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9h30. Un matin
froid du mois de février. Un bar en face du Centre Pompidou. Je
rencontre Fugu, la veille se son départ pour le Japon où il va
donner une série de showcases pour des radios. Une poignée de
mois après la sortie de son dernier album, Mehdi (alias Fugu)
parle de son nouvel opus As Found, de ses influences, de
Paul Mc Cartney et de Brian Wilson. Bref, une bonne discussion
pop s'engage.
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Tu as sorti ton second album à la fin de l'année dernière,
pourquoi presque 4 ans de silence entre le premier et celui-ci ?
J'ai eu besoin de ce lapse de temps, j'avais déjà des idées pour
cet album mais entre temps, j'ai quitté mon premier label et il
fallait repartir sur de nouvelles bases. Niveau écriture, c'est
vrai que les morceaux existaient depuis un certain temps.
Ce temps de gestation t'a permis de tout reposer à plat.
Oui, pendant ce temps, j'ai avancé seul avec de nouvelles
maquettes en essayant de trouver quelque chose de nouveau par
rapport au premier disque. Ensuite j'ai envoyé mes maquettes à
Tahiti 80 qui m'ont proposé d'enregistrer l'album dans leur
studio.
Tout ça part de maquettes que tu enregistres chez toi ?
En fait, je voulais vraiment faire un truc seul. Je voulais
enregistrer tous les instruments. L'idée principale était
d'avoir une musique de groupe enregistrée seul comme Todd
Rundgren a pu le faire avec `Something
Anything´. Au bout d'un
moment, je me suis retrouvé un peu coincé et c'est à ce moment
que j'ai envoyé mon travail à Tahiti 80.
Justement, quelle a été la collaboration avec Tahiti 80 sur
ce nouvel album ?
Tahiti 80 a co-produit l'album. On a retravaillé les structures,
Xavier (n.d.l.r. Xavier Boyer, chanteur et compositeur de Tahiti
80) m'a fait écrire de nouveaux refrains, de nouveaux ponts.
En fait, ce n'est pas ta première collaboration puisque tu
avais déjà eu des liens avec le groupe anglais Stereolab.
Simon Johns (bassiste de Stereolab) m'avait proposé de jouer de
la basse sur mon prochain album, à l'époque où on tournait avec
Stereolab aux Etats-Unis (tournée relative au premier album).
J'ai rebondi sur l'occasion et c'est donc lui qui fait la
plupart des parties de basse sur As Found.
La première chose qui marque à l'écoute de ton disque, c'est
ton attachement à la mélodie dans tes compositions. Comme on a
déjà pu te le dire, il y a quelque chose de fort qui te lie avec
des artistes comme Brian Wilson ou Paul McCartney. Qu'est ce
qu'ils t'ont apporté en tant que songwriter ?
Le rapport avec Brian Wilson sur cet album se verrait plutôt du
côté de la production. On est allé fouiller vers les productions
des Beach Boys des années 70 quand leurs morceaux avaient
quelque chose de moins dense qu'à l'époque de Pet Sounds. En ce
qui concerne Mc Cartney, j'ai été influencé par sa période
post-Beatles et bien entendu par les harmonies vocales très
importantes dans la musique de ces deux artistes.
Pour une fois, ce ne sera par la fameuse question Lennon ou
Mc Cartney mais plutôt Wilson ou McCartney ?
Je dirais Mc Cartney car il a une vision plus optimiste des
choses.
Quelles sont les chansons qui te bouleversent le plus chez
l'un et chez l'autre ?
`I Went To Sleep´
et `Wake The World´
des Beach Boys, composées par Wilson.
`Tomorrow´
et `Junk´
de Mc Cartney pendant sa période Wings. Ces morceaux sont des
perles et ils ont ouvert de nombreuses portes mais il reste
encore beaucoup de très bonnes choses à écrire.
On parle beaucoup des années 60, Beach Boys, Beatles. Est-ce
qu'il y a actuellement des artistes ou des groupes récents que
tu affectionnes particulièrement ?
J'ai beaucoup aimé Hal (groupe pop irlandais) que j'ai découvert
très récemment. Je me rends compte que je n'en écoute pas
tellement en fait…
Que penses-tu de la nouvelle scène rock venant de Montréal
comme Arcade Fire ?
J'ai bien aimé leur album, ça m'a fait penser aux Pixies et à
Pulp. A vrai dire, ce n'est pas la musique vers laquelle je me
dirige naturellement même si je peux apprécier les chansons.
Revenons à ta musique, la chanson Here Today ouvre
l'album, c'est une chanson ensoleillée, positive, dans une
ambiance très californienne. Comment se passe le processus
d'écriture de tes chansons ?
Pour `Here Today´
par exemple, l'idée est venue après avoir un film de Jacques
Rozier, `Adieu
Philippines´. C'était
bizarre car après le visionnage, j'ai vraiment eu l'impression
de saisir quelque chose, le film n'a absolument rien de
californien puisqu'il se déroule en France mais c'est un
ressenti. Une fois que l'inspiration vient, je m'efforce
d'accoucher du morceau dans le quart d'heure qui suit. C'est
quelque chose de très fugace.
Est-ce qu'il t'arrives de fredonner une mélodie dans la rue
et retenir l'idée pour en faire une chanson ou écris-tu
uniquement lorsque tu face à face avec ton instrument ?
Ca m'est arrivé une fois en sifflotant mais en général j'écris à
partir de la guitare ou du piano.
Qu'est ce qui t'as poussé à écrire des chansons ?
C'est venu naturellement. Je me suis rendu compte que de bonnes
choses sortaient, des mélodies nouvelles. Je crois que j'ai
commencé à écrire vers l'âge de 15 ans, quand je découvrais les
Beatles, leurs mélodies. On se rend compte que la mélodie et le
rythme sont essentiels.
Straight From The Heart est une chanson qui te définit
très bien. La mélodie et les sentiments sont très présents.
Est-ce que cette chanson raconte Fugu ?
C'est entre les deux, à la manière d'un écrivain, à la fois
autobiographique et fictif. Pour ce morceau, j'ai été chercher
du côté de Carol King tout en y ajoutant un récit personnel.
`Straight From The Heart´
est une partie d'un ensemble qui exprime une vraie sincérité.
Justement, tu exprimes tes sentiments par l'anglais. Est-ce
pour une question de sonorité ?
L'anglais plutôt comme un instrument de musique. Il ne peut y
avoir d'interdit à partir du moment où c'est bien utilisé, bien
joué. C'est un choix parmi une multitude quand tu fais un album.
Est-ce que tu pourrais coller un ou plusieurs adjectifs sur
ton nouvel album ?
On va plutôt parler de mots. Je dirais
“ la découverte de
l'interprétation ”.
J'avais un peu délégué ça sur le premier album, je m'étais un
peu reposé sur les instruments, l'arrangement. Ce nouvel album
est un recul par rapport au premier. Je voulais me reposer sur
la savoir faire des producteurs et je me suis concentré sur le
chant et les instruments.
Comment jauges-tu l'accueil de ton disque, au niveau des
ventes de disque, de la presse ou des concerts ?
L'accueil est bon. Je crois que c'est réussi. J'ai eu de très
bonnes chroniques. Ce disque ne touche pas que les amateurs de
musique indépendante. Je me suis aperçu que j'avais été cherché
du côté de la musique populaire des années 70.
Est-ce que tu attends des opportunités venant de l'étranger
pour ta musique ?
On attend encore des réponses des Etats-Unis et de l'Angleterre.
Je suis curieux de savoir ce que mon nouvel album va produire
dans les pays anglo saxons par rapport au premier. Pour le
moment, le Japon est le seul pays où mon disque est
commercialisé en dehors de la France. D'ailleurs je pars demain
pour Tokyo pour des showcase radio.
As-tu prévu une tournée française pour As Found ?
Oui, on a plusieurs dates prévues en Province mais pas encore de
réelle tournée. On est dans l'attente pour quelque chose de plus
complet pour des dates en Province.
Propos recueillis par Nicolas Lordier,
le 3 février 2006
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