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"Nous sommes un groupe de folklore vivant,
des chroniqueurs de notre époque,
et de la vie de notre quartier."

 

Prendre le Sound System comme un média qui ne se prend pas la tête. Prendre la musique comme un outil au service de l'échange entre les communautés et les générations. Faire du MC le porte-parole de son quartier, et de Marseille un nouveau Kingston... Voici quelques-unes des démarches du Massilia Sound System.
Né d'un collectif fou de reggae, à Marseille au milieu des années 80, Massilia s'est stabilisé autour de ses quatre chanteurs Moussu T, Papet J, Lux et Gari, d'un DJ, d'un clavier et d'un guitariste. La formule, qui va bientôt fêter ses 15 ans, est toujours fraîche et qualifiée d'utilité publique par tous ceux qui ont croisé sa route.

Route que l’on croise durant l’été 2001, pour un entretien-bilan avec Gari et Papet J. La rencontre a lieu à Saillans (Drôme), à l’occasion du festival « Les nuits du prieuré ».

MASSILIA SOUND SYSTEM : Gari & Lux - (c) Greg Carmen

Bientôt 15 ans de bons et loyaux services… Qu’est-ce qui a changé ? Comment vous voyez le groupe aujourd’hui ?

Papet J - Si on a changé, on a changé avec la société. Rien n’a été modifié, en tout cas, dans notre position ou notre recherche. Simplement, la forme a évolué au gré des influences, des fantaisies et des concepts que l’on peut inventer en tournée.

La démarche originale reste donc la même… Il y a simplement une évolution musicale naturelle…

Papet J - Oui, c’est en tout cas comme cela que je le vois…

Gari - Au début était le Rub a Dub et le sound system ! En fait, les personnes qui ont commencé le Massilia, au début ! des années 80, ont découvert le sound system, cet art de poser le disque instrumental sur la platine et de tchatcher dessus pour animer la soirée. On n’est pas des chanteurs : on dit qu’on est des maîtres de cérémonie ! Le côté ludique est toujours là. Le truc qui fait du sound system un média de quartier et du MC, un porte-parole de ce qu’il se passe dans la communauté. Reste également le fait d’organiser des soirées qui font passer des bons moment aux gens…C’est notre rôle fonctionnel dans la communauté.

Une fois cette base définie il y a dix ans, le groupe s’est ensuite structuré…

Gari - Après ces premières années de délire entre collègues, certains étaient plus aguerris au truc. Donc le Massilia s’est organisé autour de Papet J et Moussu T. Ils ont commencé à tourner régulièrement à la fin des années 80, avec un premier album en 91. On a monté notre label, signé avec de nombreuses maisons de disques, pour arriver là où on en est aujourd’hui. Voilà ce qui a changé. On essaye depuis une dizaine d’années de travailler depuis Marseille pour parler de Marseille au monde entier…

Le Sound System est un art jamaïcain… Votre Kingston c’est donc Marseille ?

Papet J - Oui, parce qu’à la base on est tous des fans de reggae. Le sound system nous a vraiment percuté parce que c’est un art immédiat, simple, urgent et efficace. Il est basé sur la parole, l’expression d’idées et la rapidité d’exécution. Les jamaïcains ont une telle industrie du reggae qu’il est très facile de trouver une face B sur laquelle je peux chanter le week-end. C’est ce qui nous a fait rêver : le fait de pouvoir écrire une chanson en une heure, la bricoler un petit peu et pratiquement la chanter le soir même ! Parce qu’il y aura toujours la base instrumentale qui va derrière, qui fera danser les gens. C’est donc ce qui nous a séduit et ce qui a fait que l’on a décidé de s’en emparer pour faire comme les jamaïcains. Ils avaient une platine, ils avaient une sono… On avait une platine, on avait une sono ! Ils avaient un vieux camion, nous c’était une deux-chevaux… Et puis ils avaient une langue. On s’est rendu compte qu’ils ne tchatchaient pas en anglais mais dans leur patois… et nous, on avait aussi notre patois : l’occitan. On s’est alors dit qu’il n’y avait qu’à s’en emparer, pour vraiment faire comme eux. Et cette langue nous a vraiment inspiré.

C’est une langue qu’il a fallu actualiser… Massilia parle de son époque…

Papet J - On chante aussi des trucs issus de la tradition. Mais on se réserve le droit d’y prendre ce qu’on y trouve de bon et de laisser ce qui est mauvais. Parce que tout n’est pas bon dans la tradition, y’a des idées qui n’ont jamais été bonnes et qui ne le seront jamais. On n’est pas béat devant la tradition, on s’en sert parce qu’elle est là, parce qu’elle est à nous, parce qu’elle nous ressemble et qu’elle a toujours une utilité. Mais notre rôle à nous, c’est d’inventer tous les jours quelque chose de nouveau, dans l’esprit de ce que l’on appelle, nous, le folklore vivant. Celui qui construit, qui est à la pointe de sa société, qui est le haut-parleur de ce qui est pointu dans sa société. C’est ça, le musicien folklorique en fait. Sauf qu’à un moment, on ne lui a plus donné d’importance. On l’a laissé dans un coin et il a cessé d’être moderne pour devenir une chose du passé. Mais ce n’est pas une fatalité… La preuve : aujourd’hui on se ré-empare de petits trucs, d’expressions, d’habitudes des gens. Des trucs qui s’inventent, qui deviennent vachement importants et que tout le monde connaît. C’est ça, le travail de Massilia. On se doit d’analyser tout cela, de le chroniquer… C’est ça, le vrai rôle du MC du Sound system.

L’occitan évolue… Ce n’est pas une langue morte…

Gari - C’est une chance ! Parce que, tu vois, nos parent ne parlent plus le provençal. Nos grand-parents les en ont empêché parce qu’à l’époque, c’était très dévalorisant socialement. Donc c’est une langue qui s’est un peu éteinte, en tout cas à Marseille ou dans les zones très urbaines. Nous, on s’en est emparé et ça nous a évité de faire des délires genre « liens du sang »,  « racines »… Par exemple, tu vois, le co-fondateur du Massilia est né à Ivry. Il est arrivé à 18 ans à Marseille et a appris le provençal à Paris ! Ce genre de choses nous a prémuni aussi de dérives artistiques. Il y a plein de groupes occitans qui sont complètement nazes. Passéistes, la tradition pour la tradition, genre :  un groupe traditionnel doit automatiquement avoir des vielles à roue, la moustache et les cheveux longs… On a fait table rase de tout ça pour prendre ce qui nous intéresse et c’est cool !

MASSILIA SOUND SYSTEM : Papet J. - (c) Greg Carmen

Papet J - On s’empare d’éléments de notre propre tradition, la culture occitane, mais on va également chercher en Inde, au Brésil… Ce n’est en tout cas jamais gratuit, ce n’est pas l’art pour l’art. On va chercher dans les folklores du monde ce qui ressemble à notre pratique du reggae et du sound system. On essaye de trouver des choses qui dialoguent avec la culture occitane et qui le font de façon douce.

Pas dans un espèce de mélange qui te donne un truc que l’on appelle World Music, on n’aime pas ce concept. On aime que les choses se rencontrent, qu’elles échangent, qu’elles dialoguent mais qu’elles restent elles-mêmes !

Gari - Le reggae a une force d’attraction hallucinante, dans le monde entier. Les gens qui jouent du reggae en Afrique y intègrent leur musique traditionnelle et leur langue. En Italie, c’est pareil ! En Calabre, ils vont chanter en calabrais presque naturellement. Tu vas en Inde, ils intègrent les tablas dans le rythme reggae. Cette musique a une force d’attraction de la culture locale qui est hallucinante ! Nous, on fait du reggae à Marseille : au lieu de se faire pousser des dread-locks, on s’est mis à chanter en provençal. C’est la même démarche !

MASSILIA SOUND SYSTEM : Gari - (c) Greg Carmen

MASSILIA SOUND SYSTEM : Gari - (c) Greg Carmen

Masillia sur scène, ce sont 7 personnes et plusieurs milliers d’autres pour faire le spectacle…

Gari - C’est le sound system qui te permet ça. Une sorte de spectacle en 3 dimensions, très loin de l’interprétation sur un piédestal. Une sorte d’interaction entre la scène et le public. On essaye d’organiser un lieu de convivialité. Les gens bossent toute la semaine, nous on arrive le samedi soir et on leur assure que pendant quelques heures, ça va être une super boîte de nuit ! Même ceux qui n’aiment pas le reggae viennent ! Parce qu’ils savent que dans un concert de Massilia, y’a que des gens sympas, et que ce sera une méchante soirée ! On aspire à ça, en fait. Après, on essaye de chanter le mieux possible, de faire des chansons qui tuent le plus possible… On a une démarche d’artistes, on a ce rôle fonctionnel d’être des chanteurs folkloriques, comme l’était le joueur de bourrée qui, le week-end, faisait danser ceux qui avaient bossé toute la semaine…On essaye de faire ça, sans se la raconter, c’est ce que l’on cultive. On se rend compte que dans les concerts, les gens viennent presque en famille, tous très différents, 50 ans, 15 ans, toutes dégaines… et c’est très important ! Aujourd’hui, faire asseoir à la même table une femme de 50 ans et une jeune de 15 ans, ça devient presque impensable. A Marseille, il n’y a plus qu’au stade vélodrome qu’un jeune et un vieux peuvent dialoguer sur un pied d’égalité… On essaye d’organiser des moments comme ça. On chante ce que l’on vit ! Donc on essaye de vivre des trucs à fond, pour faire de bonnes chansons. C’est aussi la vie de tous les jours qui se doit d’être trépidante et intéressante. Ca comprend nos relations avec le tissu associatif, etc.

Papet J -Là, on revient à ta première question sur l’évolution du groupe et sur la manière dont les gens reçoivent notre truc. Il y a dix ans, il fallait trimer trois bons quarts d’heure pour faire danser des gens qui ne nous avaient jamais vu ! Trois quarts d’heure avant de les dérider et qu’ils se mettent à sautiller d’un pied sur l’autre ! Aujourd’hui, même ceux qui n’ont jamais vu Massilia, ils sont gagnés de suite ! C’est aussi parce qu’il y a énormément de groupes qui se sont attachés à produire des choses de qualité, à motiver le public dans un bon sens. Y’a beaucoup d’initiatives, de festivals, d’associations, d’organisations de bénévoles ou d’amateurs. C’est tout ça qui fait qu’aujourd’hui, un certain discours et une certaine attitude passent mieux auprès des gens.

De nouvelles démarches musicales participent aussi à ce mouvement… Des groupes de rock intègrent des DJ , certains rappeurs font appel à des guitaristes…

Gari - Oui, mais pour nous il faut vraiment qu’il y ait un sens. On n’a pas intégré un DJ et un guitariste pour faire du monde sur scène ! Maintenant, c’est vrai que la culture hip-hop, très parallèle à la culture raggamuffin’, nous a beaucoup apporté. Parce que c’est une nouvelle manière de composer, de proposer la musique. C’est une culture très complète, qui nous a donné envie de voir danser un vieux et un petit de 15 ans. C’est ce qu’on a voulu faire quand on a compris le hip-hop. Mais ça ne se passe pas dans le hip-hop en France, parce que ça a été vachement récupéré, parce qu’on oblige les artistes à s’adresser à une frange de la population très cadrée…

Papet J - C’est le marketing qui fait ça !

Gari - Alors en fait, pour nous, c’est toujours pareil. On a pris ce que l’on trouvait bon dans le hip-hop, comme on a pris ce que l’on trouvait bon dans le patois, le reggae… On est des voleurs en fait !

Papet J - Quand on pense que nos amis des Fabulous et Claude Sicre ont initié les repas de quartier y’a 10 ans, alors que c’était quelque chose de tout à fait banal et simple à faire… Maintenant, les américains commencent à faire pareil, ils font des bloc-party, ils descendent les platines et tout le monde danse ! Les mamies qui écoutaient du R&B remuent la tête en écoutant les rappeurs, on sort à bouffer, on fait du riz… L’été à New York, ça se passe comme ça maintenant ! Finalement c’est nous, il y a dix ans, qui avons mieux compris le rap que les américains eux-mêmes !

La boucle est bouclée, merci…

Papet J, Gari (ensemble) – Aïoli !

 

Texte et photos : Greg Carmen

 

DISCOGRAPHIE sur fnac.com

MSS sur le web : www.massilia-soundsystem.com

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