Dans une ville où esthétique rime avec standardisation, l’art nouveau floral
est vite rejeté par l’opinion. L’urbanisme parisien conformiste s’accommode
mal de son individualité. Pourtant Guimard comme Louis Sorel ou Théo Petit
sont dans une phase d’intense création. De ce goût pour le concept décliné,
les édifices que l’on peut encore admirer aujourd’hui possèdent des détails
magnifiques : portes ciselées, descentes de gouttière historiées... Les
appartements de Guimard rue Agar (voir
photo)
arborent des balcons en fer forgé d’un dessin très rigoureux, variant pour
chacun. Une preuve de raffinement pour des ensembles que l’on a
précipitamment taxés de mauvais goût.
En véritables disciples du rationalisme, ces architectes cherchent à faire
ressortir les volumes des façades par leurs motifs originaux. Ils doivent
libérer les ouvertures, les baies vitrées, afin de leur donner une
indépendance par rapport au reste de l’élévation. C’est déjà l’annonce des
préoccupations de l’architecture moderne, essentiellement volumétrique. Les
thèmes abstraits des entrées de métro réalisées de 1899 à 1903, procèdent de
la même volonté. Trois modèles sont réalisés ; ouvert, couvert et fermé avec
guichet de vente de billets. Malheureusement, seuls les deux premiers
subsistent (voir photo 5).
Même si des décorateurs reprennent les canons art nouveau pour l’aménagement
de boutiques, d’enseignes de magasins, le style est à présent largement
discrédité. Louis Marnez réalise en 1900 l’agencement du restaurant " chez
Maxim’s ", mais le cœur n’y est plus. L’art nouveau floral semble être renié
par ses instigateurs, qui en reviennent à des projets plus sages, gênés par
leur propre création. La salle de concert Humbert de Romans que Guimard
avait élevé est détruite dès 1905, dans l’indifférence générale.
A la même époque, une seconde branche de l’art nouveau s’épanouit en France.
Elle propose une autre approche de l’architecture, plus cohérente mais toute
aussi en rupture. Elle a absorbé les acquis du style végétal, pour ensuite
le dépasser et atteindre la modernité. Pour l’heure, Axé Libre vous laisse
arpenter le pavé de Paname, les regards aiguisés à la recherche de ces
témoins du vingtième siècle naissant.
Gunther Ludwig