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« Sarajevo rassemblait majoritairement des Musulmans, Serbes et Croates, mais comprenait également cette communauté juive qui avait ses lieux de culte et son quartier, ainsi que d’autres nationalités en proportion plus minime. Dans son centre historique se côtoient, à quelques centaines de mètres, des mosquées, la vieille église orthodoxe, la cathédrale catholique et le quartier juif. Cette mixité culturelle lui valut le surnom de Jérusalem des Balkans. »
Raconter une ville que l'on découvre pour la première fois, tout
le long d'une semaine, petites touches par petites touches, quartier
par quartier, rue par ruelle, colline par hauteur, café par pekara
(boulangeries), mosquées par églises me semble aujourd'hui être
une mission impossible. Chaque endroit, chaque point de vue, chaque
moment de la journée, de la soirée ou de la nuit prend une
couleur, une saveur tellement particulière. Du centre historique Austro-hongrois
au quartier musulman en passant par le quartier juif, la citadelle
turc, la grande bibliothèque, le stade olympique, les souks, les
tramways (Sarajevo fut la première ville au monde équipée de
tramway), les parcs, les collines environnantes,... rarement une
ville n'aura concentré dans un aussi petit espace autant de
facettes différentes... Il en est de Sarajevo de comme toute les
villes singulières de ce monde. Il faut s'y perdre. A pied, en
voiture. Au delà de chaque coin de rue, les couleurs, les odeurs,
les gens, le temps peut prendre un tout autre aspect. Ou pas. En
tout les cas, il faut s'armer de patience, au risque de ne
rien comprendre de cette ville. De ce pays.
De la jeunesse attablée
le long des cafés de Stari Grad aux bergers sur les hauteurs
de Grbavica, il n'y a quelques kilomètres... Et si
les deux univers peuvent sembler discordants il s'y dégage néanmoins
la
même impression lancinante d'attente... Attente d'un ami, d'un
frère, d'une navette, d'un animal, d'un avenir, d'un espoir...
« Début 1992, les affrontements éclatèrent en BiH. Le 6 avril, lors d’une manifestation pacifique à Sarajevo contre la guerre en Croatie et celle qui commençait en Bosnie, deux civils furent abattus par des snipers. En quelques jours, des milices paramilitaires contrôlaient la ville et en quelques semaines, le siège fut mis en place. Pendant plus de trois ans et demi, ses habitants furent séparés du monde : la ville était encerclée à 360°, l’électricité, l’eau, le gaz avaient partout été coupés, le forces serbes ne laissaient entrer vivres et médicaments que sporadiquement… »
Il est difficile, de nos jours, de comprendre depuis chez nous, comment un pays, comment une ville peu reprendre vie après les affres de la guerre. Comment une ville, après avoir autant souffert d’atrocités peut-elle trouver suffisamment d’énergie pour se relever de ses blessures. Ces villes, de quelques continents soit-elles, semblent avoir quelque chose en commun. Paradoxalement, c'est dans ces pays qui ont souffert qu'on trouve les âme les plus sereines. C'est peut-être cela le sens de la guerre et du malheur
(s'il faut lui en donner un) : retrouver l’humain, au fond de soi, après
qu'il ai été dépouillé et dépossédé de tout ce qui l'engonçait
dans le quotidien pour mettre son âme
à nu. Sarajevo, n’échappe pas à cela. Bien sûr, la jeunesse
Sarajevienne, comme toute les jeunesses du monde, rêve d’un ailleurs
éblouissant. 60% d’entre eux souhaiteraient quitter la Bosnie s'ils en avaient l'opportunité, et un sur quatre souhaiterait le faire définitivement. Et pourtant, s'ils veulent partir, ils n'en aiment pas moins leur pays. Bien au contraire.
« En juillet 1995, suite aux frappes aériennes de l’OTAN, le siège est levé, puis en novembre les accords de paix sont finalement signés. La guerre est enfin finie mais le pays est ravagé politiquement, économiquement et avant tout humainement. Lorsque l’on a vécu pendant quatre ans dans la peur et la haine de l’autre, il est alors difficile de se dire qu’il faut tout recommencer. Et pourtant, le temps est passé : dix ans déjà. Alors que la plupart des adultes ont vu bien souvent leur existence, ainsi que leur situation économique et sociale complètement bouleversées, les jeunes de Bosnie ont du démarrer leur vie en essayant de faire abstraction de leur enfance ou de leur adolescence. »
Mais voilà, voilà, quand on n’en a pas les moyens on ne part pas – et dieu sait combien l’Europe a
verrouillée ses frontières avec la Bosnie (excepté pour quelques pays dans le monde – principalement
des pays musulmans ou (ex) communistes –, il faut obligatoirement à un bosniaque un visa pour sortir de son pays). Alors, la jeunesse fait ce qu’elle fait
généralement dans ces conditions là : elle compense.
Fashion victim, elle s’habille, se maquille, se pare de tout ces beaux atours pour se montrer, le soir tombé, tout le long de la
Feradija – la principale rue piétonne de Sarajevo. Tout leur argent passant là, il ne leur reste à peine de quoi se payer un café.
Elo m'avait invité à observer ce curieux rituel. Une fois arrivés au bout de
Feradija, les jeunes sarajeviens, lookés à faire pâlir
d'envie le plus stylés des "popeux" font
simplement demi-tour pour se promener dans l’autre sens, pour se montrer
une deuxième fois, puis une troisième et ainsi de suite tout le long de la soirée. Si les jeunes se pavanent ainsi, c’est qu’il ne lui reste que cela comme fierté, mais elle s’en amuse non sans un profond sens de l’auto dérision.
Et, croyez-moi, l'humour bosniaque, comme le café bosniaque, doux, puissant avec
juste ce qu'il faut d'amertume, ce déguste savoureusement... On
vous aura prévenu !
Elo'n'Pat
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