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Ne
vous y méprenez pas. The Strokes n'est pas l'un de ces groupes
appartenant à une époque lointaine dont vous auriez subitement oublié
l'existence. Si le nom, de par ses consonances, évoque une période où
les "The..." (The Smiths, The Pogues, The Stones...) s'amusaient
à faire de près ou de loin du rock'n'roll, The Strokes est bel et bien
un groupe d'aujourd'hui, américain, new-yorkais même, qui sort ces
jours-ci son tout premier album.
De mouvance punk/rock, il se dégage de
ce "Is This It" un sentiment étrange, celui d'assister à la
naissance, avant même avoir passé l'épreuve du temps, d'un groupe
culte. D'un côté, ces quatre new-yorkais, d'à peine plus de vingt ans,
et de l'autre, ces chansons et ce son complètement intemporels. D'un
côté des trognes ahurissantes de charisme époque The Doors et de
l'autre cette musique, qui semble vouloir dire que, justement, en musique,
aucune page ne sera jamais tournée, parce que l'inspiration est
maîtresse et reste affranchie des modes et des styles.
Pour les
comparaisons, c'est en lorgnant du côté du Velvet que l'on pourra se
faire une idée de ce à quoi trait le groupe. Le chant du Mister
Casablancas n'est d'ailleurs pas sans évoquer le Lou Reed de l'après
Velvet, la patate en plus. Car le registre y est plus large, tantôt
langoureux, allègre, posé puis agressif, mais jamais violent. Et de tous
les points de vue cette musique là a su éviter les extrêmes, les
emprunts de toutes sortes. Le tout est d'un naturel bluffant, et pourtant,
encore une fois, cet étrange sentiment. Le son, peut-être, pourrait
alors expliquer cette alchimie musicale ; il est si parfaitement
authentique, et le chant si habilement passé au "vieux
transistor". Merveilleux. Le mieux, c'est encore de les écouter
jouer.
Vous serez excusés d'adorer les "Alone, Together",
"Is This It", Trying Your Luck" "Someday" ou
autres "Barely Legal". En d'autres termes, l'album rock le plus
éblouissant de cette rentrée.
Philippe
Castera
Janvier 2002 |