> > Côté Jardin > @xé libre


Commenter, partager, conserver... :        Commenter     Flux RSS Envoyer Imprimer     Réduire le texte   Agrandir le texte     Partager sur Facebook   Partager sur MySpace !      

Découverte singulière de Franck Vigroux : un nom, quasiment une trace imprimée sur un disque reçu il y a de longs mois déjà, couverture cartonnée et titre intriguant : Triste lilas.

FRANCK VIGROUX

L'arc et les cordes...

 

 

 

Photo : Séverine Plagnes

 

Ecoute dans le froid de l'hiver parisien : mots qui assaillent, une musique habitée d'une exigence transgressive qu'on avait guère entendue ces derniers temps dans les musiques improvisées à la française. Et les mots, toujours ; des bribes d'histoires insituables, tissées autour d'une douleur amoureuse et d'ambiances de fins de guerre, comme autant de prétextes à une plongée vertigineuse dans un univers post-rock, post-jazz, post-beaucoup d'autres choses encore, à moins qu'il ne soit pré-quelque état à venir et sur laquelle les petites étiquettes n'ont pas encore eu le temps d'être collées…

Quelques semaines et quelques mails plus tard, le printemps parisien arrive enfin, l'émotion sonore vient à s'incarner dans un visage, ou plutôt dans deux, au détour d'un café de la Gare de Lyon : Franck Vigroux, donc, accompagné de Michel Blanc, batteur et percussionniste, musicien certainement le plus proche du guitariste et auteur lui-même d'un disque immédiatement salué par la webpresse à sa sortie : Le passage éclair. Passage éclair effectivement, celui d'une rencontre avec un guitariste, turntabler, compositeur, fédérateur d'énergies, et, surtout, une très grande sensibilité à l'univers passé et actuel des sons et des images.

D'autres Cordes, le label de Franck Vigroux, est une aventure dans laquelle ont été entraînées récemment quelques unes des pointes les plus acérées de la scène française des musiques improvisées : Marc Ducret, Bruno Chevillon, Médéric Collignon, Stéphane Payen, l'extraordinaire harpiste Hélène Breschand… Très peu de labels à pouvoir susciter de tels ralliements d'énergies créatrices. L'indépendance paie, mais elle coûte aussi. Les projets sont bricolés au sens propre du mot, colle et ciseaux à la main, et l'on se plait à voir comment les disques du label de Franck Vigroux parviennent subtilement à jouer des avatars post-industriels de notre société pour faire émerger les états brisés d'une mémoire du 20e siècle.

Triste Lilas, disque qui avait déclenché la mécanique désirante, portait ces mots étendards à une trilogie incertaine : « l'errance d'un évadé dans une Europe en cendre ».
Le premier opus enregistré de la trilogie est le dernier à sortir, après Triste Lilas donc et Looking for Lilas (enregistré en 2004) : Lilas triste, tout aussi puissamment déroutant, la guerre est y moins présente, le désespoir solitaire plus prégnant peut-être et, toujours, une mise en espace d'une mémoire radiophonique et cinématographique qui démontrent un art intuitif et incisif du montage et de l'assemblage. On y trouve des Français, issus des musiques improvisées (Vigroux donc), de la musique contemporaine (Hélène Breschand), mais aussi une chanteuse lyrique (Cécile Rives) et même un bouillant guitariste venu lui d'outre-Atlantique et allumant tout sur son passage (David “Fuze” Fiuczynski).
Franck Vigroux refuse de séparer musique et non-musique, la forme d'un côté, la vie de l'autre. Tout comme certaines radios parviennent encore à nous transporter vers un ailleurs à force de voix ancrées dans des réels très localisés, la musique de Franck Vigroux, forgée initialement dans une passion pour le rock abrupt des années 60 à 80, traverse les frontières de la fiction et de la “réalité” convoquée dans ses disques, et tend ainsi à se replacer à intervalles réguliers sur la marge ténue qui sépare ce qui nous arrive depuis l'extérieur et ce qui, au même moment, tressaille à l'intérieur.
La Lozère est le lieu où il vit quand il n'est pas en déplacement aux Etats-Unis pour participer à des aventures avec quelques-unes des grandes figures de l'avant-garde américaine - tel Elliott Sharp, fantastique guitariste qui a influencé notamment Marc Ribot (lui-même guitariste de Tom Waits et de John Zorn), et avec qui Franck Vigroux vient d'enregistrer en duo.
Une musique râpeuse, en quête de timbres vibrants et pour cela aimant tout particulièrement frotter les unes contre les autres les lames métalliques de ses comparses musiciens et les siennes propres - de la 12 cordes à la fretless en passant par l'électrique plus traditionnelle -, un sens de la dramaturgie également qui permet à Franck Vigroux d'opérer de subtils travestissements de quelques activités quotidiennes vers une direction du bout de laquelle pointent une certaine étrangeté et aussi une certaine fascination : écouter un film en langues étrangères (portugais, espagnol, anglais, langues balkaniques joyeusement mêlées) sans en voir les images, ôtant ainsi toute chance de saisir un sens à l'histoire racontée, absorber des instants de récits intimes constamment déplacés dans le temps et dans l'espace, naviguer à travers des rythmes et des plages musicales brisant la loi des genres - tous ces instants de violence faite à nos sens ainsi amputés mais qui, en définitive, permettent justement ce passage salutaire et furtif hors du monde et de son étreinte.
Mathias Dreyfuss

 

L'été parisien s'installe enfin et le label D'autres cordes organise pour l'occasion (!) un festival les 26 et 27 juin au Point Ephémère avec une tête d'affiche impressionnante : entre autres, Benoît Delbecq, Marc Ducret (notamment dans sa dernière formation autour de textes de Kafka), le guitariste et chanteur Ned Evett, et, bien sûr le maître d'œuvre Franck Vigroux. Impossible à manquer !
Par ailleurs, le site du label sur lequel on trouve toutes les références discographiques et plein d'autres chose encore :
www.digitruc.com

Et le site perso de Franck Vigroux sur lequel on trouve des interviews réalisés par lui-même de quelques musiciens de sa bande :
www.franckvigroux.fr.st

Et encore les pages perso de Michel Blanc et d'Hélène Breschand où l'on peut entendre des extraits de leurs derniers albums respectifs :
www.myspace.com/michelblanc

http://helene.breschand.free.fr/

 

Le site perso de Franck Vigroux

 Nos autres chroniques

 Réagissez à l'article !

 Sommaire de la rubrique

 

LES NEWS

PARTENARIAT

PUB