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Disque d'une rare teneur poétique et de voltiges mélodiques. Les
amoureux des paroliers de la “ chanson française
” ne peuvent
qu'en être ravis. Le grand public le connaît de manière plus
feutré après le succès de l'année dernière
“ Qui nous deux ? ”
par M., alias Matthieu Chedid, comparse qu'il côtoie depuis une
dizaine d'année. Certains penseront à Gainsbourg, à Brassens,
voire à Ferré pour les textes qu'il tisse, mais le blues plane
et enivre la posture du verbe lyrique. D'une carrière d'une
trentaine d'année, atypique, déroutant, notre expectative ne
l'attend pas là où cet expérimentateur de l'écriture musicale
vagabonde. On compte aujourd'hui seize albums, dont cinq solos,
et ce dernier “ Vertiges des lenteurs
”. Tour à tour
improvisateur et poète, il décline les mots sous toutes les
formes de musique : jazz, bues, rock ou électro. Guitare,
harmonium et piano accompagnent la volière des sons. Déjà en
1995, un de ses précédents disques solo, qui l'avait déjà fait connaître
dans les vagues autour des quelques cercles d'initiés,
s'intitulait le bien nommé " Nous dormirons bien mais mal ". Ou
plus confidentiel, apparu seulement en cassette encore à
l'époque Aimer l'eunuque avant de glauquer (1982).
De sa première audition avec son ami Colombo en
1976, chez Castel dans le St Germain mythique, qui le propulse
comme agitateur de la résistance créatrice, il mentionne trois
influences majeures en se présentant comme un punk lettré :
la jazz-woman Carla Bley, Robert Wyatt et le combo d'Alan Vega,
Suicide. En 1980, il créera avec ses amis Phil Gaz et Bruno
Tollard, le combo “ Un Département ”. Toujours parallèle à la
vie urbaine, il en appelle à une verdure assoiffée qui prend
souvent le large parmi les productions de la scène free qu'il
côtoie avec la création de ce Combo. Entre Orléans, Belleville
et New York, où il se remarqua à une de ces idoles, rien que
moins qu'Alan Vega, dans un des mythiques clubs CBGB's, ces
déclamations poétiques sur fond électro-acoustique ne laissera
pas d'impressionner. Son rayonnement montre l'expérience d'une
infatigable errance.
Le texte de présentation de son album sur son site
www.marcelkanche.com donne le ton du personnage :
« Mademoiselle, Madame, Monsieur, Evitant depuis toujours les agitations festives Aujourd'hui comme de cette résistance Contemplatif devant la métamorphose de l'humus à la vie Un sourire paisible dans les rides J'écrivis du haut de mes cinquante ans Vertiges des Lenteurs »
Le chant tour à tour feutré et exclamatoire nous emporte dans
ces insignifiances énigmatiques de l'ordinaire. Apre et vorace,
la voix lente avance rognée dans des montures de rimes. Ces
textes sont de véritables écrins. Avec Kanche, la chanson est
intégralement poésie. Pour exemple le texte “ Jamais indemne
” :
« Rongé par l'absence J'ai lancé des confettis Des laps de tendresse Jeté des dates dans les lacunes
J'ai effleuré des fragments d'idylles Frôlé des amours minuscules…
Ou encore “ A l'orée de toi ” :
Des étoiles s'effritent Sur les mottes de glaise Des lucioles oscillent, se heurtent aux réponses Sentiront nous du bout de la pulpe L'ocre des terres, le gris des pierres »
La grande tradition de la chanson à texte n'est pas morte.
Marcel Kanche contredit toutes les catégorisations pour les jeux
et autres véhicules des métaphores. Les images n'en sont pas en
reste, puisque le livret sur la face inverse des textes offre
des photos d'enfance : sur l'un d'elles, à la craie, nous
pouvons lire une ironie sagace de M.K. cette idée tient-elle
toujours ? La mélancolie et la souffrance ne gâchent pas l'envie
de ces traces. On ne saurait trop vous recommander ces moments
d'intenses bouffées poétiques.
Dimitri Jageneau
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