News :Vendredi 20 janvier 2006. Nous vous proposerons,
pour un événement exceptionnel pour trois anniversaires uniques : les 10 ans du
magazine @xé libre, les 1 an de l'association Open
Yür Mind et les 5 ans du Réseau Junglistic Sistaz
: une Live’n’Mix Session « Girls on Fire ». Autant dire que pour cette soirée de
la rentrée, les filles vont mettre le feu sur la Seine à bord du bateau Nix Nox…
EN
SAVOIR PLUS !
Né en 1966, le pianiste
Benoît Delbecq est l’une des nouvelles voix de la scène créative du
jazz en France qui s’est développée depuis 1990 autour du club Les
Instants Chaviré de Montreuil sous Bois. Outre plusieurs
participations dans diverses formation comme Ambritroniques du
collectifs HASK, Benoît Delbecq dirige son propre quartet : Paintings.
@xe libre :
Comment es-tu arrivé à utiliser les nouvelles technologies ?
Benoît Delbecq :
Depuis l’âge de15 ans, j’ai toujours programmé des synthés. Quand
j’étais au bahut, je programmais déjà des DX7… L'utilisation de
machine semble être quelque chose de nouveau pour beaucoup de gens mais
pour moi çà ne l’est pas du tout. Si pendant dix ans je me suis
concentré sur le piano, c'est parce que mon imaginaire y était lié… Il y a 6 ou 7 ans, on jouait en Angleterre avec
The
Recyclers et je trouvais que la scène pop redevenait créative. J’étais
coupé de cette scène depuis dix ans, ça m’a donné
envie de prolonger mon travail du piano préparé au sampleur. Le
sampleur permet de réutiliser les travaux précédents… de les
recycler en quelque sorte.
Peux-tu nous
expliquer brièvement ce que tu cherches à faire dans ta musique.
On cherche à faire
exploser les structures de composition, à déstructurer la musique en
lançant des rythmes différents les uns dans les autres…
Ambitroniques
sur scène c’est 4 musiciens, comment ça se passe ?
Avec Ambitroniques
il n’y a rien d’écrit, c’est que de l’impro. On a commencé à
jouer avec Steve en duo, çà s’appelait déjà Ambitroniques mais
depuis Hashley et Req nous ont rejoint.
Le propre d' Ambitroniques
c’est l' improvisation. C’est différent du quintet pour
lequel j’ai composé des musiques et avec lequel on réfléchit sur le
lien entre ce qui est écrit et ce qui est improvisé ( On travaille sur
l’écriture comme déclenchement de l’improvisation ). Au sein d’Ambitroniques,
on construit au fur et à mesure, Steve se sample lui-même par
exemple. Après on recycle nos bandes…moi dans les samples je
prends un micro bout de concert, d’une texture sonore qu’il y a eu
à un moment et je vais l’intégrer comme un nouveau timbre et le
prochain concert je vais jouer avec çà.
C’est une réinjection
permanente, tu ne pars donc pas machines à vide ?
Je ne peux pas partir
machines à vide, j’ai des disques, du zip avec des trucs. Avant
chaque concert, je vais mettre des sons que je n’ai jamais utilisés…c’est
çà qui était déplorable avec la sortie du DX7 et de tous les sons
d’usines, combien j’ai entendu de disques avec le son numéro 11… maintenant chacun peut chercher ses propres sons. On est vraiment
dans une phase de nouveau créative.
En fait vous
fonctionnez en réseau ?
Il y a un réseau
entre Ambitroniques mon quintet et Cadiot. C’est avant tout
des humains, des gens que j’ai croisés au fur et à mesure, des gens
qui m’ont fait connaître des choses que je ne connaissais pas et çà
c’est déjà un réseau. Req par exemple, c’est quelqu’un qui a
une approche de la musique pas du tout de l’ordre que je peux avoir
moi, Steve ou Hashley, qu’est un truc lié a l’enfance, l’adolescence…Req
a découvert les platines après voir fait plein d’autres choses comme
du graf et de la dance break beat. Donc il a une oreille qui vient d’un
autre réseau et çà m’intéresse. Comme moi je suis très
intéressé pour travailler sur la mémoire de l’auditeur…la
mémoire à court terme, la mémoire vraiment vive et la mémoire
collective avec les vinyles notamment. Tu balance un bout de Duke
Ellington et pour peu que t’ai un oncle qui écoute Ellington, çà te
replonge dans des trucs : çà c’est le sample du passé
et puis il y a le sample
privé que tu vas prendre dans ton propre réseau et réutiliser avec d’autres.
C’est une façon de concevoir la musique qui est très basée sur l’amour
du collectif et c’est en même temps une philosophie Deuleuzienne, je
pense à un bouquin qui s’appelle milles plateauxqui parle de la notion
de rhizomes donc de réseau qui s’entre communiquent, c’est un peu
une grande boucle pour moi .
Tout l’essor des
musiques électroniques a fait que l’intérêt des 18-25 pour les
musiques improvisées a changé ces dernières années. On commence à
voir des gens de cette génération venir à nos concerts et qui
acceptent complètement des sonorités particulières, complexes et
riches par le fait que dans une certaine scène techno ou trip-hop il y
a déjà çà, et du coup çà relance la curiosité chez certains. Les
réseaux commencent ici à se former, il se passe quelque chose au
niveau de l’ouverture d’esprit. On peut voir les mêmes gens qui
vont en free et à un concertd’Ambitronix,
alors peut être que je rêve mais les frontières ne m’intéressent
pas. »
J’ai eu
l’impression que votre prestation avec Ambitroniques était davantage
trip hop que jazz ?
On a joué notamment
au festival de Shelenham, devant 600 personnes et tout le monde
dansait…donc selon ou on joue et ce qui se passe dans la salle, il se
passe des choses. En Angleterre les gens, qui ont une culture du
clubbing, se mettent à danser, si tu joue à Banlieues Bleues çà se
passe pas comme çà parce que c’est une salle de concert. Donc nous
on ne se pose pas plus de question que çà.
Je vous avais déjà
vu l’an dernier et votre prestation m’avait d’avantage parue tenir
du free jazz ?
Le mot free, faut
s’en méfier, parce que à partir du moment ou on a franchi la
structure harmonique fixe on appelle çà du free, mais c’est très
dangereux, çà entraîne classification et rejet. Ce qui est important
c’est qu’il y est un public qui suive, çà permet de continuer de
chercher et çà c’est génial, alors après que du joue pour la fête
d’un village ou dans une boîte à Londres c’est pas très
important.
Est-ce que la démarche
avec ton quintet est complémentaire de ton travail avec Ambitroniques ?
Ce que l’on fait
avec le quintet apparaît comme une musique qui n’est pas mesurée
dans le temps, mais en fait c’est complètement mesuré. C’est a
dire qu’on crée des illusions, on donne l’impression qu’on ne
sait plus ou est le rythme, il faut choisir quand on l’écoute.
Alors la différence
c’est que dans le quintet, le rythme, il est proposé et notamment
dans le fait que l’on superpose les vitesses. Au bout d’un moment,
l’auditeur va taper du pied a sa vitesse, et si tu regarde plusieurs
pieds çà ne va pas être la même vitesse. C’est çà la Liberté de
choisir tel beat ou tel autre.
Est-ce que le
dancefloor t ‘intéresse ?
Quand tu assistes a un
truc ou il y a un mec qui mixe de façon créative et que tu as 2000
personnes en situation de concert…bien sûr que çà m’intéresse .
Sauf que le DJ a un retour direct, les gens dansent plus facilement
C’est sans
doute grâce au beat régulier ?
Avec Ambitroniques ont a
un beat beaucoup plus présent et clair qu’avec le quintet, la
richesse de son est crée par la richesse des timbres qu’on va aller
utiliser et le timbre c’est de la couleur et le rythme c’est de la
couleur aussi sauf que l’échelle de temps n’est pas la même…çà
revient au même. Alors après que le beat soit régulier, pas régulier…y
a une école du free qui dit « faut pas jouer tempo » et une
école dancefloor qui dit « faut pas jouer free » moi, tout
çà j’en ai vraiment rien a foutre.
Les 2000 personnes
qui dansaient, c’était dans la salle de chill-out du festival,
on était ravi de jouer et le beat, j’adore çà
Pour moi la musique
doit rester proche de la danse, alors c’est vrai qu’il y a des trucs
de techno que je trouve franchement facho, un même artiste qui va faire
3 morceaux, il y en aura un qui ne va pas du tout m’intéresser, je le
reçois comme une agression, par contre il va y avoir dans un morceau un
truc qui va me faire tripper complètement et que je vais trouver complètement
génial.
C’est parce
que j’ai tendance a faire une dichotomie entre concert et dancefloor…
On nous a proposé a
une époque ou on jouait au Cithéa de venir jouer dans des raves…on a
dit oui et jusqu’à aujourd’hui çà se n’est jamais fait, je le
regrette vraiment, parce qu’on aurait jouer différemment. D’autre
part je trouve totalement intolérants les gens qui, au titre de
l’esthétique vous disent que jouer un beat régulier c’est réac ou
facho…intellectuellement s’empêcher de jouer un beat régulier…c’est
grave : moi je joue ce qui me plait.
C’est dommage
qu’on ne joue pas plus dans les boîtes à Londres, Hashley disait un
truc « c’est facile de faire danser dans une boîte vu le volume »,
souvent quand les gens voient faire, ils dansent moins…on avait
remarqué çà au Cithéa ; Dès qu’on arrêtait de jouer et que
le DJ envoyait un disque, tout le monde dansait. C’est un truc auquel
on réfléchi…mais ou doit-on jouer ?
Magazine en
ligne oblige : est-ce que tu te sers du net ?
Oui bien sur, j’ai
une utilisation qui est vraiment liée à mon travail et çà m’arrive
quand j’ai besoin d’un truc d’aller le chercher sur le web et l’e-mail
évidement pour nous c’est hyper important…on est loin les uns des
autres, c’est absolument génial. Mais je ne suis pas un surfeur, je
me sers du net avant tout pour le travail. Un site que j’aime bien
c’est le site du FENEC sur la musique improvisée. Tout ce qui est
MP3, site de vente ne m’intéresse pas tellement parce que je n’ai
pas le temps. Avec notre collectif, on a un site mais on ne vend pas de
disques parce qu’il faut quelqu’un pour s’en occuper.
Quel est le
disque qui a du mal a sortir de ta platine ?
Il n’y en a pas,
çà fait des année que j’achète pas de disque…j’en achète 3
par mois. Je connais des choses qu’on me fait écouter, çà peut
aller du mec à la fin d’un concert qui me demande si je connais tel
artiste, alors je demande à un pote s’il a pas un disque…au bout du
compte tu finis par connaître beaucoup de chose comme çà. En tout cas
je ne suis pas un bon client des magasins de disques.
Alors ce que j’écoute
en ce moment…(il ouvre la platine cd) c’est Ligeti, le fils du
compositeur Lucas Ligeti dont je suis fan depuis que je suis ado. Son
fils m’a appeler un jour, on s’est vu et il m’a donner çà, il
vit entre NY et Abidjan et fait des trucs avec des musiciens
africains…on a fini par jouer ensemble.
Ce disque n’est pas
distribué en France, j’ai beaucoup de disques qu’on trouverait
jamais en France, sur des labels obscurs par les rencontres que je fais
dans mes voyages. Souvent je rentre de tournée, j’ai quinze
disques…du Japon, du Canada. Au Japon il y a des trucs de martiens,
vraiment incroyables.
Je vois un
Charlie Haden et un disque Ocora les un sur les autres.
Un vieux Chick Corea,
un Paul Bley, Noir Désir, Coltrane…j’achète autant Fat Boy Slim
que des chants d’Ouganda.
Un label préféré ?
Je pense qu’il y a
pas mal de labels qui font un super travail, ils manquent de force
commerciale, et nous aussi …et puis les journalistes sont aussi des
gens qui n’arrivent pas a gagner leur croûte, tout est lié. Il y a
une espèce de confrérie dans le milieu des musiques improvisées, qui
n’est pas du tout fermée, et qui donne une ambiance chaleureuse. Cà
aide parce que c’est dur de ramer pendant quinze ans…je vis de la
musique que je fais, c’est génial, mais c’est incroyablement
difficile…
Peut-être faut-il
faire de la dance…
Il y a une différence
entre les gens qui font de la musique pour çà et ceux qui font de la
musique pour eux. La musique est avant tout liée à l’idée d’un rêve,
moi je rêve la nuit de musique, si je joue comme çà c’est parce que
j’en ai rêvé. Alors c’est pas du jour au lendemain que tu joues
comme çà, entre ce que tu rêve et ce que tu sais faire, il y a évidemment
des années de travail. Le tout c’est d’avoir dès le départ du
travail, c’est ce que je dis quand j’enseigne, une idée de ce que
tu veux faire, même si t’as peu de moyens techniques il faut déjà
t’entraîner à penser à ce que tu veux jouer dans cinq ans.
Actuellement je joue avec Ambitronix, mon quintet, avec Caterine et
plein d’autres trucs…mais je pense déjà à la suite.
Tu peux aussi faire
de la musique comme un métier au sens propre c’est à dire avoir un
savoir-faire et te faire payer ce savoir-faire…moi ce n’est pas ma
façon de travailler, je vis de ma musique mais j’ai plus une approche
d’amateur.
The last one :
Qu’est ce que tu me poserais comme question si on inversait les rôle
une minute ?
Il me semble que je
te demanderais comment t’es venu à faire ce que tu fais, comment
c’est déclenché l’appel…
Je te pose ta
propre question.
J’ai eu envie
très jeune de faire de la recherche. J’ai la chance ado de rencontrer
des gens qui m’ont fait découvrir plein de chose et surtout d’aller
à Paris assister à des concerts ou je voyais la musique que je
trouvais d’une immense beauté se jouer devant moi, çà me touchais
très profondément. J’ai fais des études d’ingénieur du son puis
je me suis rendu compte que j’avais envie de jouer, pas d’être
derrière. Cà et les rencontres m’ont conduit à faire ce que je
fais. La somme des expériences et des rencontres, c’est humain avant
tout et la façon dont tu vas répondre à quelque chose qui
t’interpelle…et le plaisir. Le plaisir de jouer est immense, pour
moi le plus dingue musicalement c’est l’époque de la découverte et
ce qui est génial c’est que quinze ans après, après toute la phase
de travail, tu as à nouveaux la pensée qui est dans la globalité,
quand tu joue tu ne réfléchi plus. Tu retrouve un état de spontanéité
adolescent, avec une liberté énorme.
Pour en
savoir plus :
C’est ce je dis aux élèves :
Travaille à être libre plutôt que de t’attacher à des idiomes. Par
exemple Herbie Hancock, c’était un musicien ce mec, il n’y a pas
deux pianistes comme lui dans le siècle et je l’adore, mais jamais je
ne pourrais, jamais je n’ai voulu mémoriser des phrases de lui. Il y
a beaucoup d’apprentissage du jazz qui est fait sur la mémoire, le
sampling mémoriel, sauf qu’après on dit que c’est du jazz moderne,
mais c’est pas moderne du tout t là c’est le marketing qui prend
une place énorme…avec Ambitroniques ont est à des kilomètres de çà.