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Ce groupe tchèque formé de musiciens hors pairs (il y en a des années de conservatoire à la Tchèque derrière), d'artistes tendance Combas en moins chargé, a l'imagination débridée. UZ JSME DOMA excelle, après avoir visiblement digéré les subtilités musicales du passé lointain et proche, à proposer des compos toutes plus surprenantes les unes que les autres.
On attaque avec des polyphonies vocales pour terminer sur un punk débridé et extrêmement bien joué, multipliant les breacks, les contretemps et les riffs décoiffants.
Avant de les voir au Spirit of 66 (B., Verviers), je n'avais jamais entendu parler d'eux. Il est vrai que la musique venant de l'Est reste assez peu diffusée dans nos contrées. " A l'Est que du nouveau " pourrait on dire en arrangeant le titre de l'admirable bouquin de E.M Remarque (1928), tant la production occidentale actuelle ne surprend plus à moins d'aller farfouiller dans des labels obscurs. Il est vrai qu'à force de classer le rock dans des genres (prog, hard, métal, space, glam, indé…), on finit par s'y enfermer ne laissant que peu d'espace d'expression aux musiques nouvelles.
Des pays de l'Est commencent à nous parvenir des trucs sympas, différents comme After Crying, regroupement hongrois, jouant un habile mélange de classique et de rock, mais UZ JSME DOMA, c'est la claque ! Impossible de rester indifférent tant les sons sont riches et les harmonies souvent complexes, glissent dans vos oreilles sans accroc. Bien qu'on soit continuellement interpellé, aux aguets en tentant de raccrocher ces sons si cohérents à des choses connues, à du rassurant. Le temps de réfléchir et on se retrouve dans un autre monde.
Les chants en tchèque mais aussi en français, y sont aussi pour quelque chose. Parfois puissants comme dans Magma, ils sont aussi religieux, rapides ou funs sur certaines sonorités Punk Ska. Même en en essayant de décortiquer cette musique, de la disséquer, la surprise est constante. On ne sait même plus quand applaudir, quand les morceaux commencent ou s'arrêtent ! Le fait de les regarder jouer épuise. Le préposé à la rythmique et accessoirement à l'unique clavier (ou l'inverse) a branché ses mains sur du 10 000 volts.
On ne les voit plus bouger et les doigts survolent les cordes à mach 5, de quoi faire pâlir l'ensemble des groupes de punk ! Au détour d'un riff, le bassiste nous balance sans en avoir l'air des séries d'arpèges comme le ferait un Yannick Top. Dans son coin, le guitariste répond dent pour dent, œil pour œil aux riffs de la rythmique. Et comme cela est trop simple, le batteur ne s'amuse qu'à contre
temps…
Parfois tous s'unissent devant leur micro et ce sont des hurlements de hordes slaves qui envahissent la salle. Et dans ce maelström musical construit et cohérent, aucune bavure, aucune note de trop ne viennent salir leur Œuvre. C'est plus que de la musique, c'est une sorte d'aboutissement sonique où l'âme slave est fort présente, ne serait ce que par les passages rappelant le répertoire populaire. C'est beau, ça marque, ça fait réfléchir, en résumé c'est génial et surtout c'est à découvrir absolument.
Frédéric Loridant
(texte et photos)
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