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DAIPIVO
Le reggae engatsé

Il y a la mer, le patois, le soleil… et le reggae. Marseille, se pose depuis plusieurs années comme la plus jamaïcaine des villes de l'hexagone. On connaît déjà les dinosaures, de Massilia Sound System à Jo Corbeau. Ils ont défriché le terrain, suscité et encouragé des vocations. Aujourd'hui les groupes, le public et les infrastructures adéquates sont bien rodées. 

Daïpivo, existe depuis 1987 et fait partie de ceux qui ont essuyé les plâtres. 

Ca se prononce avec le " smile " : Da-ï-pi-vo ! traduction : " files-moi une bière " en Polonais, " fait tourner " en tchétchène et " Back to the roots " en provençal ! 
Essayez donc devant la glace, vous allez rire ! Il faut bien articuler : la bouche vous mange le visage d'une oreille jusqu'à l'autre et finit en cul-de-poule pour un " Ooh " que le mistral vous ferra ravaler. Daipiv-Ooh !
Le " mistral de face ", c'est le dernier album en date un titre qui situe bien la place actuelle de ces musiciens. Partis des calanques marseillaises en 1987 où d'abord trio de percus le groupe s'est étoffé pour devenir une tribu de huit personnes avides de rencontres, de fêtes et de rythmes débridés.
Reggae engatsé comme disent les cigales.
Pourquoi reggae ? A question conne réponse on ne peut plus simple : parce qu'ils ont çà dans la peau ! Engatsé, c'est quoi ? Tout d'abord une recette : les " good vibrations " de base, un esprit remuant et agité et une filiation directe et revendiquée avec mister rock steady alternatif. (Traduction enragé, engagé…)
Loin des clichés et à mille lieues de toutes récupérations inadéquates (un pays, un dieu, trois couleurs) leur combat contre Babylone est une lutte quotidienne contre les idées reçues, l'intolérance et les tristes mines. Daipivo a l 'esprit tranquille de celui qui avance à son propre rythme. Deux albums autoproduits en dix années d'existence plus un petit troisième qui a vu le jour fin 2001 et enfin distribué à grande échelle par PIAS.
Reste la scène ou les scènes. Petites, grandes, flottantes, spatiales… peu importe, du moment qu'elles soient assez solides pour leur permettre de faire des bonds. 
C'est d'ailleurs quand on les voit dessus que l'ont comprend qu'il s'agit là de leur élément naturel. La bonne humeur est de mise. Aucune prétention à part celle de faire passer un bon moment à tout le monde. La cause est d'ailleurs acquise en deux temps trois mouvements et le public se laisse guider les yeux fermés dans le petit monde de Touf, Lolo, Ben, Lipfi, Declau, Francky, Pierrot et Stéphane.
La scène se passe à la Cigale de Nyons (Drôme), la maison Daipivo vous ouvre ses portes :

 

On commence par l'architecture générale du bâtiment ! 

Touf - Les fondations du groupe… c'est une longue histoire que l'ont peut résumer très rapidement : des copains soudés autour de la musique africaine et des percussions. Le reggae n'est venu qu'avec l'électricité et le local approprié… On s'est branchés et hop ! On a joué du reggae ! Si ça dure c'est qu'il y a une alchimie et que ça fonctionne bien. 

Une alchimie qui va plus loin que la musique ?

Touf - Tout a commencé par une histoire de potes et c'est de toute façon l'esprit du groupe. C'est ce que l'on cherche à garder. On est devenus forcement un peu plus professionnels avec le temps, mais on garde cet esprit qui fait que personne n'est là pour se prendre la tête, mais pour jouer et se faire plaisir sur scène. Tant qu'on se fait plaisir on continue, le jour où on se fera chier on arrêtera !

Pourquoi le reggae ?

Lipfi - Parce notre but n'était pas de faire de l'argent ! C'était çà ou Pop star ! (…) Non, en fait cette musique est vraiment le dénominateur commun de tout le monde ici. On est musiciens, on aime toutes les musiques mais le reggae est vraiment ce qui fait vibrer tout le monde. 

Un reggae qui chez vous n'est pas " pur et dur " mais enrichi par toutes sortes d'influences ! Rock et alternatif plus particulièrement ?

Lipfi - On n'aime pas les puristes ! On est pour le métissage des gens et des musiques. Donc on se sert partout où il y a quelque chose de bon à prendre. La corde commune c'est le reggae, quand elle entre en transe elle en fait vibrer beaucoup d'autres. Peu importe que cela soit du rock, du classique, du funk…

C'est le principe de cette musique de toute façon !

Lipfi - Depuis peu ouais ! y'a quelques années ce n'était qu'une musique de fumeurs. Donc on s'est mis à boire ! C'est notre coté rock'n'roll !

Alors tout ça nous donne trois albums, dont le dernier est distribué par PIAS…

Lipfi - La production, au départ, vient de chez nous. Elle est l'œuvre d'un ami et de sa boite : Tiem. Donc ce n'est pas exactement comme le fait de signer directement avec une grosse boite !

Là où je voulais en venir c'est que vous avez bénéficié de plus de moyens pour celui là. Est-ce que cela a changé quelque chose dans votre travail ?

Lipfi - En fait, c'est presque une énorme auto-production par rapport à l'argent investi. Mais dans la manière de faire, à part que le fait d'avoir bénéficier d'un beau studio, on n'a pas eu de contraintes. Personne pour nous dire de virer tel ou tel truc, on a vraiment fait ce qu'on voulait faire, avec qui on voulait le faire !

Declau - Les deux premiers albums étaient du studio en live de la première à la dernière note, pour celui-là on a profité de l'aubaine pour penser les morceaux dans l'optique studio ! On a invité plein d'amis puisqu'on en avait les moyens !

" Mistral de face ! " C'est son titre. Il y a une signification particulière ?

Lipfi - Oui, c'est subliminal et cabalistique !

Mais encore ?

Lipfi - Tout le monde y voit ce qu'il veut… mais bon c'est vrai que venant de Marseille chaque fois que l'on va jouer quelque part c'est forcement en remontant vers le nord, avec le mistral de face, et comme on est toujours très contents de pouvoir bouger ça nous semblait approprié.

Touf - Mistral de dos ne sonnait pas bien !

Declau - C'était çà ou sirocco de face ! Tout en préférant avoir Rocco de face plutôt que dans le dos !

Le mistral termine sa course à Marseille… Et le reggae y prend vie… c'est une autre facette de la ville ?

Lipfi - Si on était chauvin, on te dirait que oui, Marseille à l'âme reggae mais en fait l'âme reggae se retrouve partout ! Il y a quelque chose à Marseille c'est vrai, mais des gens se bougent de partout maintenant, que ce soit à Montpellier à Lille ou à Toulouse…

Touf - La chose la plus importante, c'est que maintenant il y a une histoire reggae à Marseille. Cela fait un bon moment que des groupes ont jeté les bases du truc, qu'ils le font vivre et qu'ils existent. Cela a permis à tout le monde de progresser, le niveau et le son des groupes sont supérieurs à ce qu'il a pu être. Donc, il y a une scène et un public. Il y a des compilations qui se font …Stéphane y travaille beaucoup….

Stéphane - Je représente aussi le studio magnetic lab. On vient de faire un album à la Jamaïcaine avec un groupe " les royaltix ". C'est un album de 18 titres avec tous les chanteurs de reggae de Marseille qui représentent la nouvelle vague. Ils sont 30 et représentent le gratin du reggae marseillais ! Donc il y a quand même une fédération qui existe. Tout le monde se connaît et s'apprécie, c'est peut-être le petit plus Marseillais ! 

Le reggae possède aussi un coté très social…Vous revendiquez d'ailleurs un reggae engagé ?

Lipfi - C'est d'abord le coté métissé de Marseille. Un port où les gens viennent tous d'horizons différents, pour vivre ensemble. C'est ce coté là de Marseille qui nous intéresse plutôt que les boules ou le pastis. 

Touf - Le véritable engagement c'est d'abord la musique. Après on essaye de dénoncer avec ironie ce qui nous touche, nous emmerde, ou tout simplement de parler de choses qui nous font plaisir.

Un coté revendicatif plus la fête ?

Touf - Voilà ! c'est notre credo. L'osmose entre les gens dans les concerts, cette espèce de boule d'énergie qui prend tout le monde, c'est tellement magique que l'on aimerait que cela soit comme çà aussi dans la vie ! Donc, notre truc c'est de dire : Si on veut, on peut !

La suite ?

Touf - Beaucoup de scènes jusqu'au prochain disque, mais on verra d'abord comment se vendra celui-là, non pas pour devenir riches à millions mais juste pour pouvoir en vivre ! 

Ce n'est pas encore le cas ?

Touf - ça commence à le devenir. On commence à se payer un peu avec, mais c'est long. Y'en a qui bossent a coté, d'autres non, mais pour l'instant on ne peut pas vivre que de çà. 

 

Textes et photos : Greg Carmen

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  WEB : www.daipivo.com

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1. Ici et maintenant  
2.
Réveil  
3.
Amis pour le pognon  
4.
Loi su silence  
5. La porte
6. Likid vaisselle 
7. AOC  
8. Réalité  
9. Coupeurs de têtes  
10. Marseille  
11. Skatypique  
12. Bar du progrès  
13. Fanfare  
14. La porte (instru)  


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