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Dans Numéro Six, Véronique Olmi, dramaturge et dont le premier
roman, Bord de Mer, va faire l'objet d'une adaptation au cinéma,
parle de l'amour filial, mais de cet amour filial obsessionnel et
pathologique qui ne dit jamais son nom et ne s'exprime que dans les
actes désespérés d'une enfant qui cherche la voie, n'importe quelle
voie, pour exister aux yeux de son père. Un roman à l'écriture
dépouillée et juste qui raconte la douleur des sentiments quand
ceux-ci sont tus.
« Numéro Six »
Véronique Olmi
Editions Actes Sud
2002,roman broché, 102 pages, 11 € ISBN 2742739270
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A sa naissance, Fanny a déjà 5 frères et sœurs, l'aîné a 20 ans, le
plus jeune 10 ans et son père 50. Monsieur Delbast, le père
patriarche, médecin réputé, ancien combattant de la première guerre
mondiale, fervent catholique, suscite l'admiration des nombreux amis
de la famille quand il chante Faust à la fin des repas.
Et Fanny n'a qu'une obsession : attirer l'attention de ce père
parfait et lointain qui, par mégarde, l'appelle souvent par les
prénoms de ses sœurs, Louise et Marie. Surprendre ce père, dont
Fanny se croit rejetée quand elle se retrouve seule à la maison,
gênant le couple uni qu'il forme avec sa femme, alors que les aînés
sont quitté la maison et sont tout occupés à leur réussite. Alors
Fanny tente de se noyer, simule pendant toute une année la maladie
pour que son père la soigne, blâme Maria la domestique pour copier
ce grand frère colérique tant aimé par le père.
Fanny est-elle réellement victime d'une injustice ou bien ne
s'agit-il là que du prisme déformant de la sensibilité exacerbée de
l'enfant, étouffée par une éducation bourgeoise et moralisatrice où
l'expression des sentiments est condamnable ?
Parce que, à bien y regarder, Louis Delbast, cet homme si
fréquentable, c'est aussi lui qui met l'un de ses fils dehors quand
celui-ci l'appelle à l'aide parce que la femme avec laquelle il a
une liaison, une femme mariée, est en train de mourir à la suite
d'un avortement sauvage. C'est aussi lui qui chante "Maréchal nous
voilà ! comme s'il s'était agi d'un chant scout", qui refuse que
Louise épouse un juif et qui klaxonne sur la cadence "Algérie
Française" pendant la guerre d'Algérie.
Pourtant, Fanny n'en veut pas à ce père pas si parfait et elle
s'attache, lorsqu'il se retrouve seul à la mort de sa femme, à
s'occuper de lui, à rattraper tout ce temps perdu, à guetter dans
ses lettres de jeune soldat la vulnérabilité du petit Louis face à
la violence de la guerre. Cherche-t-elle à remplacer sa mère, à
inverser le rapport de dépendance, à se jouer de la vie fragile de
son père devenu vieillard ?
Véronique Olmi ne prête aucun désir de revanche à Fanny, devenue une
mère triste de 50 ans. Triste mais pas aigrie, pas jalouse, pas
rancunière ni malveillante, toujours aussi sensible et pleine de
cette retenue qu'on lui a inculqué. Une femme de 50 ans à l'image de
ce court roman aux anecdotes elliptiques qui ouvrent sur des
gouffres de silence, sur une angoissante et enivrante absence de
mots, tous ces mots que le père n'a pas adressé à sa fille. "Je
porte toujours ton nom. Tu me l'as beaucoup reproché. Je n'ai pas
voulu quitter ce nom-là, emprunter celui d'un autre homme. Comment
s'appelaient les autres hommes ? Je m'en souviens à peine. L'homme
de ma vie, c'est toi."
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Après avoir suivi en 1989 des
études d'art dramatique chez Jean-Laurent Cochet, Véronique
Olmi est assistante à la mise en scène pour Gabriel Garran
et Jean-Louis Bourdon de 1990 à 1993. En 1993, elle écrit
Point à la ligne, pièce pour laquelle elle reçoit en mars
1998 le prix CIC Paris Théâtre. En 1995, elle écrit le
Passage, publié aux éditions de L'Arche.
En 1997, elle publie deux pièces aux éditions de l'Arche,
Chaos debout et les Nuits sans lune. En avril 1998, Point à
la ligne est publiée aux éditions de l'Arche avec la
Jouissance du scorpion. En juillet 1998, Chaos debout est
créé au Festival d'Avignon dans une mise en scène de Jacques
Lassalle, avec Anouk Grinberg. En septembre 1998, elle
publie Privée, recueil de nouvelles, aux éditions de
l'Arche. Depuis avril 1998, elle anime un atelier d'écriture
au lycée Jacques Prévert de Boulogne-Billancourt. |
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