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Ecoute dans le froid de l'hiver parisien : mots qui assaillent,
une musique habitée d'une exigence transgressive qu'on avait
guère entendue ces derniers temps dans les musiques improvisées
à la française. Et les mots, toujours ; des bribes
d'histoires insituables, tissées autour d'une douleur amoureuse
et d'ambiances de fins de guerre, comme autant de prétextes à
une plongée vertigineuse dans un univers post-rock, post-jazz,
post-beaucoup d'autres choses encore, à moins qu'il ne soit
pré-quelque état à venir et sur laquelle les petites étiquettes
n'ont pas encore eu le temps d'être collées…
Quelques semaines et quelques mails plus tard, le printemps
parisien arrive enfin, l'émotion sonore vient à s'incarner dans
un visage, ou plutôt dans deux, au détour d'un café de la Gare
de Lyon : Franck Vigroux, donc, accompagné de Michel Blanc,
batteur et percussionniste, musicien certainement le plus proche
du guitariste et auteur lui-même d'un disque immédiatement salué
par la webpresse à sa sortie : Le passage éclair. Passage
éclair effectivement, celui d'une rencontre avec un guitariste,
turntabler, compositeur, fédérateur d'énergies, et,
surtout, une très grande sensibilité à l'univers passé et actuel
des sons et des images.
D'autres Cordes, le label de Franck Vigroux, est une
aventure dans laquelle ont été entraînées récemment quelques
unes des pointes les plus acérées de la scène française des
musiques improvisées :
Marc Ducret, Bruno Chevillon, Médéric
Collignon, Stéphane Payen, l'extraordinaire harpiste Hélène
Breschand… Très peu de labels à pouvoir susciter de tels
ralliements d'énergies créatrices. L'indépendance paie, mais
elle coûte aussi. Les projets sont bricolés au sens propre du
mot, colle et ciseaux à la main, et l'on se plait à voir comment
les disques du label de Franck Vigroux parviennent subtilement à
jouer des avatars post-industriels de notre société pour faire
émerger les états brisés d'une mémoire du 20e siècle.
Triste Lilas, disque qui avait déclenché la mécanique
désirante, portait ces mots étendards à une trilogie incertaine :
« l'errance d'un évadé dans une Europe en cendre ».
Le premier opus enregistré de la trilogie est le dernier à
sortir, après Triste Lilas donc et Looking for Lilas (enregistré
en 2004) : Lilas triste, tout aussi puissamment déroutant, la
guerre est y moins présente, le désespoir solitaire plus
prégnant peut-être et, toujours, une mise en espace d'une
mémoire radiophonique et cinématographique qui démontrent un art
intuitif et incisif du montage et de l'assemblage. On y trouve
des Français, issus des musiques improvisées (Vigroux donc), de
la musique contemporaine (Hélène Breschand), mais aussi une
chanteuse lyrique (Cécile Rives) et même un bouillant guitariste
venu lui d'outre-Atlantique et allumant tout sur son passage
(David “Fuze” Fiuczynski).
Franck Vigroux refuse de séparer musique et non-musique, la
forme d'un côté, la vie de l'autre. Tout comme certaines radios
parviennent encore à nous transporter vers un ailleurs à force
de voix ancrées dans des réels très localisés, la musique de
Franck Vigroux, forgée initialement dans une passion pour le
rock abrupt des années 60 à 80, traverse les frontières de la
fiction et de la “réalité” convoquée dans ses disques, et tend
ainsi à se replacer à intervalles réguliers sur la marge ténue
qui sépare ce qui nous arrive depuis l'extérieur et ce qui, au
même moment, tressaille à l'intérieur.
La Lozère est le lieu où il vit quand il n'est pas en
déplacement aux Etats-Unis pour participer à des aventures avec
quelques-unes des grandes figures de l'avant-garde américaine -
tel Elliott Sharp, fantastique guitariste qui a influencé
notamment Marc Ribot (lui-même guitariste de Tom Waits et de
John Zorn), et avec qui Franck Vigroux vient d'enregistrer en
duo.
Une musique râpeuse, en quête de timbres vibrants et pour cela
aimant tout particulièrement frotter les unes contre les autres
les lames métalliques de ses comparses musiciens et les siennes
propres - de la 12 cordes à la fretless en passant par
l'électrique plus traditionnelle -, un sens de la dramaturgie
également qui permet à Franck Vigroux d'opérer de subtils
travestissements de quelques activités quotidiennes vers une
direction du bout de laquelle pointent une certaine étrangeté et
aussi une certaine fascination : écouter un film en langues
étrangères (portugais, espagnol, anglais, langues balkaniques
joyeusement mêlées) sans en voir les images, ôtant ainsi toute
chance de saisir un sens à l'histoire racontée, absorber des
instants de récits intimes constamment déplacés dans le temps et
dans l'espace, naviguer à travers des rythmes et des plages
musicales brisant la loi des genres - tous ces instants de
violence faite à nos sens ainsi amputés mais qui, en définitive,
permettent justement ce passage salutaire et furtif hors du
monde et de son étreinte.
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L'été
parisien s'installe enfin et le label D'autres cordes
organise pour l'occasion (!) un festival les 26 et 27
juin au Point Ephémère avec une tête d'affiche
impressionnante : entre autres, Benoît Delbecq,
Marc Ducret (notamment dans sa dernière formation autour de
textes de Kafka), le guitariste et chanteur Ned Evett,
et, bien sûr le maître d'œuvre Franck Vigroux.
Impossible à manquer !
Par ailleurs, le site du label sur lequel on trouve
toutes les références discographiques et plein d'autres
chose encore :
www.digitruc.com
Et le site perso de Franck Vigroux
sur lequel on trouve des interviews réalisés par
lui-même de quelques musiciens de sa “bande” :
www.franckvigroux.fr.st
Et encore les pages perso de Michel
Blanc et d'Hélène Breschand où l'on peut entendre des
extraits de leurs derniers albums respectifs :
www.myspace.com/michelblanc
http://helene.breschand.free.fr/ |
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