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DJ Nétik @ DB Unit 23-11-2006 - © Elo B
Photo : © Elo B

 

Rencontre avec DJ NETIK

World DJ Champion 2006

 

L

es sociologues vous le diront. Les formes d'expression musicales sont devenues, avec le XXe siècle, indissociables des aspirations sociales, communautaires et politiques qui les ont vu émerger. Chacune ayant développée, au fil du temps, sa (contre) culture avec ses rythmes, ses rites, ses mythes, ses codes…
Né aux USA, dans un contexte de précarité économique et sociale des afro-américains et des latinos, le hip-hop a développé ses propres formes d'expressions artistiques. Comme les autres tribus musicales - sans doute encore plus, du fait de son environnement violent - il a ritualisé un mode d'expression destinés à transformer l'énergie négative des gangs en une énergie positive et constructive au travers d'une nouvelle culture de la rue.
Parmi ces rites, les compétitions et les battles entre danseurs ou entre DJs, sont assurément ceux qui le caractérisent le plus.
Aussi, alors que nombre de français s'y distinguent de plus en plus, il était naturel qu'@xé libre finisse par s'intéresser à l'un d'entre eux. Cependant, même s'il est fraichement médaillé DMC machin truc chouette, limiter sa patte artistique à la seule sphère du hip-hop est sans doute quelque peu restrictif. Mais, comme il nous l'expliquera, c'est assurément que les familles musicales, sont aussi appelée à se rencontrer… et à se féconder.
Rencontre avec DJ Netik…

 

 

Te voilà primé, une fois de plus. World DJ Champion, cette fois ! A vrai dire, néophytes que nous sommes, on a vite fait de se perdre dans tous ces titres. Au travers de ton parcours peux-tu nous éclairer ? Qu’est-ce qui différencient toutes ces compets ?
J’ai gagné les championnats du monde DMC (Disco Mix Club), catégorie Battle for supremacy en 2001 et 2002, le championnat d’Europe All Star Beat Down et ITF (International Turntable Federation), catégorie "scratch" en 2002 et je suis DMC World DJ Champion 2006.
Le World DJ Championship est une compet individuelle ; les DJ présentent, chacun leur tour, un show de 6 minutes. Des juges te notent et, à la fin, nomment les 3 meilleurs. Il n’y a qu’un seul tour, tu es seul sur scène avec le public et le jury.
Tandis que les battle (DMC Battle for Supremacy, ITF, All Star Beat Down,...) se déroule par round successifs avec 2 DJs face à face. On commence à 16, puis de quart de finale en demi finale, comme dans un tournoi de tennis, on s’élimine au fur et à mesure. Les rounds sont de 1 minute 30, à raison de deux rounds chacun son tour. Les juges votent immédiatement.
Les battle sont arrive en 2000 au DMC, la catégorie individuelle est la plus ancienne et la plus prestigieuse. Mix Master Mike (DJ des Beastie Boys), Craze, Q-Bert… tous les plus grands DJs « techniques » au monde ont gagné dans cette catégorie. Et je suis le premier français à la remporter.
Les DMC est un championnat anglais qui existe depuis les années 80. A l’origine, c’était une compétition de mix, essentiellement dans la mouvance House. Progressivement le Hip Hop s’est imposé et maintenant c’est avant tout une compétition "technique". Elle se déroulait chaque année dans un pays différent, mais depuis 2000 il se déroule toujours en Angleterre.

Et alors, qu’est-ce que cela te fait d’avoir gagné tous ces prix ? Qu’est ce que ça a changé pour toi ?
C’est une consécration et j’en suis super fier. C’est un rêve de gamin qui se réalise et l'aboutissement d'un vrai travail. En fait, après avoir fait beaucoup de battles pendant deux ans, j’ai eu besoin d’arrêter un moment. Si je suis revenu à la compétition, quatre ans après, c’est que je voulais tout mettre sur la table pour ce titre de World DJ Champion. A vrai dire, j’imagine que si je n’avais obtenu qu’un résultat moyen, cela aurait vraiment pu avoir un aspect négatif pour le reste de ma carrière. C’était une étape importante et ce n’était pas le moment de se rater.
Et c’est vrai que depuis que j’ai gagné le DMC World Championship, mi septembre, je n’arrête pas. J’ai beaucoup plus de propositions, que ce soit pour du booking, de la radio, de la presse, ou même des sponsors… Comparativement à mes victoires en battle qui sont peut-être moins populaires par certains côtés, le World DJ Champion est plus important auprès des professionnels, car plus reconnu. Il ouvre des portes, suscite de l’intérêt et donne du crédit. Du coup, on me contacte pour des évènements de plus en plus variés (clubs, salles de concerts, festivals, soirées Drum’n’Bass, électro…).

A l’époque de tes premières victoires, tu disais préférer les battle ?
J’aimais beaucoup le face à face, la préparation et l’affrontement. Alors, pendant deux ans, j’ai fait un maximum de battle dans les compet, mais je m’en suis lassé. C’est pour cela que je suis revenu à l’individuel. D’une parce que c’est plus gros comme compétition et puis c'est un travail différent. En battle, tu dois préparer plusieurs routines d'une minute 30. En individuel, tu dois construire un set de 6 minutes. J'ai donc préparé un show avec un producteur qui s'appelle Jad, afin d'avoir un son original et un ensemble cohérent...

Tu te définis comme un turntablist ou comme DJ ? Y a-t-il une différence entre le scratch et le turntablism ou le platinisme comme on dit parfois en France ?
Platiniste c’est la traduction littérale et un peu curieuse de turntablist, je trouve que ça sonne un peu élitiste, alors je préfère parler de turntablism.
Je fais des deux, en fait. Je suis DJ avant tout dans ma façon de faire mes shows. Un DJ pense avant tout au public ; il fait une sélection d’enchaînement de disques dont le seul but est de faire danser les gens. Ce n est pas forcement le cas d un turntablist, l'idée du turntablism, si je peux dire ainsi, consiste en une utilisation poussée des platines et tout l'équipement que nécessite un DJ pour créer de la musique, avec un son nouveau, ce qui nous amène plus dans un concept d'instrument, libre a chaque turntablist d'intégrer la notion de dance floor ou non mais cette idée de DJ n'est pas partie intègre du turntablism, à mes yeux...
Avec le scratch on entre déjà dans du turnablism. Ce qu'on appelle scratch, à proprement dit, c 'est le fait de manipuler un disque en choisissant un son pour le faire parler.
Je fais donc plus une différence entre DJ et turnablism qu’entre scratch et turntablism.

Ces concours ce font sur deux platines ?
Le scratch, comme je disais, est une technique à une platine. Il y a une autre technique, le beat juggling (littéralement : jonglage de beat), où on passe d’un disque à l’autre, avec deux disques, identiques ou pas, pour en décomposer les rythmes et en recréer une autre pour une nouvelle mélodie.

DJ Nétik @ Astropolis 2006

Si tu devais définir ton style par rapport aux autres ?
Mon style est très incisif mais toujours groove voire funky, même si j’ai des influences électro, limite techno. J’aime qu’il y ait une bonne montée, puis un break et que ça reparte bien, de façon massive, très incisive. On retrouve un peu l’esprit Drum’n’Bass dans mon set de cette année (en écoute sur mon MySpace).
C'est l'esprit qu'on a souhaité donner avec Le Jad ; un show qui ne s'arrête pas, du début à La fin...

Quels types de musiques écoutes-tu pour ton plaisir et pour le travail ?
C’est très large, mais en ce moment je suis beaucoup dans les sonorités Electro. J’ai écouté pas mal de rock, je suis notamment un grand fan d’Hendricks mais je n’ai pas une « culture Rock » à proprement parler. J’écoute aussi du Jazz, de l’Electro… Ça dépend de beaucoup de choses, notamment pas mal de ce que l’on me fait aussi découvrir dans mon entourage…
Mais, à vrai dire, en ce moment, je prends rarement le temps d’en écouter, juste pour la détente. Je crois qu’il arrive un moment, où quand tu fais de la musique, tu finis par moins en écouter ! A coté des platines, je fais également des compos. Et quand tu passes parfois jusqu'à dix heures par jour à faire du son, à la fin, tu n’as plus trop envie d’en écouter… C'est donc périodique
Par contre j'en écoute beaucoup quand je cherche des nouveaux disques pour les soirées, ou pour trouver des sons intéressants. Je m'oriente toujours vers le hip hop old school ou actuel, electro, drum'n'bass…

Effectivement, tu travailles apparemment pas mal à partir de samples Breakbeats ?
Oui, après les samples peuvent venir de beaucoup d'univers différent mais break beat est le nom qu'on donne aux disques spécialement conçu pour les turntablist...
Mais à l'origine, le break beat c'est un peu la base de toute ces/cette culture, hip hop, electro, drum'n'bass, etc..
Les premiers DJ hip hop faisaient répéter en boucle ces break ou il n y a plus que la rythmique dans les morceaux de funk pour permettre au MC de poser dessus, c'est la base .
 

Peux-tu nous dire quelques mots sur tes autres projets musicaux, tes collaborations ? Vont-ils continuer ?
J’ai travaillé avec Electric Barbarians entre 2000 et 2002. Depuis 2002, la période où j’ai arrêté les battles, j’ai eu pas mal de projets, de collaborations et donc beaucoup de productions. C’était, pour moi, le temps d’apprendre, de trouver les sons qui me plaisent vraiment.
J’ai notamment posé des scratches sur l’album de Shanky Shewba.k "Seul sur ma planète" (un mélange de Rap et de slam, très poétique, consciencieux). De 2003 à 2006, j’ai beaucoup joué avec un DJ Drum’n’Bass, Pat Panik de Rennes. Et puis il y a toujours eu différentes collaborations, notamment avec d’autres rappeurs de ma région pour qui je fais des productions.
J’ai toujours aimé collaborer, m’imprégner d’autres projets. Notamment avec des jazzman, comme avec Erik Truffaz, avec qui j’ai eu l’occasion de faire plusieurs concerts. Ce fut toujours de très bonnes expériences.
Mais maintenant je me concentre avant tout sur mes propres projets.

Un album en prévisions ?
Oui j’ai envie d’en faire un, je ne peux pas parler de projet à l’heure actuelle… Pour l’instant, je travaille chez moi. On en reparlera quand je serai prêt, et que j’aurai mes sons.

Propos recueillis par Patrick Herrmann & Elo B

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