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Quel rapport entre les Sex Pistols, le foie gras et l'avenir du
rock'n'roll ? Telle est une des questions à laquelle s'attache Mikaïloff
dans ses promenades solitaires. Ce livre jette un regard intriguant
sur notre époque et réfracte les confidences d'une passion nommée
rock.
Ringard dans la dégaine ou standard de la culture populaire, le rock
n'étonne plus dans le milieu des années 90. On l'avait relégué aux
oubliettes. Les cendres restent ardentes. La consommation ne peut
embaumer la relique rock'n'roll attitude. Plus qu'aucun
mouvement musical, le mixte de provoc' et de désabusement emporte la
facture spontanée d'une vigueur âpre et tout à la fois souple. Du
rockabilly de 54 à 59, mélange de racines noires (blues) et blanches
(la country), le rock'n'roll se revendique impur. Mort après le
départ d'Elvis à l'armée en 1958, il fut décliné en pop, garage,
psychédélique, hard et heavy, puis punk et encore grunge, pour
retrouver une renaissance ces dernières années. Le moins que l'on
puisse dire, c'est que le rock imprègne notre culture d'avertis
comme de dilettante. « L'effervescence
et l'attention qui entourent notre Rock'n'roll, en ce début du 21ème
siècle, sont-elles vraiment d'une autre nature que celles qui
entourèrent l'apparition des Stones Roses à la fin des eighties ou
celle d'Oasis au milieu des nineties ? » (p. 174)
Kaléidoscope d'affinités des fins des années 70, l'auteur s'essaye
habilement au genre roman. Les chapitres, courts et tonitruants,
sont comme des songs, 25 plages prismatiques sous mode
anthropologique : syndrome de Keith Richards dans le Rock'n'Folk de
mars 1979, naissance du rock français avec le disque d'or de
Téléphone en 1978 ou références tout azimuts qui s'inscrivent dans
les parenthèses de chaque en-tête, sorte d'invite à nous rappeler, à
deviner ou même à écouter une discographie personnelle. Mais le
livre ne sombre pas dans la liste d'experts et nous préservent par
des audaces de polars et d'imaginaire cinématographique. L'alcool
imbibe et les cigarettes s'enfilent dans un désarroi d'un amoureux
qui ne sait comment briser la glace du désir.
Lecture aisée et propos d'un fidèle, ces réflexions mènent notre
auteur à quelques passages de méditation sur notre époque Internet
et donne, par exemple, un certain son de cloche sur le problème
actuel du téléchargement. « La révolution Internet n'est pas l'œuvre
des hippies idéalistes mais plutôt de jeunes adultes
individualistes, adeptes du piratage qui sont, à l'image de leur
temps, cyniques et sans idéologie. Ils ont su répondre, en éludant
le problème de la propriété intellectuelle, à ce besoin compulsif de
consommer, viscéralement chevillé en nous. La culture mondiale est
désormais disponible gratuitement et en haut débit. Alors que nos
contemporains acceptent de payer à prix d'or des mélodies de
téléphones portables, ils refusent de payer pour le reste. Il est
vrai que ce reste est peu de choses : livres, films, disques… » ( p.
63) A contre-courant de la vague disco qui s'annonce à l'époque de
la mode de l'imper gris, l'anecdote coule sur les groupes mythiques
comme Sex Pistols, Flamin Groovies, Clash ou autres Ramones.
Une mélancolie feutrée berce le vent glacial du triomphal anonymat.
La figure du dandy chic d'Alain Pacadis (« Un jeune homme chic »,
réédité chez Denoël, 2002) erre dans les backstages des soirées un
peu folle du gotha artistique parisien. On peut aussi croiser Daniel
Darc et son sourire évangélique. A quelques distances, aussi la
figure incontournable de l'homme à la tête de chou. Quel rapport
entre les Sex Pistols, le foie gras et l'avenir du rock'n roll ?
Telle est une des questions à laquelle s'attache Mikaïloff dans ses
promenades solitaires. Constat désabusé, le rock actuel traîne dans
le trop convenu, mais toute rétention d'esprit annonce, un jour ou
l'autre, le retentissement d'un son rebelle. Ce livre jette un
regard intriguant sur notre époque et réfracte les confidences d'une
passion nommée rock.
Dimitri Jageneau
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