À l'ombre des souverains poncifs de la chanson française, la graaaande chanson ; la chanson à texte, le rock
français souffre de ne pas avoir l'anglais comme première langue. Des Yé-Yé ridicules à Téléphone, le copycat
des céréales killer que sont les Rolling Stones, les clans se déchirent : Version originale non sous-titrée
ou version française ?
Dans le domaine, le label Paou met fin à la guerre de 100 ans d'une manière notable et remarquable. À côté de la
chanteuse Elliot (cf chronique) au style écorché, rauque and roll, le catalogue
propose The Blueberries, un groupe punk-pop-rock, façon pancake à la myrtille et au beurre salé qui résout
l'impossible équation rock'n'roll + langue française = grande poilade chez les bretons d'en face, de la seule
manière légitime qui soit : Avec un chanteur anglais ! C'est beau l'Europe !
Originaire de Brest, qui se la joue souvent Brest Angeles - la cité des anges déchus et des rues en angles droits -,
les quatre (jeunes) bonshommes ne ménagent pas leur peine, tant il est vrai que le rock est une musique de pue la sueur,
en soi le seul art populaire avec la boxe et le port du blouson noir ; une musique qui va vite et fort dans l'expression
immédiate, hic et nunc, d'une jeunesse tant désirée et si peu désirable.
Pas de (mauvaise) surprises donc à l'écoute, c'est fait comme cela doit être fait, comme un bloc moteur de Harley
Davidson, lourd et massif, le battement sourd et régulier d'une énergie tellurique, une faille sismique à 2000 mètres
de profondeur, un trou dans le mur : « If it's too loud, you are too old ! » Ted Nugent.
Yan Pradeau