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AMELIE ET
L'HOMELIE
À LOANA
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Il y a peu, pour beaucoup, la France était divisée
en deux catégories : les pro Amélie Poulain et les pro Loft Story.
Sans être fondamentalement fausse, cette scission n'est pas tout à fait
exacte.
S'il
est vrai que 6 millions de nos contemporains ont misé sur les charmes avérés
du jockey Poulain, il n'en demeure pas moins exact que nombre d'entre eux
se sont lovés complaisamment et journellement dans les draps médiatiques
du joker Loana.
Pourtant,
philosophiquement, il reste indubitable que ces deux spectacles
s'opposent.
Le premier offrant une image idéale, voire idéalisée, de l'humain et de
la société. Le second prétendant, avec quelque outrecuidance, nous
proposer une photographie réelle de cette même société, avec tout ce
que cela comprend de conflits indomptables, de dureté avérée et de mise
au rebu, pour le moins rebutante.
Ces deux idéologies, si idée et logique il y a, sont donc, a priori,
contradictoires.
A
priori ! Car tels phénomènes méritent davantage d'attention et de réflexion
que le simple opprobre gratuit et facilement bien pensant.
Opprobre
incompréhensible pour Amélie, venu tout droit de quelque critique cinéma
appréciant davantage la critique que le cinéma.
Concernant Loft Story, bruit une indignité plus générale et plus
criante, issue de tous ceux qui restent paradoxalement muets de
consternation face à tel spectacle. Indignité de ceux qui craignent que
leur télévision, audimat oblige et obligé, ne se lifte en loft.
Pour
eux, le drame n'est pas l'émission ni l'émotion qu'elle suscite en
elle-même, mais la porte qu'elle ouvre sur d'autres ébats sans débat,
la fenêtre de lancement qu'elle offre à pire, dans un inéluctable
compte à rebours.
Trois… deux… un… M6 !
Pourtant,
nous oublions tous que la télé poubelle a démarré avec la course aux
ordures… et à l'audimat, toujours. Ce fut sous le règne de Pradel
Premier . Souvenez-vous : Témoin numéro 1 ! La bien nommée. Une sorte
d'émission témoin, de numéro 1 sur la première.
Si
dans le loft on annonce qui on éjecte. Chez Jacques Pradel, on dénonçait
les abjectes. Sans certitude
dans les deux cas, bien entendu. Mais, pour le frère Jacques, il y a
prescription depuis qu'il a été viré, par ses pairs, du loft TF1… TF1
qui abhorre le soft, pardon, le loft.
Mais
tout cela n'est que littérature, propos de directeurs de chaînes, de
journalistes comme moi, chacun avide de tout savoir mieux que vous.
Cependant, il n'en reste pas moins vrai que les historiens recenseront Amélie
Poulain et le Loft comme étant les deux événements culturels les plus
marquant de cette première année de millénaire. Et l'avantage sera donné
à M6, pour de simples raisons de continuité. Leur story aura été –
nous le constaterons d'ici peu – qu'un premier pas vers une autre
histoire de la télévision, alors que le film de Jeunet restera isolé,
sans suite. Et c'est pour ça, aussi, qu'on l'aime.
Les historiens et sociologues du futur, grâce au recul, verront aussi ce
que nous ne percevons que très mal aujourd'hui : le point commun entre
ces deux aventures.
Dans chacun des cas, il y a identification profonde aux personnages.
Personnages médiatiques et aimés. Dans son quartier ou à la télé,
mieux vaut star que jamais !
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de Jean-Marie Roth
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