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Bugge Wesseltoft

MOVING

le partage d’une nouvelle conception du Jazz


 

Après “ Sharing ”, Bugge Wesseltoft continue à filer la thématique empruntée au Bescherelle version britannique, avec “ Moving ”, son nouvel album. Plus sérieusement, ce troisième album du “ New conception of jazz ” et treizième du label Jazzland  , (enregistré live en studio) montre que la synthèse personnelle, tentée par le claviériste norvégien, entre jazz et électronique, ne cesse de s’affiner. Si le premier album du “ New conception of jazz ”, la formation de Wesseltoft, s’ouvrait à grand renfort de riffs cuivrés tendance hard-bop par un “ Somewhere in between ” presque rentre dedans, “ Moving ” offre à l’auditeur une musique qui évolue de manière beaucoup plus subtile
Le présent album est donc moins baroque, moins écrit et plus clair dans son propos. Bugge (prononcé beugueu) privilégie ici une approche minimaliste de cette fusion électrojazz Avec lui, nul risque d’avoir à supporter d’interminables solos. Le scandinave privilégie l’efficacité sur la prolixité. Sur scène chacune de ces interventions au clavier est précédée de manipulations destinées à obtenir le son qui servira le mieux la musique. Il résume d’ailleurs très bien ce parti pris esthétique . “ Je voulais créer d’autres contextes, plus portés sur la danse, où les solos deviennent secondaires par rapport au rythme et la mélodie ” .
L’intervention d’Hakon Kornstadf, un comparse saxophoniste, sur “ Yellow is the colour ” est bien dans cet esprit. Son solo s’intègre à la dynamique de l’ensemble sans monopoliser l’attention. Ce qui est en soi une proposition intéressante. Quoiqu’arrivant tardivement, il se pose comme s’il participait au morceau depuis le début. Tout le contraire de certains solistes qui semble avoir ouvert la porte du studio à l’instant même avant de se ruer sur le micro sans plus de cérémonies.
Ne faisons pour autant pas les grincheux et réjouissons nous de ces six morceaux  enregistrées au Bugges room, le studio fondé en plein cœur d’Oslo par Wesseltoft .Tantôt mélodique avec “ Lone ”, suspendu comme “ Heim ”  ou encore invitant à la danse avec les rythmes house et les boucles obsessionnelles du titre éponyme , “ Moving ”présente une bonne partie de la palette sonore du “ New conception of jazz ”. Trait d’union entre ces titres : le même caractère épuré, le jeu fin entre imbrication des lignes acoustiques et électroniques et recherche de climats aérés. Seul écueil, le jeu si subtil dont fait preuve sur scène le batteur Anders Engen en portant une attention toute particulière à ce que chaque style de frappe (baguettes, balais ou paumes des mains) induit comme climat, perd de sa dimension avec l’enregistrement, se confondant avec les beats électroniques.
Mais ceci ne saurait pour autant déteindre sur le plaisir que présente l’écoute de ce disque et surtout la réécoute qui apporte à chaque fois son lot d ’idées restées inaperçues. Le fait que cet enregistrement se soit réalisé live en studio n’est sûrement pas étranger à ce plaisir. Si l’on peut parler d’un sens d’écoute au sens où l’on parle d’un sens de lecture, celui de cet album ne se présente pas dans la linéarité d’un propos guidé par Bugge au piano et soutenu par ces acolytes mais davantage dans le jeu de va et vient des idées entre les différents musiciens. C’est pourquoi , si dans la forme la musique de Bugge tend vers l’électronique , elle conserve le trait d ’ esprit qui caractérise le jazz.
Alexandre Duval
 


Même le New York Time l’affirme : la scène jazz européenne est beaucoup plus inventive et créative que celle de sa mère patrie. Et ce n’est pas Bugge Wesseltoft qui fera mentir le quotidien américain.
Elevé au son des disques soul-funk de son père guitariste d'easy listening et des études de piano classique au conservatoire de Trondheim, ce norvégien amorce une plongée dans le monde sacré du jazz et y crée une mini-révolution. Avec une culture jazzique solide et un goût prononcé de tout ce qui ce fait en club, il nous surprend par ses sonorités exceptionnelles. Ce ne sont pas les puristes-jazz ou les fan de musique électronique qui diront le contraire. Après que certains aient tenté des improvisations basées sur le jazz et les procédés d'écriture empruntés à la tradition classique européenne, Wesseltoft et le trompettiste Nils Petter Molvaer prennent le relais en explorant de nouvelles directions. Ils mélangent sans complexes différentes tendances électronique plus ou moins commerciales et des harmonies plus classiques.
Avec Sten Nielsen, il fonde Jazzland. Sa volonté initiale était de créer un label pour produire ses propres disques puis ceux de ses amis. Au fur et à mesure, un catalogue des plus intéressant s’est constitué avec une dizaine de références, chacun explorant ses propres territoires.
A la suite de A new conception of Jazz en février 97 et Sharing en mars 99, Bugge Wesseltoft continue à s’immerger dans ce courant dont on peut dire qu’il en est le fer de lance : l’electro-jazz. Après deux ans de tournée européenne et écumant les festivals de jazz, le pianiste et son groupe enregistre MOVING dans des conditions live. Chaque morceau est développé en studio par les musiciens au fur et à mesure des prises. L’album est fabriqué avec les instruments acoustiques de base (piano, basse, batterie) et les samples utilisés sont composés chaud ; « La chose la plus difficile à réaliser, explique Wesseltoft, est de parvenir à créer et développer une forme très claire qui s'imbrique dans un processus qui a plus à voir avec la tradition des jam sessions. Il s'agit d'un dosage très précis, pour éviter de sombrer dans les clichés inhérents à ces deux courants musicaux ». Le résultat obtenu présente des titres de plus de 10 minutes, laissant s’installer des ambiances pouvant rappeler la deep house. « C’est la concrétisation d'un travail, d'une histoire, d'un ensemble de choses élaborées par un collectif qui joue et tourne depuis plus de deux ans et demi. Quelque chose de mouvant, forcément » résume l’artiste.
Présenté le 3 juin dernier au festival de Jazz du Parc Floral de Paris puis le 16 au La Défense Jazz Festival, Bugge Wesseltoft met le feu au poudre. Ayant essayer une forme musicale qui soit plus en adéquation avec ses goûts et choix personnels, il fait danser le public ;  pour le musicien, le pari est gagné. Car, au-delà des questions théoriques, il s'agit surtout d'une sensation extraordinaire. Pour le passage du studio à scène, les instruments électroniques (Wesseltoft se sert d’un clavier et est assisté pour les samples) ajoutent un supplément de groove et une nouvelle dimension au son ; le beat est encore plus puissant, encore plus dansant.
Moving, par Bugge Wesseltoft, est à découvrir d’urgence. .
Céline Berger

 

 

Le site de Jazzland rec.

Bugge Wesseltoft, l'interview

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