Je vais honteusement profiter de ma position idéale pour vous parler de la culture Gaúcha, au lieu de l’analyse sociologico-graphique de “Armaggeddon” que j’avais promise. Déjà ça part mal, je vais commencer (mince, j’ai déjà commencé) par parler de moi.
La culture Gaúcha
La culture Gaúcha est principalement composée du tabac, du blé et du soja. On trouve quelques plantations de betterave et de canne à sucre dans le nord-ouest. Dans le sud de l’Etat, les champs de riz sont quant à eux privilégiés.
The end.
Voila, c’est en ayant été une fois de plus davantage ridicule que spirituel que j’entame mon premier article sur Artmaniaque (franchement, Artmaniaque, très bon, surtout après un boeuf bourguignon, ouarf). Nous allons à présent pour de vrai de vrai parler de la culture Gaúcha :
La culture Gaúcha
La culture Gaúcha (masculin “culturisme”) se pratique en général dans les Academias, ou salles de musculation. On y voit tout un tas de beaux jeunes gens suant et roulant les muscles, c’est d’un goût esthétique discutable pour nous gringalets européens, mais qui ne va pas à l’Academia est considéré homosexuel (j’ai envie de dire pédé, plus expressif, je peux ?), encore qu’on y retrouve une bonne partie desdits pédés. Je n’ai aucun préjugé, simplement ici c’est comme ça. T’es macho ou t’es “viado”. Très bête donc, et on confirme avec le barman du Lipe (le bar en bas de chez moi), qui a compensé ses trois mots de vocabulaire (dont “salut” et “tchau”) par deux douzaines d’oeufs journalières, des biscuits de créatine sans sucre et une troisième place aux derniers championnats brésiliens de culture (masculin culturisme). Une perle.
Vous aurez compris que j’ai décidé d’être relou et de pas faire de cadeau à PERSONNE ! Donc cette fois on y va pour la VRAIE culture, celle avec les tableaux et les petits anges tous nus qui lancent des serpentins ! (on m’avait dit de ne jamais répéter une blague, mais j’en fait qu’à ma tête.)
La culture Gaúcha
Sauf que, mes bons amis. Le Brésil à 500 ans tout rond d’histoire, et l’Etat du RS n’a été colonisé qu’à partir de 1626, par des jésuites espagnols (auteurs des seules ruines de l’Etat indiquées sur des guides, et qui ne valent rien du tout). Il fut attaché au Brésil en 1777 seulement, après de longs conflits avec l’Espagne qui revendiquait le territoire, qui possède des frontières avec l’Uruguay et l’Argentine. Donc pour la culture samba et berimbau, on repassera. Il y a deux siècles, les Allemands et dans un degré moindre les Italiens se sont pointés, se sont installés, et se sont adaptés plus ou moins.
Ce qu’ils ont gardé

La fête de la Bière
Les maisons bavaroises (visitez mon site et voyez les photos de Gramado, ville de poupée tranquille et romantique).
La blondeur et le beauté de leurs femmes (chaque Miss Brésil depuis dix ans est Gaúcha, ainsi que Gisele Bundchen pour ceux qui connaissent...)
La rigueur au travail. Nous pouvons en parler un peu plus : les autres Etats du Brésil, principalement ceux du Nord qui ont des problèmes avec l’alphabétisation et l’emploi, accusent les Gaúchos d’être plus ou moins méprisants et fiers. Le fait est que les trois Etats du Sud du Brésil (Paraná, Santa Catarina et RS) sont ceux où le niveau de vie est le plus élevé, tout comme le taux d’alphabétisation et d’éducation. Les grandes villes paraissent européennes, le sentiment d’histoire en moins et avec des rues larges à l’américaine. Ils ont un sentiment de responsabilité avec l’économie du pays (si le Brésil est le plus évolué des pays du Tiers Monde, c’est surtout grâce à São Paulo et aux Etats du Sud, et d’ailleurs ça les saoule un peu de jamais avoir de touristes alors que c’est eux qui font tout le boulot.)
Pourquoi ils n’ont pas de touristes ?
1) La majeure partie de la surface de l’Etat sert pour l agriculture, fer de lance initial du développement du Sud. Les plaines fertiles et à la végétation clémente (pas de jungle) abritent le réservoir de viande d’un pays immense, favorisent la production de céréales, de tabac et de vins.
2) Les plages sont d’immenses bandes de sable (on peut d’ailleurs de LA plage du RS), très exposées au vent et l’eau y est en général trop froide pour y passer tous ses week ends. Pour les plages exotiques, les touristes sont tous dirigés (avec raison) vers les plages paradisiaques qui vont du Rio Grande do Norte à Bahia.
3) Porto Alegre se présente comme la “Capitale culturelle du Mercosul”, et quand on y pense on a mal pour eux. Une foire aux livres par an, quelques musées de leur courte histoire, et bien sûr quand même le Forum Social Mondial, qui se passe tous les ans ici (sauf en 2004, Julien super content). Reste que le théâtre y est bien développé et que le nombre de cinémas est conséquent par rapport aux autres villes du Brésil et de la région. Conclusion, l’accès à la culture est très bon, mais rien qui puisse attirer quelqu’un de l’extérieur. C’est dommage car il y a quand même des faits intéressants. A commencer par le Gaúcho en lui-même.
Le Gaúcho de base
Le Gaúcho de base est macho. Ça, c’est dit. Et il s’agit pas de le contrarier la-dessus. On ne rigole pas avec trois choses, que sont sa mère, l’argent et sa femme. Le Gaúcho est fier de ses origines paysannes (les fameux peões), et est expert dès l’âge de douze en l’art du bon barbaque, ou “Churrasco”. La viande qu’il prépare est surtout du boeuf (“bife”), et comme le dit Giovane, un churrasco sans “costela”, c’est pas un churrasco. J’insiste sur la viande car je n’en ai jamais mangé autant qu’ici, ni d’aussi bonne. C’est d’ailleurs la seule spécialité culinaire valable de la région, la gastronomie brésilienne restant encore à l’étude. Disons que l’on mange beaucoup de choses très bonnes, mais que porter la cuisine à l’état de plaisir ou d’art (luxe très européen) n’est en rien une préoccupation, et pour cause : la réalité du Tiers Monde n’est pas loin. Important : couper le bestiau avec un gros couteau, sinon ça veut dire que t’en as une toute petite. (Attention : “macho” ne signifie pas la même chose que pour nous, ça se rapproche plutôt de “viril”. Notre macho à nous se dit “machista”).
Le Gaúcho de base ne se prive jamais de regarder une femme de pied en cap mais exprimer son appréciation rester à la limite du bon goût. Fait étrange, le Gaúcho de base est jaloux au dela du raisonnable. En société, on ne parle pas de sexe ni d’homosexualité. Des hommes s’embrassant choquent. Les femmes sont terrifiées à l’idée que les gens pensent d’elles qu’elles sont “vagabundas”, volages. L’apparence est plus qu’importante, elle est essentielle. Coluche disait “En France on a des idées sur les moeurs à peu près là (en montrant le plafond) et des pratiques à peu près là (en montrant le sol). Au Brésil, c’est EXACTEMENT l’inverse. Tout le monde peut savoir tout, l’important c’est que personne n’en parle.
Le Gaúcho de base est toujours mieux que tout le monde, et ça nous irrite parfois, allez savoir pourquoi. (Peut-être que la réputation d’arrogance des Français est méritée après tout). Donc on récapitule : le Portugais est la langue la plus sophistiquée du monde, et la plus belle, avec le plus de formes de conjugaisons possibles. Forcément ils aiment pas que nous on dise la même chose du Français J. Leurs femmes sont les plus belles (je décide de le leur accorder). Et surtout, ils ont une histoire de guerriers luttant pour l’indépendance façon William Wallace qui les a beaucoup marqués.
L’Histoire
Curieusement, l’Histoire originelle (mentionnée plus haut) avec les guerres contre l’Espagne n’est pas trop dans les mémoires ni dans les bouches. D’ailleurs les premiers à lutter pour cette terre n’étaient ni brésiliens ni Gaúchos, mais “les Portugais”. “Notre” Histoire atteint ses heures de gloire lors de la Révolution Farroupilha, où les dits soldats farroupilhas affrontèrent l’armée impérialiste du Brésil Monarchique (le Brésil était indépendant depuis 1822) pour conquérir leur indépendance, et perdirent. De nombreux héros et dates en sortirent glorifiés, et de nombreuses villes (Bento Gonçalves, Pedro Osorio, 15 de Novembro, 3 de Maio...) portent leurs noms, du fait que de nombreuses villes aient moins de 100 ans...
Entre 1835 et 1845, les colons de la province du Rio Grande de São Pedro, écrasés par des impôts injustes, et oubliés des investissements de l’Empereur, menèrent le soulèvement le plus long de l’histoire du pays. Motivés par les principes de la Révolution Française de 1789, les Gaúchos fondèrent en 1838 la République Rio-Grandense, dont la devise fut d’ailleurs Liberté-Egalité-...Humanité). Le mouvement atteignit plus tard la province de Santa Catarina, qui déclara à l’occasion la Republica Juliana (que je mentionne parce que je trouve ça joli) . A partir de 1842, le général Caxias profita des dissenssions entre rebelles pour affaiblir la jeune République. Et en 1845 fut signé l’armistice de Ponche Verde, dont les Farroupilhas tirèrent malgré tout de larges satisfactions économiques et sociales.
Aujourd’hui encore, en particulier lors des cérémonies de remises des diplômes d’université, l’hymne gaúcho est chanté avec une ferveur qui montre à quel point le Gaúcho aime cette terre tant disputée.
Le costume et la campagne
Le costume traditionnel (“pilcha”) est celui du peão, et d’ailleurs dans beaucoup de villes et villages de l’intérieur, on le porte tous les jours. Pantalon bouffant (“bombacha”), bottes en cuir, chapeau à larges bords et foulard rouge. J’ai eu la chance d’assister à un “rodeio”, et c’est super sympa. Ambiance fête au village (je vous fais le speaker : “Et c’est maintenant Roberto qui s’élance il va lancer il va lancer il va lancer il lance OHHLALA c’est raté il a chopé que la corne gauche”), tout le monde de costume traditionnel, et on y va pour la poursuite de la bête. C’est impressionnant la précision qu’ils peuvent avoir avec leur lasso, de boucle beaucoup plus large (diamètre entre deux ou trois mètres) que ce qu’on connait des westerns américains. Même les gamins montent à cheval et concourrent. Et à midi, churrasco pour tout le monde.
Parmi les symboles forts de la région, nous avons donc le costume trad’, le cheval, le churrasco, et le chimarrão : cette boisson (héritée des Indiens Guaranis) à base de “mate”, une herbe locale. Les Argentins le boivent froid, les Gaúchos brûlant. A chacun sa méthode préparation, mais basiquement, c’est l’eau chaude qu’on verse dans la “cúia” qui contient le mate, et qu’on aspire à l’aide de la “bomba”. Le poids des mots, le choc des photos.
Le foot
Le “futebol” est évidemment le sport qui gagne le plus d’adeptes (environ 100% du marché des amateurs de sport), car c’est bien connu, si t’aime pas le foot t’es pédé (C’est pas moi qui le dit !!). Allez dire que le sport c’est pas de la culture ! Surtout à eux... Le foot gaúcho est particulièrement bien représenté dans le brasileirão. A part les deux leaders que sont le Grêmio et l’Internacional (tous deux de Porto Alegre), la Juventude, Caxias du Sul, et 15 de Novembro ont tous leurs fans inconditionnels. Les “clásicos” déchaînent les foules sur un intervalle de deux mois : un mois avant, un mois après. Le clásico majeur est le Gre-Nal, (Grêmio contre Internacional) et il vaut mieux être dans le camp du vainqueur un lendemain de Grenal quand tu vas au boulot... L’ambiance dans la ville est électrique deux semaines avant le match, et les intox et provocations font la une des journaux quotidiennement. Chaque Gaúcho de Paratiní (extrême sud) à Curitibá (Etat de Paraná), même étant supporter de Juventude ou Figueirense par exemple, ne peut pas rester indifférent et se doit de choisir un camp. Chaque bébé qui naît reçoit automatiquement le statut de supporter du club dont son père est fan.
Parmi les stars actuelles, on cite Ronaldinho Gaúcho, (Barcelone, ex-PSG) formé au Grêmio, Diego Christian “Matador”, buteur vedette du Grêmio formé à l’Inter et ex-PSG aussi, et Nilmar, international espoir et buteur de l’Inter.
YES !! J’ai fait mon article sur le foot gaúcho en restant impartial, et sans révéler que tous les supporters de l’Inter sont une bande de macaques “bixinhas” aux pieds carrés !!! Joie.
Conclusion
Cet article aura demande à notre ami Tonio plus d’un mois d’attente, et a survécu à deux formatages successifs du PC gaúcho de mon colloc gaúcho. Sans compter qu’il a été fait tout à la main (c’est à dire sans le correcteur automatique en français de mon logiciel préféré de traitement de texte). Quant à votre serviteur, il est toujours em train de se demander comment il va conclure, si ce n’est qu’en vous disant : Le Brésil et le Rio Grande, ça se raconte mal, mais ça se vit bien !