|
Né
dans une famille noble, sa vie, son oeuvre, furent imprégnées par sa
vision du monde tel qu’il lui apparut dés son plus jeune âge. Un monde
en voie de décadence dans lequel il ne se complut pas. Un monde fait de
rituels, repas familiaux, concerts, sous l’œil tutélaire de sa mère,
cette Mre qui sera l’une des figures emblématiques de son cinéma.
Vivant dans un palais le jeune Luchino
puisera dans ce décorum, cet esthétisme qui ne le quittera jamais
tout au long de son parcours de créateur et qui concourra, pour une très
grande part, à faire de ses films, ces chefs-d’œuvre universellement
acclamés qui jalonneront sa carrière.
Après
un voyage à Paris, où il deviendra l’assistant de Jean Renoir, ce qui
lui permettra de côtoyer, Cocteau, Picasso et Coco Chanel, il reviendra
à Rome où sa carrière prendra son essor. Entouré de jeunes comédiens
débutants, parmi lesquels, Vittorio Gasmann et Marcello Mastrioanni, il
deviendra très vite, leur maître, celui que l’on écoute, celui à qui
l’on obéit au doigt et à l’œil :
« Il Maestreo ». La précision de ses mises en scène, sa
direction d’acteurs, seront bientôt salués par un public de plus en
plus nombreux. Tennessee Williams, Caldwell, figureront, entre autres, au
nombre des auteurs que Visconti mettra à son répertoire, prouvant par là
son goût des grands écrivains, goût qu’il cultivera toujours, tant au
théâtre qu’au cinéma. D’ailleurs son premier film sera
l’adaptation du roman de James Cain Le facteur sonne toujours deux
fois. Obsession reflétera son obsession pour les petites gens,
ces parias, dont il montrera la noirceur de la vie et parfois des
sentiments. Toujours Visconti fera le grand écart entre les nantis et les
pauvres, passant de Ludwig à Rocco. Passant
des palais vénitiens aux soupentes milanaises, Luchino Visconti
illustra à travers son art, des mondes en décomposition des êtres en déshérence.
La décadence et le baroque seront deux des composantes essentielles de
son oeuvre qui trouvera son apogée dans le Guépard, film mythique, film
testament, où tous les thèmes chers au cinéaste seront abordés : la
famille, la fin d’un monde révolu appartenant déjà à une autre époque,
à travers la figure du Prince Salinas. Burt Lancaster, dont Visconti ne
voulait pas au départ prêta ses traits, au patriarche. Plus qu’avec
nul autre de ses personnages Luchino Visconti s’identifia avec ce vieux
noble sicilien arrivé à la fin de son existence. Rencontre improbable
entre l’aristocrate italien et le cow-boy des faubourgs new-yorkais.
Tous les films de Visconti charrièrent des torrents de sentiments, mais
qu’il soient situés dans d’admirables palais où dans des lieux plus
sordides, de leurs personnages,
se dégageait
la violence et la passion.
Marc
Rosenbaum
|