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C'est ce que vous appelez un instrument à montrer dans Résonances ?

Oui, c'est un instrument que l'on va montrer dans Résonances. Ce sera même un petit peu le clou du spectacle à la fin de la semaine avec un concert avec Bernard Lubat. Lubat c'est un grand musicien de Jazz qui c'est toujours régalé à jouer avec des instruments différents. Là il va jouer avec un instrument que l'on appelle le Continuator qui est un instrument qui a été développé chez Sony en partenariat avec nous dans le cadre ce projet Quidedado. Il va donc s'amuser à piéger la machine, en quelque sorte, avec des motifs dans le style Jazz.

Où vous situez-vous, dans le cadre de ces projets technologiques, par rapport à ce qui est développé en matière de musique électronique 'grand public', comme ces nouvelles platines numériques destinées aux DJ ?

C'est très lié. En fait ce que l'on a vu apparaître dans la musique à d'une part inspiré certaine recherche - d'un point de vu instrumental. Et en même temps on a retrouvé un certain nombre de technologies, de sampling, de synthèse, de boucle, qui avaient été développé bien avant que la musique électronique existe. Ce qui fait, que même si musicalement, l'IRCAM reste fondamentalement lié à la musique contemporaine, d'un point de vu technologique, nous sommes liés également à la musique électronique. Historiquement, en aval comme en amont, il y a cette convergence vers ces instruments qui ont été redécouverts par la musique électronique. C'est pour cela que la semaine dernière nous avons organisé les Rencontres électroniques avec Technopole. Esthétiquement, nous sommes encore assez éloignés, même si des musiciens comme Laurent Garnier s'intéressent de près à ce que nous faisons. Mais ce n'est pas cela qui est le plus important. On ne peut pas faire semblant d'être autre chose que ce que l'on est. L'IRCAM est une institution qui reste dans les marques de Pierre Boulez et de la musique savante. On a une étiquette et on l'assume. Mais ce qui nous intéresse c'est de faire justement de la musique savante avec des musiciens techno. Avec des gens qui veulent aller à fond dans l'exploration du son, dans la création de nouveau instruments. Là, il y a un gros chantier. C'est pour cela que dans Résonances il y a cette association avec Ars Longa et Glazart dans le cadre d'un concert sur un sujet qui est le retour à l'analogique. Ce sera la nuit analogique, avec des synthé qui imitent les anciens instruments analogiques des années 60.

Justement, par rapport à ce concert, comment agencez-vous Résonances pour le grand public ?

La semaine, les interventions intéresseront surtout les scientifiques ou tout au moins le public qui s'intéresse aux nouvelles technologies, artistes branchés, musiciens professionnels,... Le week-end sera plutôt réservé au grand public- avec des portes ouvertes, des concerts et des ateliers qui lui sont spécialement dédiés. Une douzaine d'instruments - que je qualifierais de chimériques, parce que l'on sait qu'ils ne seront jamais destinés au grand public - seront présentés dans ce cadre. Il pourra jouer avec et découvrir les contrôles qu'il pourra avoir avec la machine (pression de la main, température des doigts, mouvements, etc.)

En rapport avec ces présentations instrumentales auprès du public, comme cette chaîne Hi-Fi du futur que vous nous avez décrite. Aujourd'hui très peu de gens savent utiliser réellement un equalizer, sur une chaîne. Alors comment envisager des choses aussi complexes pour le public ? Quelle est votre approche… pédagogique, dans ce cadre là ? Par le jeu ?

Le jeu a son importance, bien sûr. Un peu à la manière des consoles de jeu. De toute façon, tôt ou tard, elle sera bientôt confondue avec la chaîne Hi-Fi. Cette problématique du jeu fait parti de nos recherches logiciels à l'IRCAM. On a d'ailleurs un partenariat avec le CNAM et l'Ecole supérieure de l'Image d'Angoulême dans le cadre d'un DESS sur les jeux vidéo. C'est quelque chose qui nous intéresse d'un point de vu technique comme faire rentrer de la synthèse ou des modèles physiques en temps réel dans les jeux, pour l'éducation musicale. Comment se fait une hauteur, comment je fais un accord, comment je gère l'intensité et créer des rythmes. Ce sont des expériences que l'on a menées avec des professeurs de l'éducation nationale et justement, dans le cadre de Résonances on va présenter ce premier logiciel, Music Lab destiné à l'éducation musicale. 

Il sera en vente au public ?

Oui tout à fait. Il est dans une configuration internationale et l'année prochaine la version plus spécifiquement française, élaborée justement avec l'Education nationale, sera alors disponible.
Je reviens sur l'exemple de l'equalizer, qui pose problème justement parce qu'il n'offre pas une bonne perception de sur quoi il agit. C'est peut-être parce que le public ne visualise pas nécessairement sur quoi il agit, qu'il a du mal à l'appréhender et donc à pouvoir le paramétrer.

Pourtant tout on souhaite tous en avoir un. Et régulièrement, quelque soit le type de musique, on le retrouve dans la configuration du " V ", c'est-à-dire les aiguë et surtout les basses poussés au maximum. A offrir toutes ces possibilités, ne risque t'on pas de conforté le public dans les stéréotypes d'écoute ?

C'est le fait de la musique que l'on écoute. C'est ce qu'on nous fait écouter à la radio, c'est ce qui est diffusé par les maisons de disques. C'est vrai qu'à force on a tous envie, les jeunes surtout, à pousser les basses. Même si c'est une chanson de Véronique Sanson ou de France Gall, qui n'a pas forcément besoin de Treble Bass, on va les mettre, au risque de déformer la voix.

Dans idée de console Hi-fi qui devient aussi console de jeu, où l'utilisateur peut changer les paramètres, on a tendance à faire disparaître l'œuvre en tant que telle.

A l'IRCAM, on croit fortement que l'œuvre est aussi un programme. C'est historique. Jusqu'à des excès où la musique était composé que pour des ordinateurs et se confondait complètement avec des programmes informatiques. Scheffer c'était çà. Aujourd'hui les musiciens n'en sont plus là. Ils se servent de l'ordinateur pour fabriquer des sons et tester des idées, mais en générale, ils ne les gardent pas. Ou alors ils gardent les bug du programme parce que cela les excite d'un point de vu artistique ou ils gardent les quelques éléments qui leurs paressent intéressants pour le retravailler.

Ce n'est pas clore une esthétique ?

Non, parce qu'il y a une multitude d'esthétique par programme. On peut faire un programme de musique ethnique ou de musique ancienne avec un travail sur les percussions par ordinateur. Le compositeur aura toujours la possibilité de figer une version de son œuvre. Avec plus ou moins de flexibilité en fonction de l'exigence d'écoute qu'il souhaite avoir. Cela dit, déstructurer la musique, après une période de jeu et d'apprentissage de l'utilisateur, va finir par lasser.

Quel type de relation souhaitez vous développer avec le public ? 

Pour l'instant on a une vision très simpliste du public de Résonances . En gros on a un public scientifique, un public de musiciens professionnels et un public d'amateur de musique. On a architecturé Résonances comme cela. Maintenant si on mélange tout cela pour voir que sera le nouveau public de Résonances sur le long terme, je pense qu'il y a toute une frange de public jeune, proche des musiques électroniques, qui est justement susceptible d'utiliser ces nouveaux outils pour l'écoute et la création. On est un peu dans cette mouvance des festivals d'arts et musiques électroniques. Mais c'est encore un peu tôt pour le dire. On l'espère.
Nous on a envie d'une part de travailler, d'une part, avec les formateurs, les professeurs de musiques aux travers des Music Labs, et d'autre part travailler avec des artistes expérimentateurs ou d'avant garde dans leur domaine . Ce n'est pas l'avant garde boulezienne, c'est l'avant-garde de toutes les musiques c'est à dire de ceux qui veulent aller plus loin dans une exploration à la fois esthétique et technologique de la musique.

J'ai envie de vous taquiner. Y a t'il encore une avant garde Boulezienne ?

Non. Parce que même Boulez ne fait plus du Boulez. On en est plus là. C'est assimilé, c'est de l'ordre de l'historique.

Plus sérieusement, laissez-vous une place à l'acoustique traditionnelle dans le cadre de ces rencontres ?

Oui bien sûr. Ce sera encore plus l'année prochaine puisque nous serons alors en partenariat avec le SATIS et le Forum du son multi-canals. Nous sommes très ouverts aux ingénieurs du son, aux acousticiens, Cette année il y aura déjà de l'acoustique parce que nous considérons le haut-parleur comme un instrument, c'est un moyen de contrôle sur le son. On va voir des choses intéressantes en matière d'acoustique comme le Cube, qui est une invention de l'IRCAM. C'est un haut-parleur multidirectionnel qui envoi du son dans quatre ou six directions.

La Thimée ?

Oui, c'est la Thimée. Vous la verrez dans différents endroits dans des concerts et dans le cadre d'une installation de Louis Dandrel, dans l'escalier de l'IRCAM. Un de ces cubes est installé de manière permanente au Mont Saint-Michel. Un autre sera installé au Théâtre du Rond-point pour les sonneries des entractes. Ce cube à l'intérêt de pouvoir diriger le son dans l'espace avec un seul haut-parleur en jouant sur le rayonnement du son en se servant des murs pour faire des renvois. Il y aura également un dispositif du MIT qui transporte du son par des faisceaux laser. C'est assez impressionnant parce que cela permet d'envoyer du son à un endroit précis, sans qu'on puisse l'entendre d'ailleurs. Dans le cadre de Résonances il y aura d'autres dispositifs comme l'holophonie, où les haut-parleurs font partie intégrante des murs ; à la manière de ce qui avait été imaginé par Jacques Tati, ce qui permet d'avoir une spatialisation 3D du son.

Quel type de résonance souhaitez vous dans les @xé libre et dans les médias ?

Je ne sais pas encore ce que va devenir Résonances dans l'avenir. Est-ce que cela va devenir un salon ou une grosse foire avec que de la technologie auquel cas cela risque vite de nous échapper. Comme pour Imagina, lancé par à l'origine par l'INA. Mais pourquoi pas. Mais je crois qu'on va essayer de garder l'idée de rencontres et de regards analytiques sur la création musicale contemporaine, quitte à paraître parfois un peu brouillons. C'est cela qui nous intéresse. On risque d'avoir pas mal de critique de la part de la presse à ce sujet. Ce n'est pas grave. C'est une volonté de notre part de prendre ce risque là. Il importe pour nous que le public ressorte de là avec une meilleure compréhension de ce que dans l'avenir il va pouvoir faire avec la musique. C'est une vision du futur que l'on veut proposer.

 

Propos recueillis par Patrick Herrmann
et Jean-Pierre Robert, musicien
Octobre 2002

 


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