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Invitation à découvrir une culture et un pays trop largement oublié dans la géographie européenne. La Bulgarie est le berceau de cultures millénaires. Les découvertes des vestiges de l'époque thrace comme la culture cyrillique dont elle a été la première nation à l'adopter donnent des couleurs d'une jeunesse retrouvée. Au seuil de son entrée en Union européenne (janvier 2007), nous vous proposons " quelques mémoires d'un touriste " (Stendhal).

 

 

Sozopol (ou Apollonia Pontica)
,

Lorsque l'on se plonge dans l'Histoire de cette ville balnéaire, nous abordons de nombreuses civilisations légendaires, grecques antiques et thraces. Ce lieu de villégiature se constitue en deux baies ouvertes qui ont offert dans leurs temps des abris contre les tempêtes de la Mer Noire. Hérodote nous parle que cette ville aurait compté au IV siècle av. J.C. 30. 000 âmes, autant que la glorieuse Athènes.
A l'origine, cette ville aurait été créée par des colons grecs d'Asie Mineure (Milet) et de Phocéa (plus connu actuellement sous le nom de Marseille). De nombreuses autres colonies grecques au Liban comme en Asie Mineure nous montrent que le nom d'Apollonia n'était pas uniquement spécifique à un seul lieu. Le Dieu Apollon avait plusieurs fonctions, notamment celle des arts et des lettres, comme aussi bien de la médecine - nous pourrions vous conseiller pour remettre en cause le dualisme classique de Nietzsche dans " Naissance de la Tragédie " la lecture de l'ouvrage " Apollon, le couteau, une approche du polythéisme grec (1998) " de Marcel Détienne. Dans les documents grecs, cette ville était connue comme " Mega Apollonia " vu le nombre de ses habitants. L'histoire du lieu articule toute la complexité entre les tribus thraces et les colons grecs pour devenir rapidement un des ports les plus importants sur la Mer Noire. Sa prospérité marchande rivalisait avec les plus grandes cités antiques. Après la révolte des Apolloniens contre les oligarques (entre 560-30), qu'Aristote cite comme exemple connu d'oligarchie dans son " Politique ", les Apolloniens appelèrent un philosophe de l'école de Milet, qui n'est autre que le Anaximandre, pour établir un corps de lois et une constitution démocratique. Ce présocratique est considéré comme l'inventeur de l'école matérialiste en philosophie, parallèlement à un autre penseur thraco-grec Démocrite, inventeur de l'atomisme.
Au III ème siècle apr. J.C., la ville changea de nom et adopta la religion chrétienne pour dénommer la ville du " Sozopol ", qui reste encore du grec et qui signifie " Ville sauvée ". Je m'arrêterai là pour l'histoire qui ne s'arrête bien sûr pas là, puisque pendant près de 800 ans la ville fut l'objet de luttes et de tensions entre l'empire bulgare (fondé en 689) et l'empire byzantin, avant la conquête de la Bulgarie par les Ottomans (1396). De ces luttes et de ces tensions, comme de certaines attaques de pirates sur Apollonia, les vestiges de Sozopol sont émiettés et largement effacés dans cette station de vacances qui porte un nom plutôt paradoxal. Vous pourrez retrouver cette histoire dans son musée archéologique. Vous pourrez aussi vous promener dans la vieille ville de pêcheurs et regarder les vieilles demeures de type de la Renaissance bulgare (XIXème siècle), période qui réveilla les luttes de résistance et d'indépendance romantique des populations. Vous y trouverez aussi le musée ethnographique qui expose les vêtements et les outils, l'atmosphère des us et coutumes de la Bulgarie sous domination ottomane.
Sozopol est un véritable paradis d'azur et de plages dédiés au tourisme et à la spéculation immobilière. Les Anglais " pauvres " en sont friands et en sont même dérangeants. Le prix du mètre carré pour un Européen frise les prix des capitales européennes. On pourrait voir la côte bulgare de la Mer Noire comme un vaste pari pour offrir les conditions d'une Espagne d'il y a 30 ans. La vie n'est pas chère et la bière fraîche, jamais aussi peu chère - les nouvelles à la télévision parlait un soir de la bière moins cher d'Europe. Pour une bière d'un demi litre, vous ne payez au maximum qu'1, 5 leva, ce qui veut dire moins d'un euro et cela assis Je vous conseille la Zagorka ou la Choumensko. A Sozopol, vous trouvez les Tchèques, les Polonais et les Russes, tradition communiste oblige. Sozopol possède d'énormes charmes pour tout amoureux de la mer et du soleil.




Nessebar,

Un autre petit joyau de la côte bulgare est " Nessebar ", ou " Melsambria ", que les Grecs au VIème siècle av. J.C appelait " Messambria ".Cette ville portuaire fût fondée 2000 av. J.C, selon les archéologues, par les Thraces. Elle est située sur une petite presqu'île rocheuse reliée à la terre ferme par un isthme de 400 mètres. Cette ville concentre toutes les caractéristiques de nombreux vestiges qui ont laissé encore l'empreinte et lui donne ce cachet particulier entre des forteresses de type romain, de nombreuses églises byzantines et des maisons de type renaissance bulgare. Comme de nombreuses villes bulgares, Nessebar conjugue les strates multiformes des civilisations qui se sont succédées dans ces lieux : thraces, grecques, romaines, bulgares, ottomanes, et bulgares de la renaissance (19ème siècle). Chaque pierre de cette petite presqu'île raconte une histoire. En 1983, l'Unesco classe cette ville comme patrimoine culturel mondial.
La légende veut que le poète Ovide fut exilé aux confins de l'empire romain pour avoir écrit trop librement ces sentiments à la fille de l'empereur Auguste, Julie, dans son " Art d'aimer " (" Artis Amore "). Ovide aurait ainsi vécu à Nessebar et aurait écrit depuis cette retraite ces " Métamorphoses". La ville actuelle est une ville où pullulent des magasins et des restaurants aux côtés des nombreuses églises byzantines. On en compte 42, dont nous pouvons conseiller l'église St Sophie (V-VI siècle) qui siège au centre de l'île et est assez bien conservée. Une des plus célèbres est l'église du " Christ Pantocrator " (" Christ tout-puissant ") (XIVème siècle.
Nessebar se trouve près de la plus station balnéaire de la Mer Noire, " Slanchtev briag " où de nombreux tours opérateurs, comme Neckermann, possèdent leurs hôtels. A 40km au Nord de Burgas, deuxième port marchand le plus important après Varna, plus au Nord, près de l'estuaire du Danube, Nessebar peut se joindre facilement par bateau depuis Sozopol. Comptez trois heures pour l'aller et trois pour le retour. On remarquera seulement que cette prospérité touristique n'a rien à envier à d'autres endroits balnéaires, comme en Grèce, où la culture et la religion dans leurs ruines et splendeurs rivalisent dans le commerce de l'impression.


 

Tchirpan,

Sur la route de la mer, au plein milieu du pays, une petite ville se dresse dans les plaines fruitières et de tournesols. Tchirpan est connu pour avoir donné deux figures majeures de la culture bulgare au XIXème siècle et non des moindres : le maître peintre iconographe zographe Zahiri et le prince des poètes bulgares, P. K. Yavorov (1877-1914). Vous pourrez voir des tableaux de ce maître dans la Galerie de peinture moderne de Sofia. Pour le second, vous pouvez de nos jours visiter la maison familiale dans laquelle le jeune poète cosmopolite a séjourné et écrit nombres de ces textes. Un peu plus loin sur la route de Brad Daskalovi (les frères Daskalov), un autre poète plus moderne, qui sera assassiné dans un rapt policier, serait né : Guéo Milev (1895-1925). Blessé durant la guerre en 1917, il perdit un oeil et la moitié de son crâne. Je remercie le Directeur de la Maison Yavorov de Tchirpan pour m'avoir guidé dans les lieux de la demeure Yavorov et m'avoir parlé de la littérature bulgare trop peu connu comme littérature cyrillique. Les poésies de Yavorov sont disponibles en français par l'édition de l'Académie de Littérature de Sofia. Yavorov est connu pour ses poésies, mais aussi pour avoir été un des premiers dramaturges du Théâtre National Ivan Vazov (autre grand nom de la littérature bulgare, poète patriote, 1850-1921). Il a écrit des adaptations théâtrales et des pièces de théâtre, dont une des ses plus fameuses est " Les Tilleuls de Vitosha ". Sofia possède aussi sa propre maison Yavorov. Yavorov a notamment voyagé en France, dont il reviendra avec son grand amour au pays. Son histoire est tragique. Il mettra fin à ses jours.
La maison Yavorov est un véritable chef d'œuvre du type renaissance bulgare (XIXème siècle, cfr les cartes postales). Elle est en dehors du petit centre-ville qui se compose d'architectures de type communiste, cubique et rationnel. Une rue piétonne nous mène au parc Yavorov qui possède dans son cœur une immense pizzeria. Tchirpan appartient à la région de Stara Zagora, chef-lieu des vallées ensoleillées débordant de fruits et de blés. Stara Zagora est connu pour sa bière, la Zagorka, racheté par le groupe néerlandais Amstel. Tchirpan se situe entre la chaîne Sredna Gora (Montagne Moyenne) et les Balkans au Nord et plus au Sud les Rhodopes. Cette petite ville incarne toute la complexité de la renaissance et d'un renouveau moderne bulgare. Si vous y passez, vous pourrez vous arrêter à l'hôtel dont je vous laisse deviner le nom. La rue et le parc portent aussi ce même nom.


   

Perperikon,

A une soixantaine de kilomètres d'Haskovo, dans les Rhodopes bulgares, perdus dans les confins des civilisations qui ont rivalisé dans la domination de ces régions : grecs, romaines, byzantines, turcs et bulgares, nous trouvons un site hors du commun, " Perperikon ". Rappelons seulement que le tsar Boris ou roi de Bulgarie (Saxe-Cobourg Gotha), à leur indépendance complète en 1905 sur l'Empire Ottoman, avait hérité d'un royaume qui allait encore jusqu'à la mer Egée. Mais la défaite de la première guerre mondiale des Allemands et des Habsbourgeois, décida de priver la Bulgarie d'un débouché vital. La deuxième guerre mondiale n'arrangea pas non plus les affaires entre la Bulgarie et la Grèce. L'axe Berlin-Tokyo comprenait Sofia durant la deuxième guerre mondiale. Passons cet interlude historique qui a toujours lié et lie encore la Bulgarie à la culture germanique.
Revenons aux fouilles archéologiques et aux civilisations immémoriales. Dans ce coin perdu des Rhodopes, le professeur Ovtcharov a découvert, il y a six ans, des vestiges de temple et des rituels de Dionysos, dieu de la fécondité, de l'ivresse et du théâtre. Notre imaginaire retrouve l'univers de la pièce des Bacchantes d'Euripide, même si l'action dramatique se déroulait à Thèbes. Les fouilles ont montré que 5000 av. J.C, ce pic de montagne était déjà un lieu d'intensité religieuse. Le Temple de Dionysos, dieu de la fécondité et de la prodigalité, aurait commencé bien avant dans les âges les plus lointains dans ces régions thraces. Ne dit-on pas dans les Bacchantes que ce dieu serait un dieu étranger? Les historiens antiques, Hérodote en tête, décrivent ce lieu comme investi d'un oracle. Le Temple de Dionysos à Perperikon aurait été aussi connu que le temple d'Apollon à Delphes. On mesure l'ampleur de cette découverte récente. Deux de ces prédictions de l'oracle de Perperikon se seraient avérés : l'annonce qu'Alexandre le Grand serait le conquérant de l'Asie et que les Romains allaient établir un empire. En 378, le temple fut détruit lors du passage des Goths dans le Sud des Rhodopes. A partir du Vème siècle apr. J.C, les vestiges des temples païens furent ensevelis pour la construction d'églises. La chrétienté devenait la nouvelle loi religieuse.
Comme tout lieu hautement spirituel, le temple se trouve en haut d'une montagne, à laquelle on accède par un immense escalier sculpté dans la pierre. Aujourd'hui, encore ce chemin sacré est conservé. Des blocs de pierre se dressent dans cette pente ardue pour la montée au sanctuaire acropole. Après le passage des deux premières portes, vous arrivez au sacro-saint et devant le lieu où siégeait l'oracle de Dionysos, uns statue de 5 mètres disparus et qui trônait sur tout nouvel arrivant. Sur un autre versant, se trouvait une nécropole. Le temple est situé de telle manière que le soleil puisse frapper le lieu de sa plus grande chaleur dans le Midi journalier. On trouve encore d'autres vestiges, comme des bassins d'eau, et même un restant de la forteresse, un tour, que les Romains avaient construit lors de l'instauration de leur " pax romana ".
Cette visite dans l'Est des Rhodopes vaut le détour. A une vingtaine de kilomètres se trouve une ville métissée entre les populations bulgares et turques, Khardzali. La région est prospère par ses plantations de tabac. Le long des routes, vous pouvez les voir fleurir. Autre site archéologique que les Bulgares ont découvert et qui reste un détour pour les amoureux de la culture antique, c'est le sanctuaire d'Orphée à Tatoul, qui se trouve dans l'Ouest des Rhodopes (au Sud d'Asenovgrad). Ne m'étant pas rendu sur le lieu du grand poète grec d'origine thrace, dont nous avons conservé sur des tessons de vases les chants de la Toison d'Or et de la quête de Jason, je ne peux que vous le mentionner. Ces textes remontent au IXème siècle av. J. C et seraient les premiers textes de la civilisation grecque, avant les classiques que sont Homère et Hésiode.


     

Sofia,

Ville fondée au IIIème siècle par les Romains, comparable à Paris (Lutèce), " Serdica " était un comptoir commercial dans les Balkans entre Beograd (Belgrade) et Philippopolis (Plovdiv, deuxième ville actuelle du pays et connu pour avoir été la capitale de la Thrace et de la Macédoine du temps du père d'Alexandre le Grand, Philippe II).
Parmi les merveilles du centre-ville préservé de la fougue de la collectivisation communiste, nombre de monuments se bousculent dans le charme incongru d'un passé récent. La plupart des bâtiments remontent à la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle. Le Jardin public siège dans un carrefour des institutions culturelles de la capitale. La Galerie d'Art de Sofia, ou musée national de la peinture bulgare, recèle de petites et de grandes surprises. A côté des influences impressionnistes et réalistes dominantes, nous trouvons, dans la première pièce de cet ancien palais royal, des tableaux du maître zographe Zahari (voir plus haut Tchirpan). Un peu plus loin, le maître parmi les maîtres de la peinture bulgare, Vladimir Dimitrov Maïstora, apparaît dans un style particulier entre constructivisme, expressionnisme, art populaire. Cette peinture ne peut se réduire à son homologue et à la première période de Kazimir Malévitch. Ses autoportraits sont fascinants, en posant en premier plan devant des paysages en profondeur. Ce peintre est objet de grande fierté auprès des natifs. Il est originaire de la région de Radomir (région frontalière de la Macédoine actuelle). S'en dégage une personnalité imposante et énigmatique, mystique dans sa présence qui épie le regard passager. La Bulgarie, il est vrai, est plus connu pour les chef-d'œuvres iconiques du Moyen Age, où la ferveur cyrillique et orthodoxe enflammait les cœurs. Pour les admirateurs d'icônes, un peu plus loin, proche de la basilique marbrée d'Alexander Nevski (du nom du général russe, qui a libéré les Bulgares de l'emprise ottomane - 200 000 soldats russes sont morts pour délivrer les frères bulgares), se trouve un petit marché où vous pouvez, parmi le bric-à-brac, trouver des icônes faits dans les règles d'art et certifiées.
De l'autre côté du Jardin public se trouve le Théâtre National Ivan Vazov, qui fut créé en 1904 par la troupe " Salza i smiah " (" Larme et rire ") Le Théâtre fut construit en 1906-7 par les architectes viennois Hemer et Felner dans un style baroque. Si vous retournez sur le Boulevard Vitosha (équivalent des Champs Elysées de Sofia), vous pouvez jeter un coup d'œil au musée archéologique qui possède de véritables trésors des époques thraces. Vous pouvez même décider d'aller boire un verre au Club du Musée, qui est un des endroits les plus courus de Sofia. A côté de vestiges thraces dans le jardin comme à l'intérieur du club le soir, les ravissantes Bulgares pourront agrémenter le plaisir de votre regard. Si vous poussez plus loin, vous pouvez découvrir dans les sous-sols comme derrière le palais présidentiel, vous pouvez découvrir les ruines de Serdica et notamment l'église St - Georges reconstituée en une rotonde. On a découvert dans cet édifice restauré cinq couches de peintures murales. Plus loin encore à côté de la cathédrale St - Sophie, vous trouverez l'emblème de Sofia, comme aussi les sources minéralogiques chaudes (conseillées pour les maux d'estomac).
Si vous retournez sur vos pas ou déambulez sur Vitosha Boulevard, vous pourrez un moment vous enfoncer dans le quartier des libraires où nous attendent sur un banc le père et fils Slavéikov, Petko (1827-1898) et Pentcho (1866-1912), deux grands écrivains classiques bulgares (XVIIIème siècle). De nombreux autres monuments et découvertes se retrouvent à chaque coin de rue. La vieille ville fourmille de surprises pour les curieux.
Les véritables trésors de la culture reste les églises et monastères orthodoxes médiévaux où des iconographies murales rivalisent de prouesses et de techniques. La plus connue à Sofia conservé dans la montagne est l'église de Boïana. Cette église se compose de trois parties qui correspondent à trois périodes de construction. La plus ancienne remonte au X-XII siècle qui se présente comme une petite église quadrangulaire cruciforme avec une abside semi-circulaire. (p. 152) Les fresques murales sont d'une très grande beauté. A 120 km de Sofia dans les hauts Balkans se trouve le plus beau et riche monastère orthodoxe bulgare, le monastère de Rila dont son fondateur, le fameux ermite et guérisseur St jean de Rila, est devenu le saint protecteur du peuple bulgare. Ce monastère a été fondé au Xème siècle. Il est d'ailleurs inscrit comme patrimoine UNESCO. Le faste de ce monastère a été préservé du fait de sa situation dans les montagnes et de son éloignement de toutes les routes commerçantes à l'époque du joug ottoman (1396-1877).

Dimitri Jageneau,
Juillet 2006


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