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« Dans la vallée rosie d’un 18 heures de mars, des mômes dribblaient
en survettes et leurs cris criblaient le presque crépuscule de
Belleville. Sur le parapet collant, une flaque de glace à la fraise,
des vestiges de sandwich, un cadavre de cigarette, huit fourmis,
soixante-douze anfractuosités, un cœur à la craie, un élastique à
cheveux distendu. Autour, des pelles se roulaient, des appels se
lançaient, des conversations se tricotaient, des pauses se
prenaient, des poses se prenaient. »
Plusieurs fois par moi
Raphaële Vidaling
Editions Grasset
2002, 283 pages, 17 € - ISBN 2246633915
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Andréa Line, jeune femme de 28 ans partage sa vie avec l'hqmn
à savoir l'homme qui [l]a nourrit, son colocataire
aussi discret qu'excellent cuisinier. Il dérange son ordinaire et
ses cuillers, baptise un tuyau d'aération bruyant (Hector) et
instaure avec elle un code comportemental suivant l'humeur du jour:
n°1 : Lamda, pour " le plus petit commun multiple de nos besoins
et nos efforts " (faire le ménage, les factures, les courses) ou
n°3 Monsieur-l'-ambassadeur, pour le grand jeu de réceptions, etc.
Un code de repérage histoire d'être sur la même longueur d'onde. Un
code à contre-sens aussi (" les chandelles que les jours
ordinaires pour célébrer le menu et friable quotidien ") pour
rompre la monotonie. Elle l'observe, cet Autre, qui envahit son
espace et est témoin de sa vie à huit clos.
Les autres, justement, comment vivent-ils ? qui sont-ils ?
Sa réponse, elle la trouve grâce à un enquêteur de l'INEC (institut
national d'enquête auprès des consommateurs), qui l'interroge dans
la rue et à qui elle doit confier ses goûts en matière d'eau
minérale. Il la fait monter dans un local aménagé en supermarché
artificiel où elle doit procéder à quelques achats. Grâce à cet
enquêteur, donc, elle va intégrer le petit cercle des réunions de
consommateurs.
Quelques jours après, les coups de fil de l'agence de consommateurs
se succèdent. Elle s'en accommode très vite. Tout est prétexte à
servir de cobaye et tant pis si c'est au prix d'un mensonge. Elle
aime à répondre aux foules de questions dont on la presse sur ses
habitudes alimentaires, vestimentaires, ses consommations en matière
de soupe, glace, etc. Parler de ses goûts, affirmer ses choix, ou
plus simplement parler d'elle-même, chercher à se connaître jusque
dans les moindres détails. De questions en réponses, elle découvre
un à un les pans de sa vie.
A L'INEC, elle rencontre aussi, lors d'un test en tête à tête, un
homme mystérieux, " héros des temps modernes ", avec qui elle
échange quelques menus propos ironiques et entame un grand jeu de
mots puis de séduction. Son intrusion dans le monde d'Andréa est
l'occasion de redoubler de cette verve pétillante qu'elle fait
tourner à plein régime. Elle défie et s'amuse de "
l'homme avec qui [elle] joue
".
Sociologiquement amusant, ce petit clin d'œil à la société de
consommation est en plus réjouissant. L'univers rêveur de la
narratrice et ses petits jeux internes au récit - comme dresser une
liste de menus plaisirs pour 365 jours de bonheur ou stylistiquement
parlant jouer des sonorités de la langue pour évoquer ceux de sa
tuyauterie - sont autant de raisons de tenter ce premier roman.
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Raphaëlle Vidaling a 33 ans et est
agrégée de lettres modernes. Elle coordonne une équipe de
rewriters dans une maison d'édition. Elle a publié, en 2001,
chez Hachette, Le catalogue de vos rêves, un répertoire de
3000 objets de rêve dénichés sur Internet. Plusieurs fois
par moi est son premier roman. |
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