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20 ANS, 
UNE GUERRE
ET APRES ? 

QUELLES PERSPECTIVES POUR LA JEUNESSE BOSNIENNE ?

« Après avoir appris à survivre, il faut réapprendre à vivre » . La guerre est arrivée et tout a changé. Privée d’une enfance ou adolescence à laquelle chacun devrait avoir droit, les enfants qui ont connu une telle épreuve doivent trouver la force de se dire « Ce n’est pas cela la vie »… En Bosnie ou aux quatre coins du monde, les conséquences sont les même sur les civils : difficilement oubliables, et surtout, bien souvent irréparables.

Bosnie-Herzégovine (BiH), hiver 1995-1996. La guerre est enfin finie mais le pays est ravagé politiquement, économiquement et avant tout humainement. Lorsque l’on a vécu pendant quatre ans dans la peur et la haine de l’autre, il est alors difficile de se dire qu’il faut tout recommencer. Et pourtant, le temps est passé : dix ans déjà. Alors que la plupart des adultes ont vu bien souvent leur existence, ainsi que leur situation économique et sociale complètement bouleversées, les jeunes de Bosnie ont du démarrer leur vie en essayant de faire abstraction de leur enfance ou de leur adolescence. Quelles sont alors les perspectives d’avenir dans un pays encore largement marqué par les séquelles de ce conflit ethnique ? Quels sont les attentes et espoirs de ces jeunes Bosniens ? Quelle est leur vision du monde ?

Une jeunesse meurtrie et démoralisée
Les jeunes, âgés de 15 à 30 ans, représentaient 24% de la population en 1991 ; en 2000, leur proportion restait équivalente . Pourtant, parmi les 250 000 victimes du conflit, 16 500 étaient des enfants auquel s’ajoute 1 500 orphelins, et 1 000 handicapés. D’autre part, selon le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), entre 1996 et 2001, 92 000 jeunes ont quitté le pays en raison de la situation difficile en cette période de transition de l’après-guerre. Aujourd’hui encore, selon ces statistiques officielles, plus de 60% des jeunes souhaiteraient quitter la Bosnie s’ils en avaient l’opportunité, et un sur quatre souhaiterait le faire définitivement. Et pourtant, s’ils veulent partir, ils n’en aiment pas moins leur pays. La situation économique est trop aléatoire , il n’y a pas assez d’emplois qualifiés, et l’environnement politique trop déprimant. « Je suis trop fatigué pour rester et essayer de changer les choses » disait Amar, 24 ans, réfugié en Norvège pendant la guerre. Il était rentré à Sarajevo pour voir sa famille, passer son diplôme, puis est reparti en Norvège pour trouver du travail.

Leurs sentiments sont donc partagés. Habitués et attachés à leur mode de vie communautaire, à leur ville et à leur pays, ils sont pourtant découragés par cette situation de crise qui n’en finit plus. Cependant, le départ dépend essentiellement de leur capacité financière puisque le coût de la vie des grandes villes occidentales reste largement au-dessus de leurs moyens. De surcroît, l’obtention des visas, principalement pour l’espace Schengen, reste un parcours fastidieux. Les documents exigés ainsi qu’une somme d’argent importante limitent les possibilités de départ. Et même pour ceux qui étaient réfugiés pendant la guerre, les dispositions pour acquérir la nationalité du pays d’accueil restent très restrictives. 

1- Si vous en aviez l’opportunité, souhaiteriez-vous partir de BiH 
et pour quelles raisons ?

(Source : UNDP report, Youth in BiH, 2003)

40% des jeunes veulent partir pour des raisons économiques. Selon le Human Development Report 2002 du PNUD, les enfants et les jeunes sont identifiés comme l’un des groupes sociaux les plus vulnérables affectés par le chômage et la pauvreté. Les jeunes trouvent peu d’opportunités de se réaliser : ils n’ont guère de chances de trouver un métier qui corresponde à leurs aspirations. Lorsqu’on lui posait la question « Quel métier souhaiteriez-vous faire ? », Jasanka répondait « Je n’aime pas vraiment rêver car cela fatigue ici… On prend ce que l’on trouve, en essayant plus ou moins se rapprocher de notre formation ». Autre aspect inquiétant du comportement de ces jeunes : leur faible dynamisme créatif. Selon ces mêmes statistiques, seuls 18% d’entre eux tentèrent de créer leur propre société. Au sein de ce groupe, 10% abandonnèrent en raison d’un contexte trop difficile : procédures onéreuses et compliquées, ressources financières insuffisantes, taxes et contributions trop élevées. Il en résulte que la plupart trouvent des sources de revenus dans le marché informel en occupant divers petits emplois. C’est justement le manque de viabilité de leur pays qui pousse ces jeunes à partir. On constate trop souvent ce sentiment de frustrations en raison de cette absence de toute perspective.

Un système éducatif encore ségrégationniste
L’imbroglio de la structure politique et administrative de la Bosnie-Herzégovine se répercute dans tous les domaines. Ainsi, la République de Bosnie est divisée en deux entités et un district, possédant eux-mêmes leurs propres gouvernements, auxquels s’ajoutent ceux des dix cantons de la Fédération Croato-Musulmane. Il y a donc jusqu’à quatorze ministères pour un même service dans ce pays. Cela se trouve effectivement être le cas pour l’Education. Chacun de ces ministères est libre dans le choix de l’enseignement de ses programmes scolaires et universitaires. 

Cela engendre ainsi deux problèmes. D’une part, l’enseignement est divisé et bien souvent utilisé à des fins de propagande, perpétuant cette spirale de la différence ethnique et de la haine de l’« Autre ». Après la guerre, les institutions éducatives furent divisées en trois systèmes séparés et la responsabilité pour les politiques d’éducation fut déléguée aux niveau des deux entités. Conséquemment, il en résulte l’absence de mécanismes de réintégration du système éducatif divisé. De plus, le contenu des programmes et des livres fut un problème majeur. Pendant de nombreuses années, les livres des trois systèmes ne firent que de petites ou même aucune référence à l’histoire et à la culture des autres nations . Leur interprétation des évènements récents est en accord avec l’interprétation politique dans leurs communautés respectives.

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Elo B

Notes : 
1) Sur une population totale de 4 377 033 en 1991 et de 3 781 000 en 2000.
2) Il faut à cet égard souligner l’action reconnue de l’ONG Obrazovanje gradi Bosnu i Hercegovinu (« L’Education construit la BiH ») fondée et présidée par J. Divjak. http://www.ogbh.com.ba/ 
3) 19% de la population vit sous le seuil de pauvreté dont 15,6% en Fédération Croato-Musulmane (FBiH) et 24,5 en République Serbe (RS).
4) Ils doivent fournir une lettre d’invitation d’une personne résidant et de la nationalité du pays dans lequel ils veulent se rendre, ainsi qu’une lettre attestant qu’ils rentreront en BiH, leur relevé bancaire; verser environ 50 € qui ne sont pas rendu si la demande est rejetée, et enfin passer un entretien avec le consul ou la personne en charge des visas.
5) Ainsi, plus de 50% de la population se trouverait sur le marché informel.

En savoir plus :

L'Ex-Yougoslavie dix ans après Dayton publié chez l'Harmattan

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Medjugorje, le cas de l’apparition de la « Vierge Marie » en Bosnie-Herzégovine

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