
Live,
Hot'n'Blue
J.J. Milteau
Universal Music France
ean-Jacques Milteau, (J.J. semble faire plus américanisé) est musicien du blues, originaire de Paris avec une âme noire, trempée dans le marais de Louisiane. Il apprécie « le temps partagé » qui est la quintessence « de l'irremplaçable caractère de la musique live. » Donc, M. Milteau a sorti son treizième album intitulé Live, Hot n'Blue, une compilation des enregistrements en direct avec des musiciens bien choisis. Ceux qui imaginent une œuvre immergée dans des rythmes tempérés de la nuit à la Blue Note, se trompent drôlement, car cet album est bien le contraire : l'art de Milteau se retrouve dans la chaleur d'un artiste pur-sang qui transforme ses moyens en centrale thermique et secoue les puces chez son audience. Moyens traduits par gouttes de sueur, brûlure des notes, extension des cordes vocales avec une grande portion de passion pour la musique qui fait du bruit et qui laisse vibrer nos contemporains les plus crispés.
Son outil pour enthousiasmer auprès de son groupe d'accompagnement prestigieux est son harmonica. Quand Bob Dylan était le vent de l'ouest, Milteau est l'ouragan Katerina face au niveau de sa maîtrise avec une vitesse absurde, qui lui permet même de donner des cours pour cet instrument. De plus, il ne chante pas le blues comme Robert Johnson, mais plutôt comme lui-même, faire semblant d'être descendant direct de la capitale du Blues, Memphis à Tennessee. Un probable charme cachottier du centre du jazz européen (Paris) est pratiquement non évident, vu que le vrai blues âcre est toujours en transit. Ayant submergé ses racines culturelles, Milteau dit de lui-même qu'il s'est ouvert préférablement vers " le monde ", avant tout sur un niveau musical. Et ça s'écoute : Francis Marmande du Monde estima de cet album « un show parfait : gai, groove, grave, blues, rock en diable, mené par un dandy de banlieue…». Un jugement extravagant, bien qu'on ne puisse pas nier ses influences afro-américaines qui se rassemblent parmi ses propres compositions et ailleurs. Comme Ray Charles disait « Je suis aveugle, mais on trouve toujours plus malheureux que soi…», Milteau pourrait dire « Je suis français, mais on trouve toujours plus américain que moi…» en soulignant sa tendance passionnée vers le blues pur et épaissi.
Une telle musique manque logiquement la mélodie, car c'est la sueur qui règne et pas la beauté. Un besoin violent de crier, de jeter ses soucis ou ses joies à l'audience qui réagit comme dans un processus du purgation : l'oscillation audible est en osmose avec l'enthousiasme de ceux qui écoutent. Et ce renversement technique et aussi culturel comprend finalement le charme entier de Live Hot n'Blue. Un univers tellement contrecarré par la fascination d'un propre style qui génère des émotions et réveille le corps qui n'a tout à coup que l'envie de bouger dans le tempo enflammé par un secret trouvé habituellement au-delà du delta du Mississippi.











