histoire familiale : autant de « tableaux entreposés en vrac dans la pinacothèque grise de [sa] mémoire.» Inhérents à ce parcours, les nombreux essais philosophiques qui jalonnent les pages constituent sans doute ce qui laisse les sentiments les plus prégnants chez le lecteur. Lorsqu'on interroge ceux qui l'ont lu, on trouve les même mots dans leur bouche : « une fois qu'on a plongé dans cet univers, extrêmement poétique, on ne veut plus en sortir.» L'auteur prend un plaisir non-dissimulé à évoquer cette singularité qui fait sa poésie : « la poésie relève du monde naturel, c'est pourquoi j'utilise un vocabulaire scientifique. Selon moi, la plus belle poésie, ce n'est pas celle de Baudelaire, c'est la phylogénie. Savourant l’effet obtenu, il précise le terme : le développement de l'embryon humain passe par toutes les étapes de développement des espèces depuis des millénaires».

Cette œuvre philosophique, scientifique et littéraire impressionne d'autant plus qu'elle se construit de manière aveugle, l'auteur assurant qu’il ne sait pas lui-même ce que la page suivante lui réserve.

Sa puissance littéraire lui vaut d'être comparé à Borges par la critique et il enchaîne les prix littéraires depuis 1989. Le dernier en date récompensait en 2004 l’énorme succès en Roumanie de Pourquoi nous aimons les femmes, recueil de récits et d'articles rédigés dans l'édition roumaine de Elle. Cette notoriété lui permet aujourd'hui d'aider les auteurs qui débutent. Pas facile à l'heure où les bonnes critiques ne suffisent plus, car désormais, en Roumanie, il faut aussi savoir faire décoller les ventes.

Cécile Verdier

 

Né en 1956, Mircea Cartarescu vit à Bucarest où il enseigne la littérature. Poète et romancier, il apparaît comme l'un des auteurs majeurs de la littérature roumaine d'aujourd'hui.

  

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