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Avec son dernier album,
l'horizon, Dominique A nous plonge dans
des voyages où la géographie et les sentiments se retrouvent intimement
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Dominique A est l'un des
rares compositeurs et interprètes français à savoir aussi bien
nous transporter à la fois par sa musique et ses arrangements
que par ses mots. Il fait une fois de plus la preuve de son
talent dans son dernier opus qui nous invite à faire du
mouvement l'élément consubstantiel de nos vies et de nos
sentiments. Comme si l'horizon (emblème sous lequel l'album est
placé) était ce vers quoi toujours notre regard devait se porter
pour y trouver, dans l'adversité des obstacles à franchir, nos
plus belles expériences.
Les albums de Dominique A sont des continents, à la fois par la
forte cohérence qui s'en dégage et la place constante qu'ils
laissent à l'expérimentation et à la surprise. Une fois de plus
avec l'Horizon on est plongé dans un univers sensuel multiforme.
Un certain retour à la simplicité des arrangements fait qu'ici,
plus que jamais, on est d'abord entraîné par une voix à la fois
magistrale et vibrante qui signale le caractère hiératique du
personnage. La promenade y est mélancolique, souvent teintée de
sentiments à fleur de peau et ambigus. Mais parfois la course se
fait plus effrénée sous la pulsation des riffs de guitare,
instrument dont le chant de Dominique A peut difficilement se
défaire. On y traverse tout une géographie, sur mer, à la chasse
aux baleines, ou à terre, un paysage enneigé, une rue qui monte
en lacets, des pleines et des collines et bien sûr en point de
mire l'horizon. On y fait des rêves éveillés dans lesquels on
glisse subtilement en étant parfois bousculé par les aléas de la
route. Voyage à la fois sensoriel et mental dans la région du
souvenir et des sentiments, mais pas toujours tranquille. Car
s'il s'agit bien tout au long de cet album que de mouvements
consubstantiels à la vie, ceux-ci ne vont pas toujours de soi,
que l'on trouve sur notre chemin des obstacles, que l'on éprouve
la difficulté de la rupture du départ ou l'addiction qui pousse
à repartir, « chaque virage se mérite ».
Grâce à l'écriture aussi bien musicale que littéraire (il faut
bien oser cet adjectif puisqu'on se surprend à lire les textes
indépendamment de la musique) rien ne nous est raconté, tout est
profondément ressenti. Au fil des morceaux, des images
puissantes se construisent dans lesquelles se télescopent
différents niveaux de réalité, différentes nappes de sensations
propres à nous mouvoir dans une palette de sentiments riches et
incertains.
Avec ses 7 albums distillés en 15 ans, dans lesquels il se
montre aussi habile à fabriquer de petites ritournelles
obsédantes, parfois à l'humour mordant, que dans la composition
de longs périples au lyrisme envoutant, Dominique A pourrait
être promu le chef de file du renouveau de la chanson à texte
mais la singularité de sa musique le rend difficilement
rattachable à tel courant ou à telle filiation. S'il fait une
apparition sur l'album de Vincent Delerm, Kensington square,
dans le film de Philippe Katerine,
Peau de cochon, et s'il a
collaboré régulièrement avec Françoiz Breut, sa musique semble
lui conférer une sorte de solitude artistique.
Tout d'abord par son étonnante capacité à faire naître des
ambiances aussi bien par les mots que par les sons. Jamais les
uns ne sont là uniquement pour accompagner les autres mais ces
deux éléments viennent plutôt s'enrichir mutuellement. Puis si
Dominique A réussit à toucher notre intimité la plus profonde,
son écriture n'a rien du naturalisme dans lequel se complait
parfois une certaine chanson française. La relation qui nous lie
à ses chansons est plus profonde qu'une connivence née de la
description d'un quotidien universel.
L'horizon est à ce titre exemplaire du talent de Dominique A,
rien n'est ici figé à la manière d'une carte postale, à chaque
fois le mouvement comme forme de la construction de soi. Et
l'opus de se terminer par l'une des plus belles mélodies de
l'album, un adieu précédant le départ pour un voyage qui
s'annonce difficile au travers des paroles mais dont la musique
nous pousse déjà vers un envol final extatique qui insuffle en
nous cette même nécessité du voyage ou de la ballade qui
parcours tout le disque.
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