AFRIQUE
Le retour aux sources comme avenir ?
(de « Bisso Na Bisso » à Salif Keita)
D
e part et d’autre le tempo d’Afrique donne souvent le « la » de l’évolution
musicale. Plus encore dans les moments transitoires ou creux, le retour aux
racines ouvre régulièrement un nouvel horizon. Entre le « beau » règne anglo
saxon répétitivement commercial et la petite Europe soumise ( la « chanson
française » gardant sa force et sa spécificité ! ) , du rap au Hip Hop en
passant par le funk ou la soul, le rythme aux couleurs de la Terre enivre la
planète. Et l’embarras du choix reste manifeste. Alors que Fabe sortait il y a
peu un grandiose maxi ( Warner/Capital Record ) réunissant de nombreux
rappeurs, venus du Congo, Freeman d’IAM enregistrait son duo avec Khaled, pendant
que Cheb Mami et Kamel envisageaient de marier le continent noir et la scène
algérienne. A croire que le Hip Hop entendait à juste titre trouver son second
souffle au travers des musiques africaines. Ce n’est pas une première! Le
chanteur Passi avec son album Racines ne cachait pas quant à lui son désir
le plus sincères et revendiqué de revenir à la source. Arrivé à l’âge de sept ans
en France, il affirmait il y peu avoir été choqué par une sorte d’appropriation
du Rap par l’Occident. Et pas seulement du Rap. Le nom de son groupe « Bisso Na
Bisso » affichant nettement la « couleur », ce terme signifiant en langue
congolaise « entre nous ». Ce concept allait ainsi permettre quelques superbes
rencontres avec des artistes majeurs de la musique Afro Antillaise. Qu’il
s’agisse de Papa Wemba « and co », ou de Ismaël Lô. Sur lequel nous reviendrons,
au regard de la place toute particulière et « intermédiaire » qu’il occupe. Quoi
qu’il en soit l’objectif de Bisso Na Bisso était clair. Celui du métissage mais
dans la version originale ( et « d’origine » ! ), un tempo authentiquement
brésilien n’étant pas sans apparaître de façon sous jacente. L’Afrique, le
Maghreb, le Brésil . . le bon sens doit avoir le dernier mot. La musique aura le
monde pour pays.
Une autre scène semble se constituer en parallèle, précisément à l’image
d’Ismaël Lô, à mi chemin parfois entre notre « variété » (la couleur du timbre
vocal faisant entre autres la différence . . ) et des sonorités plus typiques.
Et l’on songe ainsi à Wasis Diop ( « Toxu » / Mercury ) ou Kadja NIN ( « YA3 /
BMG – Vogue ). Et dans une moindre mesure Salif Keita (« PAPA »/Metro
Blue-Capital Record). Ce dernier relevant de « l’inclassable » au regard de sa
personnalité « unique » et d’une voix absolument hors normes. Assurément, ces
artistes invitent à un bain de jouvence opportun notre bonne et (un peu trop)
vieille Chanson. Et tout le reste. Mais plus qu’un retour aux sources, à l’image
de Passi pour « l’Afrique » elle même (au sens « large »), toute cette musique
semble surtout contenir dans sa grande palette de couleurs multiples comme un
supplément d’âme de dimension universelle. Alors que notre société capitaliste
tendance mercantile et médiacratique impose depuis peu la Foi et Dieu comme
ingrédients du nouveau siècle, il n’échappera à aucune oreille suffisamment
attentive que cette élévation participe depuis longtemps de la thématique
majeure de ces musiques « d’Afrique » ( Côte d’Ivoire, Sénégal, Congo…). Ainsi,
dans sa chanson « Mama », extraite du Disque déjà cité ( titre aussi d’un single
de Khadja NIN !), Salif Keita évoque-t-il Dieu sans détour, avec amour et
pudeur. Et le plus sincèrement qui soit. Chose constituante de tout ce CD et
souvent de son œuvre… »le mariage est basé sur la confiance et le commun accord
et c’est ce qui plaît à Dieu… » nous chante-t-il. Il reste à souhaiter que
l’accord soit « majeur » sur le plan musical entre l’Occident et les Continents
noirs. Et le mariage durable. Le fond sonore de la nuit de noce étant tout
trouvé…
« Bisso Na Bisso… » entre nous soit dit…
Guillaume BOUCARD