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Lundi 22 avril : la France se réveille avec une colossale gueule de bois.
Est-ce d'avoir trop bu au calice frelaté tendu sans vergogne par le Front National ? Ou est-ce d'avoir trop trinqué sur le dos d'une démocratie jamais mise en danger depuis tant de temps ? Il y a des deux.
Il y a eu aussi, durant cette vile campagne, orgie de mots sur les maux de la société, comme il y a eu beuverie sur le compte de la République.
Au final, il y a eu soûlerie, mais sans ivresse. Il y a eu noirceur, mais sans griserie.
Aujourd'hui, à la tête de la France, nous avons une idéologie qui a mal. Mal comme vous, mal comme moi, mal partout, mais plus au cœur qu'à la tête. Car ce qui vient de blesser son cœur c'est vous, peut-être, c'est eux, sûrement. C'est tous ceux qui ont permis l'infamie en oubliant l'essentiel, en oubliant qu'un chœur se compose d'une multitude de voix pour créer l'harmonie. Voix qui manquaient en ce premier tour qui en a créé un très sale : celui d'une émergence fasciste.
Aussi, abstentionnistes de tous bords, de toutes obédiences, c'est à vous que je m'adresse. À l'écoute de votre silence j'ai envie de hurler ma révolte. À quoi bon défiler dans les rues contre le vote lepéniste, alors qu'un simple geste des plus simples, des plus courtois, des plus anodins, celui d'un mignon petit bulletin glissé dans une urne qui n'attendait que ça, eut suffit à éviter le déshonneur ?
Contre qui, contre quoi défilez-vous ? Contre l'extrême droite ? Elle n'a obtenu guère plus de voix qu'aux précédents scrutins. Epoques auxquelles vous ne réagissiez pas. Alors, de grâce, ne confondez pas aujourd'hui pourcentages et bulletins de votes. Si vous voulez manifester, faites-le contre vous-mêmes.
Au-delà de cette impardonnable, incivique et dangereuse abstention, l'honnêteté intellectuelle force à pousser l'analyse plus avant. L'aberrante abondance de candidats a permis une dissémination des votes, les
rendant soudainement néfastes dès lors qu'ils n'étaient pas utiles.
Il convient également d'y ajouter le poids des sondages confirmant à qui voulait l'entendre que le second tour confronterait Chirac à Jospin ou Jospin à Chirac, sans autre alternative.
Et enfin, il y a les médias. Se repaissant journellement de cette chair facile et putassière qu'est l'insécurité. Bien sûr qu'elle existe et qu'il faut la combattre. Mais quoi de plus démagogique, de plus méprisable, que de la mettre en avant simplement parce qu'elle interpelle davantage le chaland que tout le combat du monde associatif , en permettant des images bien plus gores ?
Ç'en est à croire que les médias confondent réflexes et réflexion.
Les conséquences électorales de ces images ont abouti à en donner de nous une bien mauvaise.
Et pourtant… la France n'est pas devenue plus raciste qu'elle ne l'était il y a un mois. Ni plus lepéniste qu'il y un an ! Question mépris, il y a méprise.
Pour nos étrangers, ces choses doivent sembler bien étranges et bien étrangères. Mais c'est à nous, c'est notre devoir, de leur prouver que nous ne mangeons pas de ce pain extrémiste qui consiste à le leur retirer de la bouche.
Au risque de commettre un crime contre l'humilité, j'affirme qu'objectivement, sans le moindre risque de me tromper, il faut impérativement voter Jacques Chirac au second tour. Et ce, quelles que soient vos tendances naturelles. Le combat n'est plus gauche-droite mais démocratie-fascisme.
Personnellement, j'ai choisi mon camp. Et si vous n'avez pas d'opinion, prenez les miennes.
C'est de bon cœur.
Jean-Marie
ROTH
Avril 2002 |