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Equipée dans les
bas-fonds de Boston. Un héros rencontre son Père qui ne serait rien
d'autre que son double, il ne peut regarder que de son intime
indifférence. Figure de l'absence sur fond de la nécessité et le
mensonge d'être un écrivain. Sarcasme dans les nuits glauques que
peuplent les ombres et les marges du réel littéraire.
Encore une nuit de merde dans cette
ville pourrie
Nick Flynn
Nrf Gallimard
Récit traduit de l'anglais (Etats-Unis) par
Anne-Laure Tissut, Nrf Gallimard, 2006, 347 p
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Comment sauver sa peau ? Est-ce que cela passe par le sauvetage de
l'autre qui dérive au loin et ne sait où il ira échouer ? Ou
simplement est-ce d'abord chercher à sauver la sienne ? La salvation
se résorbe dans la dilution du regard. D'un grand-père Edmund qui
aurait breveté dans les années 30 un canot de sauvetage que même les
alliés auraient utilisé, le liquide coule à flot sur les voies de la
chute d'un père Jonathan, bon à rien qui a su pervertir une fille de
bonne famille et lui faire de deux fils. Jonathan se déclame poète
et est en train d'écrire le nouveau chef d'œuvre de la littérature
américaine, L'Homme au bouton, qu'il aurait commencé dès la
naissance du fils, qu'il soit Nicholas ou Taddeusz.
Irlando-polonais, le père se voue à la grande œuvre et multiplie les
petites combines et escroqueries pour le plonger dans un voyage
entre des taules. Le sarcasme du narrateur qui n'est autre que le
fils glisse dans ces remous trop feutrés pour ne pas manquer à ce
que ses fils le détestent et ne le considèrent comme un pauvre
toquard qui aura bousillé toutes les chances présentées devant lui
pour ne faire qu'un gâchis grandiose. Abandonné à leurs sorts, la
mère n'ayant pas même pas terminé son lycée accumule petits boulots
et amants plus minables dans leurs torpeurs. Elle mettra fin à ses
jours avant terme pour ne laisser à ces fils cet encombrant père
qu'il trimballent par devers soi, alors qu'ils ne l'ont jamais vu.
Le liquide se paye cash, en bouteilles dans cet éthylisme délirant
d'une vie englué des faux rêves et de la crudité de la chute. Non
qu'il s'agit de la Chute de la Maison Usher, grand classique
de la littérature américaine (Edgar Allen Poe), ni non plus un
Herman Melville dans cette atmosphère des ports d'antan baleinier du
Massachusetts (Moby Dick). Le fils ne trouvera de parade
lui-même que dans des petits boulots d'électricien dans le petit
port du coin devenu repère des trafiques de stupéfiants. Commerce
plus lucratif que la pêche. Il décrochera pour s'investir de fil en
aiguille un boulot dans l'aide sociale aux clochards et SDF dans un
Boston plus connue pour être la haute sphère de l'intelligentsia des
States. Le climat de Boston est rude, le cœur aussi. Parmi tous ses
paumés, alcoolos, drogués et autres schizoïdes, le père se présente,
qui se fait rapidement même exclure du centre pour comportement
incontrôlable. Le fils n'assiste qu'évasivement ce père déchu, qui
se contente de dormir sur les bancs des places la nuit. Le répit
viendra. Le père trouvera un logement social individuel et le fils
Nick déguerpira de Boston pour relancer ses études et devenir
professeur de poésie à New York.
Tour à tour dialogique, lettre épistolaire du Père, mot à mot dans
le délire de la boisson qui fracasse la tête au comptoir à force de
vodka ou de bières, déliquescence de fumettes, biographie isolé d'un
Robinson Crusoé citadin, la mythologie traverse l'écrit et la laisse
transi du vent glacial. Loin d'être un style naturaliste et
scrutateur, Nick, le narrateur se joue et creuse lui-même le deuil
de l'absence de la figure paternelle. Le fils aurait rattrapé le
Père dans sa quête littéraire. Loin d'être rébarbative, même si le
récit se perd dans cette spirale de la chute, la haine de cette
image en miroir que nous représentons dans les veines se dissipe
dans un voyage de l'attention et de l'écoute devant le mensonge du
trouble. Nick Flynn, l'auteur, nous embarque pour visiter les
bas-fonds individuels. Il aura l'avantage de ne pas se perdre dans
le spectaculaire de la transgression pour une forme proche de
l'épure sentimental. Très peu transparaît, juste une distance par
rapport à une mémoire que l'on retient et que l'on évacue. Au revers
même d'une Epopée du buveur d'eau (John Irving), le récit
trame la misère intime comme le miroir d'un désir de littérature.
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Né en 1960, Nick Flynn a été tour à
tour électricien, marin et éducateur. Il a publié trois
recueils de poèmes qui lui ont valu plusieurs récompenses
prestigieuses aux Etats-Unis. Il partage aujourd'hui son
temps entre l'enseignement à l'université de Houston et les
voyages. |
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