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Mais pourquoi est-il
si méchant ?

Z comme Zemmour

Le Cherche Midi - Avril 2011

Un exemplaire de presse non sollicité. Un « Z comme Zemmour » dans la boite aux lettres. Deux heures d’interrogation. Trois jours de lecture. Quatre de digestion.
Chronique d’une descente au jardin de Gethsémani.

 

La couverture du livre interpelle comme une pub sanguine : une posture d’un Zorro à Sin City ; un maquillage de Méphistophélès d’opérette. Forcément, on s’interroge.
Mais pourquoi est-il si méchant ?

L’avantage à lire, c’est qu’il ne reste plus que les mots. Au-delà des tournures et expressions, si justement croquées par les Guignols de l’info, on a l’espoir de trouver l’esprit de l’auteur. Cela serait la moindre des choses. Mais Zemmour ne défend aucune cause ; aucun idéal. Il ne donne pas dans l’humour non plus. Il bataille, il fustige, il harangue, il pourfend. On le dit impertinent et iconoclaste, c’est un peu court. Il livre un combat perpétuel contre à peu près tout. Parfois avec un certain style. Une certaine verve et sans doute une certaine acuité. Si on lui passe ses obsessions. Le politiquement correct, le conformisme, le mondialisme, le féminisme, le gauchisme, le néolibéralisme, le…

Au fond, la pensée de Zemmour se développe en constant contre-champ. Elle s’exprime dans le contre. Ainsi, il n’est pas souverainiste, parce qu’il le dit, mais parce qu’il dénonce ce qui ne l’est pas. Son raisonnement est centrifuge sans être égocentrique. Au centre, aucun sujet. Elle se construit dans le conflit. Un peu à la manière d’un sculpteur, qui au lieu d’enlever de la matière brute pour ciseler son œuvre, la repousserait sans cesse vers l’extérieur. Une curieuse approche qui voudrait créer un moule directement, sans plâtre initial. Au fond, pourquoi pas. Mais Zemmour en reste là. Il n’y a pas de coulée de bronze en fusion. Juste un espace vide, un moule inachevé, dans lequel, malgré la sagacité de certaines appréciations, il ne reste que des débris. Les scories de ses obsessions ; vous savez, le politiquement correct, le conformisme, le…

Et c’est là que réside le piège. Certains dénoncent la pensée réactionnaire, la xénophobie - voir le racisme - du chroniqueur. Mais, encore une fois, cela reste un peu court. On en reste à une prise de position, une posture, en refusant de se compromettre à défricher entre ces scories et obsessions, « l’esprit » de notre temps. Ce faisant, on ne convaincra que celles et ceux qui veulent bien l’être. On ferme les yeux sur ce vide, cet appel d’air, qui fait de plus en plus mouche en ce début du 21e siècle.

Il y a quelques jours, entre amis, quelqu’un demanda : « Mais au fond, qu’est-ce qu’être ouvert d’esprit ? Comment ouvre-t-on, son esprit ? ». On répondit que c’est quelque chose que l’on acquiert, notamment au travers de l’éducation et de l’environnement familial et/ou social. C’est évident. Pourtant, cela reste insatisfaisant. D’une part, parce que les mystères de l’inné et de l’acquis restent un débat d’actualité en psychologie – mais surtout, parce qu’on ne peut être ouvert, obstinément en tout temps, en toute circonstance. L’ouverture d’esprit n’est pas quelque chose que l’on acquiert une fois pour toute ; c’est un combat perpétuel contre le vide et le néant. Un engagement non pas contre les autres – être ou idées, mais contre ses propres obsessions, ses peurs, ses scories.

Nous avons tous un ‘Zemmour’, un Méphisto, qui susurre dans le creux de l’oreille. Il se joue de nos contradictions : inclinaisons et angoisses, nostalgies et abattements... On pensera à notre part d’ombre, au sens jungien ; mais on soulignera surtout son aspect ‘bicéphale’. Cliver et diaboliser désigne la même chose : l’action de fendre, de séparer en deux. Quelque soit la posture adoptée : provocatrice ou indignée, ce n’est qu’action - réaction d’une même tentation, d’un même piège.

Parmi les maux de notre temps, ceux que dénoncent Zemmour contradictoirement et malicieusement, on ne peut douter qu’il en est qui trouveront de plus en plus d’écho au fond de nous. Et si ce n’est pas ces angoisses-là, d’autres s’en chargeront. Plus nous avancerons dans ce siècle, moins il y aura d’échappatoire. La seule question qui comptera alors, c’est de savoir comment allons-nous y faire face.

C’est sans doute cela le vrai Jihad (au sens originel, de combat intérieur) du XXIe siècle. C’est à notre manière de traverser l’épreuve du Jardin de Gethsémani - ou du désert, que nous déterminerons notre futur…

Patrick Herrmann


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« Z comme Zemmour », aux éditions du CHerche-Midi, Avril 2011
Essai broché - ISBN 2749118654

Le Mot de l'éditeur
« Si Eric Zemmour n'existait pas, il faudrait l'inventer. Analyste iconoclaste et impertinent de l'actualité, c'est toujours sans contrainte ni tabou qu'il nous donne son point de vue, livrant un combat perpétuel contre le politiquement correct et tous les conformismes. Toute l'année 2010 sur l'antenne de RTL, il a réagi à chaud sur les grands et les petits sujets sociaux et politiques du jour, nous offrant de nouvelles clés de compréhension de notre époque et de ses moeurs. C'est l'essentiel de ses chroniques que nous vous proposons dans ce livre. On y retrouve avec plaisir l'acuité, souvent féroce, de ses analyses et de ses portraits, servis par un style aussi précis que documenté. On y retrouve surtout un Eric Zemmour plus en verve que jamais. »


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