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La mémoire
de tous les lecteurs, fort nombreux, de l'aimable bande dessinée "ASTERIX et OBELIX" aura sûrement
polarisée quelques neurones spécifiques sur l'image, anodine en apparence
seulement, du barde-artiste ASSURANCETOURIX.
Il conviendrait, par impertinence plaisante, d'observer à
présent
l'excroissance contemporaine de notre bonne vieille
proto-société
Gauloise et de détérminer, à n'importe quel péril, de
quelle
manière la grande tribu France perçoit réellement les
odes des
bardes actuels de tout ordre.
Parce que, le chant nocturne bleu d'outre espace du poète dérange
intrinsèquement la sensibilité muette du barbare.
Pour quelles raisons profondes, en effet, les héraults
d'Uderzo de
l'an -50, vaillants résistants à l'invasion civilisatrice
de Rome,
s'évertuent-ils à enchainer l'unique artiste de leur
village?
Suspect! Le marginal ne participe pas à la guerre!
Pire encore! Pendant que les légionnaires Romains
assimilent
durement les méfaits, pour eux, de la potion magique (psylocibe
Britanicus?) notre chanteur reste à l'arrière, avec les
femmes.
Enfin bon, il est certainement homosexuel. Non?
Naturellement, cette auguste personne ne travaille pas et
chasser
le sanglier correpond à une étrangeté dont il ne perçoit
pas
l'ensemble des aspects.
Alors, il convient de le punir.
Lors des agapes, Gauloises, sa musique, par delà ses
harmoniques,
choque les membres réguliers de cette micro-société métaphorique.
Forcément. De solides liens vont ceindrent notre conscience
esthétique et son infortuné représentant au clair d'une
sinistre
lune. Certaines sonorités amplifient vertigineusement les
vers.
D'autres preuves, ami lecteur, visant à étayer ces
insinuations
nécéssairement paranoïaques?
Et si nous otions quelques décimales, fussent-elles en
francs, aux
sommes incompréhensiblement astronomiques misées sur les
Picasso,
par exemple?
Exposons-les maintenant aux feux de joie de la vindicte
populaire.
A son grand soulagement. Enfin. Ces croûtes infâmes
presques
centenaires peintes par un quasi-sdf du coté de Montmartre!
"Cubiste, ça? Mais y sont où les cubes? Je vois que
des journaux
collés. Dire que les intellos Parisiens voulaient faire
passer ça
pour de la peinture à l'époque!"
"J'men suis payé un cent balles aux puces. J'vais le
latter et lui
mettre un coup de lame. Je me sentirai bien défoulé après."
"Ah! mon bon ami, comme vous faites bien!
Mon brocanteur voulait m'en revendre un. Mais où donc
aurais-je
accroché une telle horreur? Près de l'horloge Napolèon
III?
Ces propos proviennent d'un présent parallèle impossible
bien sûr.
La sensibilité artistique reste une composante fragile des
dynamiques humaines.
Rien ne permet d'admettre que cette fonction soit
indispensable
à la survie de notre espèce.
Nous eussions probablement réussi à émerger de Lascaux ou
d'Altamira sans elle.
Mais sous quelle forme d'humanité?
Spartiate? Bottée et casquée en noire et grise pour un
millénaire?
La plus insidueuse illusion actuelle consisterait à se
reposer sur
des lauriers certainement moins glorieux que ceux de César.
Parce que la répulsion -entretenue- vis à vis de l'art
suinte à
grandes perles sombres des alambics de nos grands
conceptualiseurs
types de sociétés supposées idéales. Pour eux.
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Comment,
en effet, un individu convenablement équilibré pourrait
s'enthousiasmer par rapport aux grands slogans souvent exagérés
et fréquemment névrotiques du moment après une journée
extatique
intensément vécue dans le dôme nacré du musée d'Utopos?
Comment objectiver l'ancienne nouvelle économie une fois
perçues
le sens d'une allégorie florale d'un Botticelli ou
l'abolition
du temps signifiée par un montre Dalinienne?
Et si nos experts en communication décidaient de passer du
Wagner
ou de la techno, dès l'aube, aux hordes livides de
travailleurs,
pardon, de collaborateurs efficaces, enchassés
pitoyablement dans
les transports en commun, de quelle manière réagiraient-ils
aux
réfléxions misérables de leurs supérieurs indexant
scrupuleusement
deux minutes trente de retard hebdomadaire culpabilisantes.
La sensitivité affirmée est une arme terrifiante dont il
faut
désamorcer à tout prix les têtes cherchantes.
Hier avec des cordes en boyaux de hure.
Aujourd'hui par d'autres moyens développés à l'insu, bien
entendu,
du ministère de toutes les cultures.
Alors, il convient certainement de se prémunir d'une
assurance
contre les risques contemporains d'ablation mentale.
Auprès de la meilleure compagnie.
Celles des poètes éveillés dont la chevelure aèrienne
irise des
cristaux de sang azuréens vers les horizons cardinaux.
- Thibaut MOINARD -
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