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Aux sources de l’architecture moderne
L’Art Nouveau Floral
(1ère
partie)

Paris est souvent célébrée pour l’unité de son architecture. Pourtant, loin de
l’urbanisme Haussmannien, l’orée du vingtième siècle a ébréché le mythe avec
l’apparition d’un style en rupture avec le passé : l’Art Nouveau. Cet article
destiné, cher lecteurs, à vous donner l’envie de lever le nez lors de vos
déplacements dans la capitale, est l’occasion de redonner son importance à ce
qui a parfois été nommé " art nouille " de façon péjorative. L’art nouveau, dont
la durée de vie est très courte (de 1895 à 1910 environ), n’est pas seulement
l’expression des arts plastiques en architecture. En marge des entrées de métro
archétypales - et non moins superbes - d’Hector Guimard, c’est un courant qui a
contribué à jeter les bases de l’architecture moderne. Même si cet article est
restreint à Paris, l’art nouveau est un mouvement d’ampleur européenne, dont les
contenus sont très différents selon les figures qui l’animent.

| Définir
l’art nouveau, c’est en revenir à ses pères. Cette mouvance, qui entend
dépoussiérer l’architecture Beaux-Arts, doit beaucoup à Eugène Viollet
le Duc. Plus connu pour son activité de restaurateur que pour son
travail théorique d’avant-garde, il développe une pensée rationnelle qui
suppose deux principes : la franchise dans l’emploi du matériau,
l’adéquation de la forme à la technique et à la fonction du bâtiment.
L’art nouveau est issu de cette démarche constructive, qui souligne la
destination et la structure par l’ornementation. Il est la manifestation
d’une foi dans le progrès industriel par un mode de représentation
inédit. De cette genèse doit naître un urbanisme d’avenir, fruit d’une
architecture harmonieuse.

39 av Victor Hugo (Ch. Plumet 1912-13) |

19 rue La Fontaine (H. Guimard 1911)
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A ce terreau intellectuel viennent
s’ajouter les influences mêlées du postimpressionnisme tel le japonisme
des Nabis, ou encore les céramiques de Lalique à décor végétal. L’art
nouveau s’inscrit bien dans une perspective propre à la fin du 19e
siècle. Il est l’aboutissement d’une recherche sur le croisement des
sciences et des arts appliqués.
Le premier exemple de ce
syncrétisme est celui du Castel Béranger (voir
photos) de Guimard. Projeté d’abord comme une construction
néo-gothique, son auteur en fait un vrai manifeste. Bâti de 1897 à 1898,
l’immeuble mélange la brique et la pierre, le fer forgé et la fonte
moulée. Tout y est dessiné et prévu par Guimard ; les ornements de
masques aux traits japonais, les lignes courbes des huisseries et des
balcons, les fenêtres en saillies ou bow-windows. Jusqu’à une extrême
finesse dans les détails des grilles de ventilation et des soupiraux.
Avec cette réalisation, l’architecte reprend l’exubérance de Victor
Horta à Bruxelles, et invente à Paris l’art nouveau floral.
Il est suivi sur cette voie par Jules Lavirotte qui, à cause de projets
tapageurs, montre les incertitude du renouveau sur ses objectifs. Ses
immeubles, aux ornements végétaux redondants, tombent dans l’excès de la
décoration. Pour le Ceramic Hôtel (photos 3 & ?), il utilise les
briques blanches recouvertes de grès Bigot flammé représentant des
plantes grimpantes. Pour surprenant qu’il soit, cet abus ornemental
laisse ne parvient pas à masquer son manque d’innovation sur la
structure de la construction.
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photo 6 : 8 rue Agar (H. Guimard)

photo 5 : Station de métro Abbesses (H. Guimard)

photo 3 :34 av. Wagram (J. Lavriotte 1904)
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Dans une ville où esthétique rime avec standardisation, l’art nouveau floral
est vite rejeté par l’opinion. L’urbanisme parisien conformiste s’accommode
mal de son individualité. Pourtant Guimard comme Louis Sorel ou Théo Petit
sont dans une phase d’intense création. De ce goût pour le concept décliné,
les édifices que l’on peut encore admirer aujourd’hui possèdent des détails
magnifiques : portes ciselées, descentes de gouttière historiées... Les
appartements de Guimard rue Agar (voir
photo)
arborent des balcons en fer forgé d’un dessin très rigoureux, variant pour
chacun. Une preuve de raffinement pour des ensembles que l’on a
précipitamment taxés de mauvais goût.
En véritables disciples du rationalisme, ces architectes cherchent à faire
ressortir les volumes des façades par leurs motifs originaux. Ils doivent
libérer les ouvertures, les baies vitrées, afin de leur donner une
indépendance par rapport au reste de l’élévation. C’est déjà l’annonce des
préoccupations de l’architecture moderne, essentiellement volumétrique. Les
thèmes abstraits des entrées de métro réalisées de 1899 à 1903, procèdent de
la même volonté. Trois modèles sont réalisés ; ouvert, couvert et fermé avec
guichet de vente de billets. Malheureusement, seuls les deux premiers
subsistent (voir photo 5).
Même si des décorateurs reprennent les canons art nouveau pour l’aménagement
de boutiques, d’enseignes de magasins, le style est à présent largement
discrédité. Louis Marnez réalise en 1900 l’agencement du restaurant " chez
Maxim’s ", mais le cœur n’y est plus. L’art nouveau floral semble être renié
par ses instigateurs, qui en reviennent à des projets plus sages, gênés par
leur propre création. La salle de concert Humbert de Romans que Guimard
avait élevé est détruite dès 1905, dans l’indifférence générale.
A la même époque, une seconde branche de l’art nouveau s’épanouit en France.
Elle propose une autre approche de l’architecture, plus cohérente mais toute
aussi en rupture. Elle a absorbé les acquis du style végétal, pour ensuite
le dépasser et atteindre la modernité. Pour l’heure, Axé Libre vous laisse
arpenter le pavé de Paname, les regards aiguisés à la recherche de ces
témoins du vingtième siècle naissant.
Gunther Ludwig
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.Photos :
Frédéric Nerrière
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132 rue de Courcelles
(T. Petit - 1907) |
60 rue La Fontaine (H.Guimard - 1911) |
photos 1 & 2 : Castel Béranger 14 rue La Fontaine (H. Guimard 1896) |
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