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Quel rôle politique pour l'Europe dans la crise du nucléaire iranien ?

L'impasse du dossier nucléaire semble nous préparer à une confrontation beaucoup plus directe entre la communauté internationale et l'Iran du démagogue et révisionniste président Ahmadinejad. Face à cette crise internationale qui couve dans les relations internationales, le multilatéralisme diplomatique de l'Europe a un rôle certain à jouer.

 
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ui dit " crise nucléaire iranienne " doit s'entendre relativement sur la légitimité d'un Etat de se pourvoir d'une technologie énergétique. Le nucléaire est à la fois connu pour ses applications civiles dans l'installation de centrale électrique comme celle actuellement en chantier avec la collaboration des Russes à Bouchehr (dans le Sud de l'Iran) que le développement de programmes parallèles " sensibles " à visée militaire (comme à Nathanz et à Ispahan). Le terme de " crise " pourrait paraître grossir la situation diplomatique de la communauté internationale face à l'Iran du président Ahmadinejad. Il n'est qu'à regarder les articles du New York Times, qui couvrent de manière continue ce problème diplomatique, pour se rendre compte de la réalité d'un système diplomatique intriqué dans un jeu de dominos depuis même l'avènement du président iranien. Le langage diplomatique parlerait de positions préoccupantes, puisque l'Iran semble camper sur son désir de mener à terme son programme nucléaire, y compris militaire.

Depuis son élection en juin 2005, ce dossier nucléaire iranien cristallise l'ensemble des efforts diplomatiques pour résoudre cette menace latente qui risque de précipiter le monde dans une crise politique et économique plus grande encore auquel nous faisons face. La stabilité du Proche-Orient et du Moyen-Orient s'est largement dégradée depuis janvier 2006. A la guerre civile de basse intensité1 qui frappe quotidiennement un Irak déchiré par des règlements de compte communautaires et confessionnels s'est ajouté les luttes fratricides palestiniennes depuis l'élection démocratique du Hamas dans l'Autorité palestinienne (janvier 2006) et la crise politique libanaise, qui de guerre entre Hezbollah et Israël a basculé dans l'insurrection et au bras de fer entre le président libanais Fouad Siniora et le Hezbollah de Nasrallah. Lorsque l'on sait que le Hezbollah libanais est le " petit frère de la révolution islamique " et que le Hamas reçoit un soutien actif de Téhéran (rappelons qu'Ahmadinejad a versé plus de 50 millions de dollars en avril 2006), nous pouvons comprendre l'inquiétude internationale sur cette question.

Le dernier cafouillage du président Chirac montre toute l'ambiguïté constructive d'une diplomatie européenne à la française, qui souhaite continuer le dialogue avec l'Iran. Le 31 janvier, Chirac déclare devant les journalistes du New York Times, du Washington Post et du Nouvel Observateur, que Téhéran serait rasé de la carte par une bombe nucléaire israélienne à la minute même d'un envoi de missiles nucléaires sur Israël. Le lendemain, Chirac reprenait ses propos pour les édulcorer de manière à les mettre en perspective au regard de l'ambition de l'Iran de devenir la nouvelle puissance régionale du Moyen-Orient2. Assistons-nous à une nouvelle mouture d'une " guerre froide " ou d'une crise d'identités de certains pays qui risque de faire basculer l'ensemble de la région, phénomène qui connaîtrait d'autres cas de duplication dans le cas de la Corée du Nord par rapport à ses voisins japonais, chinois ou sud-coréens ? L'accord à Pékin du 13 février 2007 vient à assouplir la pression sur le régime de Pyongyang dans un échange de bons procédés entre suspension dite "provisoire" et aides internationales et énergétiques. Mais à la différence de ce dernier, qui semble pouvoir être contenu par les Chinois, la question du nucléaire iranien, plus encore que celui nord-coréen, laisse présager un conflit sans détours.

Les articles du New York Times du mois de janvier montrent bien que l'Irak pourrait devenir le lieu des conflits indirects entre mollahs et l'administration Bush. L'administration Bush mettrait en place des actions militaires en Irak pour contenir toute infiltration iranienne pour aider des insurgés chiites, de la mouvance du jeune ayatollah Moqtada-al Sadr3. Désormais, il s'agit d'adopter une stratégie pour maîtrises les agents iraniens sur la scène irakienne et cela, parallèlement aux actions militaires pour traquer les combattants étrangers d'Al Qaida. Par ailleurs, cette réaction des Américains découle du plan révélé par l'Ambassadeur iranien à Bagdad, Hassan Kazemi Qumi, dans le rôle de l'Iran dans le nouvel Irak4. Cette stratégie du président Bush Jr. et de son nouveau secrétaire à la Défense Robert Gates (4 novembre 2006) semble prendre le contre-pied des conseils du rapport Hamilton-Baker (2 décembre 2006) qui préconise un dialogue avec la Syrie et l'Iran pour tendre à une solution à la spirale de violence qui frappe l'Irak libéré.

Dans ce contexte, l'Union européenne a plus que jamais un rôle diplomatique à jouer au niveau international pour progressivement s'imposer comme une force politique, économique et morale et non pas une puissance politique, économique morale. Pour pouvoir passer à cette dite politique diplomatique, l'Europe ne peut rechercher à incarner une puissance, puisqu'elle se compose de plusieurs puissances nationales. La force de l'Europe ne pourra s'acquérir que dans le champ de la Realpolitik des relations internationales des Etats. Le concept de guerre préventive érigé par l'administration Bush comme dogme dans la campagne au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU ne semble plus faire l'unanimité au sein même des politiques américains. L'Europe peut-elle faire valoir une autre politique internationale, alors que nous remarquons un fléchissement sur les principes de la politique internationale des USA dans son projet de grande ampleur qu'est le " Grand Moyen-Orient " ?

Dans le cadre de l'AIEA (Agence Internationale l'Energie atomique) à Vienne, une réussite de la politique étrangère européenne fût la concertation du Groupe des 5 + l'Allemagne pour arriver le 1 juin 2006 à un consensus sur un " package ", paquet de proposition qui devait inciter l'Iran à céder sur son programme nucléaire. Parmi les propositions difficilement acceptables, la proposition que l'Iran mène son programme d'enrichissement nucléaire sur le territoire russe, proposition des plus irréalistes pour des Iraniens qui revendiquent leur droit à l'autodétermination technologique. Il faut savoir aussi que l'Iran possède des mines d'uranium sur son territoire. La communauté internationale peut-elle dénier à un Etat d'exploiter ses ressources naturelles ?

Remarquons aussi le poids joué par la troïka européenne et l'Union européenne en la personne de son Haut Représentant, Javier Solana, pour avoir fait signer à l'Iran le traité TNP et son protocole additionnel le 29 novembre 2004 à Paris. Jusqu'à maintenant, l'Europe joue la diplomatie de la main tendue au régime de Téhéran, pour prendre les termes de la Realpolitik, de la stratégie de la carotte par rapport à la politique du bâton. Les Américains, eux-mêmes, s'étaient rangés à cet adoucissement du discours pour s'entendre sur ce package et à accepter de renouer un discours diplomatique rompu depuis la prise d'otage à l'ambassade américaine de Téhéran qui dura plus de 440 jours (novembre 1979- janvier 1981).

Malgré l'échec des négociations prévues par le " package " du Groupe 5+1, la visite de Kofi Annan à Téhéran (5 septembre 2006) et les rencontres de Javier Solana durant le mois de septembre avec son homologue Ali Laridjani, une contre-proposition de Téhéran avait été faite par la voix du numéro 2 du programme nucléaire, Mohammad Saïdi, afin de créer un consortium mené par l'entreprise française Areva pour accompagner le programme d'enrichissement d'uranium5. Tactique de diversion de la part des Iraniens pour les Européens pour ménager le refus des Iraniens au package, Solana considère que les discussions interminables ne peuvent continuer avec le régime des mollahs. Nous pouvons dès lors mieux comprendre l'intention du président Jacques Chirac d'envoyer un émissaire à Téhéran (le 17 janvier 2007) pour discuter officiellement de la situation du Liban, et par là même occasion d'aborder la question nucléaire. L'intention n'a pas été suivie dans les actes pour ne pas froisser ces partenaires de la communauté internationale.

Une fois de plus un ultimatum a été lancé, le 23 décembre 2006, par le Conseil de Sécurité de l'ONU. La résolution 1737 vise notamment à mettre un embargo sur la technologie nucléaire et la vente de missiles à l'Iran en lui lançant l'ultimatum d'arrêter son programme d'ici fin février. L'ultimatum de la résolution 1696 (fin juillet 2006) était resté lettre morte, puisqu' au 31 août, l'Iran n'avait pas arrêté son programme d'enrichissement. Il est à craindre que le nouvel ultimatum connaisse le même sort. L'hypothèse de frappes ciblées sur des installations nucléaires iraniennes serait une catastrophe.

Face à ces nouvelles tensions entre Etats-Unis et Iran, l'Europe a bien sûr des cartes diplomatiques à jouer. La suspension de l'enrichissement et du retraitement du nucléaire devient cette condition diplomatique pour qu'un dialogue international puisse jouer. Pouvons-nous imaginer une sortie à cette crise qui perdure depuis plus de 18 mois? Une fois de plus, l'Europe risque de se diviser, mais aussi d'offrir une nouvelle voie diplomatique qui, sans pour autant tomber dans une certaine intransigeance américaine, pourrait offrir une vision neuve. Allons-nous revivre les froissements entre " vieille " et " jeune Europe " du mois de janvier et février 2003 entre Américains et Européens ? Ou allons-nous assister à l'Europe comme acteur diplomatique et promoteur du Droit international ?

Pouvons-nous marginaliser un programme nucléaire s'il est possible de l'accompagner ? Dans quelle mesure, la communauté internationale peut-elle accompagner ce programme iranien ? Le système international se trouve pris dans ces contradictions. Le Traité TNP est mis lui-même en paradoxe, si l'Iran se retirait de cette convention internationale. Allons-nous vers une nouvelle forme de " guerre froide " ? Un embargo sur la technologie balistique et nucléaire pourra-elle empêcher la volonté iranienne de se doter d'une arme nucléaire ?

Dimitri Jageneau
Bruxelles, février 2007

 

 

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