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Ta Parole


Le Procès-verbal de la 7e édition du festival...

...qui s'est déroulé du 12 au 14 juin 2009, à Montreuil sous Bois,
à la maison de La Parole Errante...

Chez Voynet-la-verte, on trouve un festival biodégradable, sans conservateur et sans édulcorant, frais comme un vin des bords de Loire, charpenté comme un bourgogne ; t'as ma parole ! Ce festival c'est du élevé en plein air, label rouge et noir.

 

L'esprit d'un festival, c'est celui d'un train où certains artistes établis font office de locomotive pour d'autres à la visibilité moins évidente. Cet esprit, hélas, trop souvent disparaît au profit d'une logique plus simple de produit d'appel pour Office de Tourisme en mal d'inspiration.

Ta Parole, pour sa 7ème édition , est resté fidèle à cette idée première, celle de la rencontre, du partage et du mélange. Le festival s'est déroulé à Montreuil sous Bois à la maison de La Parole Errante un hangar reconverti, historiquement accolé au studio de Georges Méliès, tôle ondulée et charpente métallique. Dans une ambiance punk équitable, entre meeting anarchiste et soirée familiale, un retour sur quelques moments forts de ces trois jours de musique francophone.

Tout d'abord un satisfecit spécial aux techniciens, le son et la lumière étaient excellents, sans la manie détestable des subwoofer qui déforment les basses jusqu'à l'enflure, le respect de la musique dans son intégralité harmonique. Une autre mention spéciale au bœuf-carotte purée bio fait maison.

3 minutes sur mer : Un guitariste et un chanteur accordéoniste entament avec ce dialogue de Nikita : « La société est bien faite, elle met des uniformes aux connards pour qu'on puisse les reconnaître ». Une gueule de marin sans bateau, héros d'un film de Fassbinder, bien que dans un registre complètement différent la voix de Guilhem Valayé n'est pas sans évoquer celle de Pierre de Trégomain, gracile et dense à l'expressivité forte et mobile.
À noter cette magnifique chanson évoquant le plaisir à prendre « Cupidon à l'envers », émouvante et tendu comme le désir croisé d'être différent. 3 minutes sur mer c'est une promenade sur les longues plages de sables jaunes du nord de la France, un ciel bas et lourd, un horizon gris turquoise, un chocolat chaud qui fait des moustaches aux mômes !

Nicolas Joseph : Nicolas crie et la clarinette basse ! Formule originale que la présence d'une clarinette basse pour ces chansons à tu et à moi. L'univers gentil, entre Broussaille et Caliméro de ce poète lucide qui fêtait ce soir là la sortie de son premier disque avec la présence de tas d'invités surprise.

Barcella : Guitare jouet et tenue de clown, Barcella, un ton à la grand Jacques, voix grinçante et humour nasillard. Ce groupe au chanteur charismatique qui incarne un personnage sympathique et maladroit, vivant dans un monde tsigane de pavillon nous embarque et nous entraîne dans l'arrière boutique, ici Monsieur fait le ménage, là il règne prince consort du royaume de Little Némo. Si genre "métal" alors sous genre "lettre à la poste", une finesse d'écriture, une maîtrise du mot, un Boris Vian slameur, à voir ! Sortie du cd prévue janvier 2010.

Les Ongles Noirs : Entre Twinemen et Noir Désir, un cirque baroque d'hommes à tête de chien et de femmes pantin, la phraséologie punk des paroles nous raconte l'éveil de Kimbeley Clark aux plaisirs SM, l'absurde de l'avenir, sombre et électrique.

Jeanne Garraud :
C'est une grande maison,
Peut-être un pavillon,
Un piano au milieu du salon,
Une femme en use le son.

Sur son rocking chair une femme se demande ce qu'elle a compris à l'amour. Ça sent la lavande que l'on met entre les draps au fond d'une armoire pour qu'ils sentent bon. Un concert sur les retrouvailles et sur les adieux. Il y a dans Jeanne Garraud la finesse étrange d'une argentine aux yeux bleus, chansons des petites choses, du goût de l'eau... Un dialogue sensuel entre deux femmes, entre le piano et les percussions, entre la France et l'Argentine.

Sarcloret : Dont Renaud dit : « La meilleure invention suisse depuis les trous dans le gruyère », notons au passage que le gruyère n'a pas de trous. Sarcloret c'est le gynécologue amateur, hétérosexuel convaincu mais non pratiquant qui explique pince sans rire en 10 raisons pourquoi il préfère sa guitare à sa femme. Une espèce de dandy qui balance les pires horreurs avec l'air de pas y croire, le regard étonné de l'avoir dit : « Y'a pas de petite bite, y'a que des gros cons ».
Pierre Desproges qui chante et qui joue de la guitare, humour noir à froid, il organise une votation sur la plus belle pierre tombale, chante une chanson raciste, contre l'homme ! Un texte magnifique de sensibilité sur le viol, un chant typiquement breton écrit par un garagiste ardéchois sur le sens du vent et le gland du goéland, sic, la lutte des classes entre verre à moutarde et verre à Nutella. À écouter avant de se pendre, ça fait changer d'avis !

Il y avait aussi, mais je n'ai pas assisté aux concerts de ces artistes : Jacques Bertin, Mouss et Hakim origines contrôlées, Babx, Balmino, Rue de la Muette, Gallina la Lupa et Daniel Hélin.

Texte : Yan Pradeau
Photos : Alain Dodeler

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