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Les Naufragés, 
Avec les clochards de Paris

De Patrick Declerck

Editions Plon, Collection Terre humaine
2001
Prix public : 23 €
(150,90 F)

Patrick Declerck connaît parfaitement l´univers des clochards : il a passé une quinzaine d'années auprès d'eux, en tant qu'ethnographe, assistant de recherche à la Maison des sciences de l'homme, puis psychanalyste à la Mission France de Médecins du Monde, et enfin comme médecin consultant au Centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre. 
Il est même allé jusqu'à partager l'expérience de cette vie, de l'intérieur : il a dormi dans la rue, mendié, s'est fait ramasser et emmener dans les centres d'hébergement, afin de saisir au plus près leur quotidien. Une expérience-limite.

A chaque instant, Patrick Declerck a vu son objet d'étude se dérober et l'obliger à faire le constat de la complexité de son étiologie. Comment saisir les causes profondes qui mènent certains à finir leur vie dans la rue, dans un espace par définition extrêmement dangereux et hostile? « Comment faire un livre avec rien ? », demande-t-il. 
Pour éviter de " botaniser " cette population, chose qui équivaudrait à mener son étude à l'échec, Patrick Declerck a utilisé l'ensemble de ses connaissances théoriques (aspect qui explique également la grande richesse de cet ouvrage), que ce soit en matière d'ethnographie, de philosophie que de psychanalyse. Il a également pris le parti de la narration, du récit souvent détaillé de ses expériences, ce qui rend son livre polymorphe, donc parfaitement adapté à l'objet de son étude (qui l'est lui-même bien plus). 
L'un des grands mérites de cet ouvrage réside dans la capacité d'auto-analyse dont fait preuve l'auteur, non seulement d'un point-de-vue intellectuel, mais aussi d'un point-de-vue émotionnel. " La plupart du temps, je les hais ", dit-il, mais le livre est également traversé de rencontres décisives avec certains d'entre eux, de sentiments de sympathie, de constats d'échec accompagnés d'une difficulté, parfois, à les accepter : « Je pense en avoir soulagé plusieurs. Je sais n'en avoir guéri aucun ». Mais il considère ces clochards comme d' " effarants professeurs du négatif ", ce qui les rend particulièrement fascinants à ses yeux. 
Cette capacité d'auto-analyse lui a permis de mieux saisir, et même juger, le regard que portent la société, le monde médical, les sciences humaines, les politiques, sur la population des clochards… et Patrick Declerck nous montre combien nous sommes parfois dans l'erreur. Ce livre oblige le lecteur à se regarder lui-même dans son attitude vis-à-vis de ceux que l'on nomme les exclus. 

L'auteur cherche à analyser les enjeux conscients et inconscients qui sous-tendent certains types d'analyses provenant du monde politique comme de la société elle-même.
Après plusieurs études de cas bien précis, il montre combien les études monodisciplinaires mènent à des impasses ; la pauvreté et l'exclusion sociale n'étant pas les seules causes de la clochardisation. Car si la clochardisation était le résultat d'une sorte de victimologie socio-économique, ces derniers devraient saisir l'opportunité, que la société tente de leur offrir, d'un fonctionnement social plus normal. Or, souvent, toute amélioration est suivie d'une rechute plus brutale encore. 
De même, alors que les politiques et la société se plaisent à utiliser ce terme, Declerck affirme que le mot “exclusion” lui-même s'avère être un concept douteux, assignant à ceux qui la vivent le statut passif de victimes innocentes « qui s'accompagne nécessairement d'une négation de la transgression et d'une absolution de la culpabilité », revêtant ainsi une valeur heuristique fortement discutable. De plus, " qu'est-ce que la marge ou l'envers de la société, sinon encore la société ? ". L'auteur lui préfère le terme de “désocialisation”, qu'il définit comme « un ensemble de comportements et de mécanismes psychiques par lesquels le sujet se détourne du réel et de ses vicissitudes pour chercher une satisfaction, ou - a minima- un apaisement, un aménagement du pire. La désocialisation constitue, en ce sens, le versant psychopathologique de l'exclusion sociale. »
A l'opposé de l'a priori victimisant que l'on peut avoir sur les clochards, on est entend parfois aussi celui, plus souterrain, qui considère qu'il est nécessaire à l'ordre social que la vie des clochards soit difficile ; l'apparence qu'ils donnent d'être libres et sans obligations étant séduisant et donc dangereux pour cet ordre. Ainsi, pour certains, il faut que ce qui est vu comme un " choix " (grave erreur que ce terme !) se paye.

Il montre combien la psychanalyse est essentielle à la compréhension de l'univers des sans-abris, alors même que la psychiatrie s'éloigne sans cesse de ce sujet, le considérant comme indigne d'étude : en France, la psychiatrie se définit comme une discipline médicale active, thérapeutique. Or, dans le cas des clochards, le pronostic s'avérant désespéré, elle le rejette. Ainsi, ces derniers sont la plupart du temps exclus des hôpitaux psychiatriques. Declerck cite l'exemple d'une lettre reçue de l'un de ses collègues psychiatre : « Cher confrère… Blablabla… Mme Machin, alcoolique chronique… Personnalité psychotique… Bien connue de nos services… Rompant de façon récurrente les contrats thérapeutiques… Blablabla… Nous vous serions gré de faciliter notre tâche en évitant de nous la renvoyer. »
Or, aux yeux de l'auteur, « en plus d'être le produit d'une pathologie sociale, économique et culturelle, la clochardisation est aussi, profondément, un symptôme psychopathologique », ce qui nécessite absolument que l'on se tourne du côté du psychisme. C'est une « auto-exclusion pathologique, compulsive et endogène. » Et l'erreur de la psychiatrie consiste à vouloir « s'élever au-dessus de la banale et désespérante gestion de l'irréversible et du chronique. »

L'auteur propose un certain nombre de solutions à ces diverses pratiques - et surtout ces divers présupposés fallacieux - qui se révèlent inadaptés à la population clochardisée, en proposant le « concept d'espaces transitionnels de soins », où le désir de la société à vouloir à tout prix normaliser ses membres serait suspendu.
Car, en l'état actuel des choses, « on exige des hébergés potentiels de contrôler pour six mois, et comme par magie, les manifestations symptomatologiques des pathologies dont ils souffrent. (…) Il ne faut plus qu'ils soient ivres, il ne faut plus qu'ils soient asthéniques.(…) Bref, on exige d'eux qu'ils puissent donner le change, qu'ils puissent avoir l'apparence de la normalité pendant six mois et on attend de cette apparence qu'elle se transforme - on ne sait trop comment - en réalité ". Ceci a « pour effet essentiel de condamner l'hébergé, dès son entrée dans l'institution , à l'angoisse de l'échec qu'il sait inévitable et dont il est déjà assuré qu'il s'accompagnera d'une sanction d'expulsion. »
De plus, le caractère saisonnier de l'hébergement d'urgence est une grave erreur et souligne l'identification, souvent inconsciente, entre soignant et soigné, entre la société et ses exclus : notre attention pour cette population s'éveille de novembre à mars lorsque nous avons froid, et ensuite, lorsque les centres de secours ferment, lorsque les médias n'en parlent plus, ces derniers dépérissent insidieusement dans l'indifférence générale. Car en effet, une hypothermie de fin d'été - comme il en existe couramment - n'intéresse plus personne…
« Le clochard est le fœtus de lui-même. Si nous ne pouvons l'accoucher à la vie, au moins mettons-le à l'abri. Offrons-lui asile. »

Cet ouvrage est essentiel car il étudie le monde des clochards (qu'il contribue d'ailleurs à nous faire mieux connaître) autant que ceux qui vivent de l'autre côté du mur, du côté des inclus, c'est-à-dire nous tous. 
On peut alors se demander : pourquoi Patrick Declerck n'est-il pas entendu ? Pourquoi n'a t'on jamais tenu compte de ses remarques et propositions de solutions ?
C'est à nous, les inclus, de réfléchir à nos « discours hypertrophiés du don de soi et de la charité glorieuse qui est trop souvent le masque de l'incompétence et du bricolage, quand il n'est pas celui de la perversion ». Mais pour certains, il n'est pas toujours aisé de se remettre autant en question… et d'accepter de tenir des discours qui pourraient choquer. 

 

Florence Cheval

Patrick Declerck, né à Bruxelles en 1953, philosophe de formation, docteur en anthropologie de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, est psychanalyste, membre affilié de la Société Psychanalytique de Paris.
Il a publié divers articles ethnologiques et psychanalytiques ( Temps modernes, Esprit…) sur la désocialisation, l'errance et l'alcoolisme.

Articles sur l'ouvrage de Patrick Declerck : 
Le Monde : www.lemonde.fr/article/..%2C00.html

France 5 : www.france5.fr/auteurs/004379/14/35184.cfm


Dossiers sur la précarité et l'exclusion : 
L'Express : www.lexpress.fr/Express/..exclusion/dossier.asp

Espace éthique : www.espace-ethique.org/../references.html

Le Secours populaire français : www.secourspopulaire.asso.fr..dossier-rue.html

Association Aux Captifs : www.lemonde.fr/article/..-,00.html

Le CHAPSA de Nanterre : www.prefecture-police-paris.interieur.gouv.fr/..

SWAPS : publications.crips.asso.fr/swaps/17_157.htm

Témoignage d'un clochard : www.ifrance.fr/webxclusion/dossiers/asile.htm

Bibliographie : 
Dix essais et douze romans sur la pauvreté :
www.ombres-blanches.com/..societe.htm

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