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Carnet de route
PARIS - SARAJEVO
12 - 23 août 2005

Bosnie. Petite contrée quelque part entre montagne et mer. Sans véritable accès à la mer. Sans véritable montagne. Entre forêt alpine et plateau méditerranéen. Entre empire d'occident et d'orient, entre catholiques et orthodoxes, mais aussi bogomiles, juifs… et musulmans, bien sûr. La Bosnie, c'est un peu de tout cela, un peu rien de tout cela. C'est beaucoup plus
Pays ? Province ? Ou mosaïque de couleurs bigarrée ? Depuis combien de siècle, de millénaire, ce petit territoire, à la croisée des zones d'influences de l'Ouest et de l'Est, mais aussi du Nord et du Sud, est-il ballotté au grés des grandes marée de l'histoire ? 

Partir en Bosnie, pour moi, c'était déjà partir au delà des clichés habituels qu'on à d'ici, sur qui est loin, là-bas, au-delà de l'horizon. La Guerre. La Main Noire. Le tempérament " balkanique ". Les luttes d'influences que ce font les grands de ce monde en manipulant des peuples entiers les uns contre les autres... au résultat trompeusement baptisé de balkanisation. Mais, pour être honnête, quand Elo m'a proposée de l'accompagner, je dois bien avouer que je n'avais rien de tout cela en tête en partant vers ce là-bas. Je n'avais aucune idée de ce que j'allais y découvrir et cela m'arrangeait. Il faut un regard vierge pour découvrir. Car partir en Bosnie, c'est faire la rencontre de femmes et d'hommes, un brin désabusés mais patients. Sinon souriant, au moins le regard est clair et avenant, en attente de quelque chose. D'un meilleur. D'un avenir. D'une vie tout simplement. Aller en Bosnie c'est un peu vouloir saisir quelque chose du mystère des femmes et des hommes qui fait que, toujours, un plus un fait beaucoup plus que deux…

Patrick

Carnet de route Paris - Sarajevo, Carte

Août 2005

Depuis mon 1er séjour à Sarajevo, en mai 2002, je m'étais promis que jamais ne se passerai une année sans que j'y passe au moins quelques jours. J'avais quitté ma ville le 11 septembre 2004, après un séjour de 6 mois, la date limite approchait, il fallait donc trouver une solution. Après de maintes interrogations sur la question du transport, (comment, à quel prix et avec qui),  je proposais à Patrick de m'accompagner et donc de partager les frais de location et d'essence.
Or, ce vendredi 12 août, je devais fêter mes 25 ans, et le faire à Sarajevo mon amour était le plus beau des cadeaux. Je décidais donc de récupérer mes RTT et de prendre mes 10 jours pour partir me ressourcer avec Pat. Mais avec plus de 2000 Km, un seul conducteur et 5 frontières à traverser, le voyage s'annonçait périlleux… Que ne ferait-on pas pour aller en Bosnie...?  ;)

Départ, donc, le jeudi 11 au sortir de mon travail. Heureusement, la voiture de location est tout confort, équipée d'un bon sound system (nécessaire pour les 30 heures de route qui nous attendaient !). Nous avions prévu les provisions de nourritures & CDs... C'est parti…

Évidement, 2000 Km serait un peu long à raconter… On aurait pu parler de la recherche en pure perte du Formule 1 de Mannheim aux alentours de minuit et du détour par Karlsruhe pour trouver un hôtel à un prix abordable, mais à dire vrai les choses sérieuses ne commencent réellement qu'en Bosnie. Avant, tout se passe relativement bien : une route relativement dégagée ce qui nous permet des petites pointes de vitesse au-delà des limites autorisées (hum) ; la fameuse nuit en Allemagne (dont les autoroutes sont d'ailleurs mal fichues !) et puis l'Autriche, les montagnes, la Slovénie avec une petite pause à Ljubljana qui nous fit du bien malgré un temps grisonnant…

Mais voilà. Si Patrick s'aurait bien vu faire une pause sommeil mérité à Zagreb, je voulais absolument arriver dans la soirée à Sarajevo… pour mon anniversaire … Or, il est déjà 17h passé quand nous quittons Ljubljana, les heures de pointes, on se perd…  Heureusement, il y a une minute détente et un fou rire un peu vert quand nous croisons une voiture effectuant une marche arrière sur l'autoroute en direction d'une sortie qu'elle avait ratée ! 

Toujours sur l'autoroute, nous filons droit sur Zagreb, puis direction Belgrade. Il est 20h30 passé quand enfin nous sortons prendre une des rares routes qui pénètre en Bosnie. Évidement, c'est une petite route de campagne avec une circulation qui se densifie progressivement ; Heureusement Origin of Symmetry de Muse est là pour réveiller le conducteur car la nuit est déjà tombée… A force de se densifier, la circulation devient embouteillage puis immobilisation totale. Il nous faudra quelques minutes pour comprendre : la frontière bien sûr… Si on se doutait que cela allait être relativement long, mais on n'imaginait pas y passer plus d'une bonne heure… Pardonnez l'expression, c'était un vrai bordel ! Mais, en Bosnie (même si nous y sommes pas encore), on apprend vite la patience... 

Il est prêt de 22h quand, enfin nous entrons réellement en Bosnie. Les routes sont étroites, il fait nuit noire et bien sûr, il n'y a pas d'éclairage … Nous traversons Banja Luka (principale ville de la partie serbe de Bosnie), nous avons quelques doutes quant à la direction… Quand il y a des indications, elles sont en cyrilliques et Sarajevo est rarement indiqué… Bon an mal an, nous pénétrons dans les montagnes…La route slalome dangereusement pour s'enfoncer profondément entre crêtes recouvertes des sapins et gorges encaissées… 

Patrick commence sérieusement à être fatigué, il fait nuit noire… Et ce qu'il n'avait pas encore compris en regardant sa minuscule carte d'Europe (essayez donc de chercher à la dernière minute une carte détaillée de la Bosnie à la FNAC !), c'est que nous n'étions pas prêts d'arriver. Nouvelle surprise : au détour d'un lacet à prés de 180°, qui nous fait passer d'une vallée à une autre, la circulation est de nouveau immobilisé. On s'arrête, on coupe le moteur comme tout le monde : un accident. Deux voitures sont au milieu de la route, impossible d'avancer, il faut attendre les dépanneuses… Attendre, encore et toujours… Nous sommes bien sûr les seuls étrangers sur cette route de Bosnie perdue au milieu des forêts… 

Enfin, après 45 minutes d'attente, nous pouvons enfin repartir. On roule encore et toujours, ça tourne encore et toujours… Alors que je m'efforçais de tenir la conversation pour maintenir éveiller le conducteur, je fini par piquer du nez un moment. Je ne verrais pas la nouvelle surprise que nous réserve la route : devant nous, dans le brouillard dense qui vient de se lever, une voiture dont le pot d'échappement se met à flamber dangereusement, slalome curieusement…

Je me réveille plus loin pour un contrôle de routine de la police Bosniaque. Papier, passeport, carte grise, carte verte... Le toutim. Nous repartons sans encombre. Patrick a mal estimé la distance restant à parcourir et le niveau d'essence baisse dangereusement. Mais… nous sommes en Bosnie… Trouver une station d'essence passé minuit en pleine montagne est aussi facile que de trouver une buvette en pleine montagne suisse !

Il est 3h, quand enfin nous arrivons dans le canton de Sarajevo - mon amour… Mais, il fallait bien un dernier incident pour célébrer dignement cette arrivée ! Au détour d'un carrefour donnant sur la Sniper Allée, nous nous faisons arrêter par la police. Nous aurions franchi le carrefour au feu rouge selon eux. Un rouge qui semblait bien orange à nous yeux… Il est donc 3h30 du matin, je tente d'expliquer en bosniaque (ce qui les surprend un peu) que le feu était orange, que de toute façon nous n'avons pas de liquide avec nous, que nous voulons rentrer nous coucher, que c'est mon anniversaire… Ca prend pas mal de temps… Il devient manifeste que la contravention est en fait plus une sorte de demande de bakchich. Mais, après 15 minutes d'âpres tractations mon bagou fini par payer. Désabusés, ils nous laissent partir. 

Nous arrivons donc, harassés, chez Sébastien qui nous loge à Grbavica, dans les hauteurs de Sarajevo d'où Patrick découvre cette ville magique…

Puis, malgré la fatigue, nous décidons tous les deux de descendre boire un verre en ville. Mais voilà, nous sommes le week-end du 15 août et tout le monde est sur la côte croate : la ville est déserte, tout est fermé sauf peut-être le Clu-Jazzclub. Mais trop déprimé, nous rentrons à la maison pour une nuit de repos bien méritée…

Elo B

 

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