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L'esprit Gnawa

de l'Afrique au reste du monde

La réalité gnawa est très complexe, leur origine est incertaine, les rites peu codifiés varient d'une région à l'autre du Maroc…

 
L

es Gnawas seraient les descendants d'africains originaires du Mali du Niger, du Soudan et de la Guinée arrivés au Maghreb à des dates mal connus, très reculées ou même plus récentes. La culture gnawa est un syncrétisme, qui mélange des apports africains, berbères et arabes. Les gnawas se sont organisés en confrérie très tôt et se sont assignés deux rôles, un rôle thérapeutique et un rôle spirituel à travers le chant, la musique et la transe.

Les rites gnawas sont très influents au Maroc depuis toujours. Ils ont leur corolaire en Algérie avec les Bilaliya, en Tunisie avec les Stambali et beaucoup plus loin il y a le vaudou haïtien et le candemblé brésilien.

Les cérémonies gnawas sont portées par des musiciens et un maître chanteur. Le gembri (luth tambour en peau de dromadaire et boyaux de chèvre ), les qarqabus (castagnettes en métal) et les tambours accompagnent la voix du maître qui scande des paroles dans différentes langues connues et moins connues ; des mots arabes et berbères cotoient des mots africains et d'autres intraduisibles par les gnawa eux-mêmes.

Aujourd'hui, la musique gnawa inspire de nombreux artistes et ceux-ci n'hésitent pas à marier ensemble toutes sortes d'influences musicales et de styles comme le reggae, le rock ou le jazz.

Fidèle à cet esprit, le groupe Gnawa spirit mené par Abderrahim H'mamou représente bien cette tendance world music : métissage et partage, rencontre et brassage.


- D'où es-tu originaire ?
Abderrahim Hmamou - Je viens du sud du Maroc. C'est une petite ville entourée par le désert et les montagnes, non loin de Ouarzazate qui s'appelle Agdz. Je suis arrivée en France en 2002 et j'ai monté mon groupe Gnawa spirit peu de temps après.

- Quels sont tes liens avec la musique Gnawa ?
A.H. - Au maroc, je jouais principalement la musique traditionnelle de ma région- la musique ahouach et Akllale. On joue avec des tambours, des dondons (de grands tambours) ; on chante en berbère sur Dieu, la nature, l'âme, le bien et on tape des mains. Un jour, j'ai assisté à une cérémonie gnawa, j'ai de suite été attiré par la musique, la danse m'a amené à la transe et à mon réveil j'ai ressenti un grand soulagement. Ces musiques ont leurs racines en Afrique noire et je me suis vite rendu compte qu'il existait un lien entre les musiques de mon village et les musiques gnawas. C'est pourquoi, il m'a été assez facile d'apprendre à jouer au gembri et des qarqabus. J'aime ces instruments de musique car ils sont vieux comme le monde, ils sont entièrement fabriqués avec des matériaux naturels comme le bois, des boyaux de chèvres.

- Parle nous de ton groupe Gnawa spirit ?
- On est 7, il y a deux marocains, une espagnole, deux français et une malienne. Chacun apporte sa touche. On fait des créations qui s'inspirent de la musique gnawa, tout en ajoutant des rythmes plus contemporains comme la flute iranienne, la guitare, le saxophone, le derbouka. On mélange donc des rythmes orientaux, africains, espagnols. Je chante en arabe et en berbère.
En fait, je me sens à l'aise avec la musique gnawa car elle est propice aux mélanges des cultures. Par exemple, j'ai chanté avec Keziah Jones, Jean-Louis Aubert, Cheikh Tedien Sec, Amina, Ayyo et Gnawa diffusion.

Propos recueillis par Soria Yaya

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