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Imaginons une radio
existante, extravagance ultime, sans ressources publicitaires. Ce, tout en restant indépendante par définition du réseau d'état et par principe de sponsors de tout ordre.
En outre, elle accorderait de vastes temps d'antenne uniquement entrecoupés de pauses musicales aussi bien au très sage Arnaud Desjardins qu'à des exégètes engagés du mouvement anarchiste.
Station de l'impossible ? Pas tant que cela en écoutant plus attentivement…
Hommage MM. Branly, Hertz, Marconi, Popov et à l'orchestre symphonique dont ils firent partie, sous forme d'introduction.
28 mars 1899 : « M. Marconi envoie à M. Branly ses respectueux compliments par le télégraphe sans fil à travers la Manche, ce beau résultat étant dû en partie aux remarquables travaux de M. Branly
». Ce message historique, en fait un radiotélégramme émis sur 46km, constitue un jalon particulièrement émouvant de l'histoire des communications humaines. Sans verser dans l'emphase, nous pouvons indubitablement le mettre en parallèle avec les premiers Daguerréotypes, la Bible de Gutenberg et, plus en amont, avec l'art Pariétal. Force est de constater qu'en attendant que la télépathie devienne une science appliquée, l'Homme met en œuvre des moyens considérables, souvent inattendus et parfois géniaux pour matérialiser, rien de moins, ses pensées.
À cette évocation, nous pouvons, plus modestement, joindre l'expectative de celles et ceux qui firent l'acquisition d'un tuner flambant neuf pendant l'age d'or - les années soixante dix - de la haute fidélité. En ces temps héroïques le souffle régnait en maître sur la bande FM. Le grand nombre de fréquences disponibles augurait donc les espoirs de champs d'expressions les plus fous. Quid des pionniers de la FM? Nous pouvons aisément le vérifier chaque jour…
J'expose (trop) brièvement ces éléments épistémologiques pour rappeler à l'ordre de la mémoire à quel point l'aspect -littéralement surnaturel- d'une invention, aussi exceptionnelle soit-elle, peut sombrer facilement dans la banalité du quotidien. Mais surtout, je souligne les récupérations, donc les galvaudages dont elle fait l'objet au regard de ses merveilleuses possibilités originelles. Pour illustration, il suffit simplement d'observer la tragique dichotomie existant entre les capacités de la télévision qui, elle, diffuse en plus, de l'image, comme chacun l'oublie trop, et les sitcoms, loftés ou non. Le cinéma, autre média d'exception, surnage quant à lui dans les affres de ce hiatus pratiquement depuis son origine.
Peut-être conviendrait-il, alors, en fin d'analyse et par respect des facultés inventives dont nous sommes collectivement dotés, d'élaborer mentalement un pictogramme signifiant ce qui précède. Afin de le visualiser à coté du bouton "power" de nos symphatiques prothèses cognitives électroniques. Ce, chaque fois que nous opérons le geste magique de l'enclencher.
Considérations lapidaires sur un aspect particulier de l'économie actuelle, en guise d'entracte.
Certains de nos économistes, non des moindres, observent à ce jour que le bon vieux principe du libéralisme impliquant une diversification exponentielle de l'élaboration des produits tendrait au phénomène exactement inverse. Outre les trusts bien connus, la grande distribution reflète significativement cette tendance. I FM (200mHz), YOU FM (201mHz), THEY FM (202mHz), ne dérogent pas à ce penchant. (Toute ressemblance serait fortuite, etc.).
Constat singulièrement inquiétant dans un espace culturel vecteur d'un impact aussi conséquent.
À ce propos, l'uniformité intellectuelle -et vestimentaire- fut un concept particulièrement cher au "docteur" Goebbels. Il faut noter que la radio de son temps ne disposait d'aucun secret pour lui. Devenir ministre de la propagande ne doit rien en effet rien au hasard…
Par ailleurs, mais seules des langues railleuses l'insinuent, le stade le plus avancé du capitalisme correspondrait à une sorte d'entité de type maffieux (inter) planétaire.
Fin de l'entracte.
RADIO LIBERTAIRE (89.4 mHz): "Barre à (l'ultra) gauche!", RADIO ICI ET MAINTENANT (95.2 mHz): "Destination: l'Homme!": Bipolarité radiophonique improbable?
L'une chante "Le temps des cerises" et les héros de la Commune.
Les animateurs de l'émission "De la pente du carmel" commettent hebdomadairement (lundi, 22h30) une revue de presse pour le moins décalée et l'antenne est ouverte à des programmations allant des inévitables pamphlets antimilitaristes à la dénonciation des conditions de détention des "Taulards". Cette station de radio diffuse également des sujets plus exogènes, à découvrir, ou encore de longues sessions de musiques électroniques.
L'autre émet des Ragas indiens et les fulgurances, reconsidérées, de Gérard de Nerval.
Après 5 ans de mise hors jeu par le CSA et quelques péripéties notables, dont une grève de la faim de son directeur, Didier de Plaige, cette composante emblématique des radios libres émet à nouveau. Nous pouvons y entendre, entre autres, un analyste très pertinent du monde des rêves (Tristan, vendredi 23h), une initiative intéressante de reportages et d'interviews micro au poing en direct et avec les moyens du bord dans les nuits de la capitale (concerts, Club des Poètes, "température" d'un film au sortir d'une séance…). Par ailleurs, des invités célèbres (Jodorowsky, Virginie Despentes, Philippe Manœuvre…), politiques ou moins connus sont régulièrement invités par les responsables d'émission. selon leur sensibilité.
Question: quelle forme d'énergie se situe en ces deux pôles radiophoniques qui, paradoxalement ou non, s'ignorent superbement dans la réalité?
Faute de pouvoir faire appel, cette fois-ci, aux technologies pour y répondre, observons et comparons:
Sur ces deux stations:
- La psychose de l'audimat est une maladie pratiquement inconnue.
- Les invités ne sont pas "coupés" à chaque phrase pour amuser la galerie et satisfaire indirectement les appétits -douteux- d'actionnaires.
- Les auditeurs qui interviennent à l'antenne sont dans l'ensemble accueillis respectueusement. (Par contre un petit effort de patience les concernant serait bien vu du coté de 95.2, l'auditeur en question y faisant -parfois- figure de "faire-valoir").
- Les exposés et les débats des animateurs et de leurs intervenants sont empreints d'une liberté de ton et d'opinion dont la teneur est devenue impensable sur les "grands" médias contemporains. Politiques, sociologiques, métaphysiques…ou distrayants, ces thèmes sont abordés avec la même constance. Et leurs limites de temps se situent généralement plus en heures qu'en secondes…
Naturellement tout ou partie de ces critères ne sont pas l'apanage de ces deux radios. Le paysage audio-en la circonstance- visuel Français demeure fort vaste. Sans parler de la vénérable France Culture qui sait encore revêtir ses plus belles parures… mais uniquement quand elle le veut bien.
Toutefois, à l'heure ou le couvercle en fonte du "politiquement correct" commence, une fois de plus dans l'Histoire, à osciller singulièrement, l'atypisme des stations évoquées permet à chacun, pour 0€ soit-dit en passant, de se constituer un référentiel critique, somme toute… très parlant.
Thibaut Moinard
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