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Estelle Beauvais

Etre là ou ne pas être là ?

Un look faussement Arty façon fait à la maison, des fringues aux couleurs franchement Girly, des yeux grands ouverts format Nikita version Anne Parillaud et une coupe de cheveux à faire passer une fan de Depeche Mode pour une addict des free party les plus underground, Estelle Beauvais interpelle d’emblé le regard...

 

... Pourtant, ici, c’est plutôt de son regard dont il s’agit. Un regard de vidéaste, en quête des liens sensibles et invisibles que tissent les âmes et les êtres entre eux, l’espace d’un temps, au-delà du temps et de l’espace. Cette vision, elle la transmet par ses choix de montages, par ses cadrages serrés, ses plans fixes grand angles, sa manière de capturer la lumière ou ses prédilections pour des bleus désaturés, des pastels ravivées et une lumière réhaussée. Car, Estelle a un projet, sein projekt, Dasein Projekt : une série de reportages glissant de projets en artistes, de lieux en personnalités, cherchant à filer, une caméra en guise de fuseau, les acteurs des milieux artistiques dits en marge.

Autant dire que nous avons souhaité en savoir plus sur cette accoucheuse de sens…


Peux-tu nous dire à quoi tu rêvais à 10 ans ?

Ca représente quoi 10 ans ? La fin de l’école primaire ? Ce dont je me souviens c’est que je faisais beaucoup de photocopies. Mon père avait une photocopieuse et je faisais des petits journaux un peu idiots que j’essayais de vendre. C’était une sorte de petit magazine fait de plaisanteries et de mots croisés et que j’appelais Estelle Mag. J’étais déjà dans ce côté reproduction que j’aimais bien. Je me souviens qu’à l’école maternelle j’avais fait un tract sur laquelle j’avais dessinée un orgue, parce que mon père donnait des cours d’orgue à cette époque là, et que j’avais distribué à mes petites camarades à l’école. Et (rire) mes parents avaient été convoqué parce que je n’avais pas le droit de faire de la publicité pour mon père à l’école ! Sinon, comme j’étais à la campagne, j’étudiais beaucoup…

Ton père est donc professeur de musique. Ca beaucoup compté pour toi ?

A l’origine mon père était est bassiste. Mais c’est son école, il enseigne ce qu’il veut, donc l’orgue. La musique a beaucoup compté pour moi. J’ai joué de l’orgue très longtemps. On a même fait des concerts régulièrement !

Et côté arts visuels ?

Je dessinais beaucoup. Mais je n’ai jamais appris le dessin jusqu’à un certain âge, donc ça ne ressemblait à rien. Je faisais beaucoup de poupées en tissu. Plus tard, vers 15 ans, je me suis mise à la peinture. Ce qui ressortait sans doute le plus était le travail de la couleur. Encore une fois, j’étais à la campagne, il fallait donc s’occuper…
Je me souviens aussi qu’on avait une grosse caméra VHS à la maison. Je filmais beaucoup ma sœur. Mon père a fini par récupérer un vieux magnétoscope de montage. C’était très limité, tu pouvais juste cuter et faire des accélérations et des ralentis. J’aimais bien.

Et plus tard, tu as pris quel chemin ?

Je ne voulais pas faire les Beaux-arts, de peur de partir loin. Loin, conceptuellement. Alors, j’ai fait une école d’arts appliqués, l’école Olivier de Serres. J’ai commencé par un cursus en design graphique et communication visuel qui ne m’a pas du tout plus. Alors après je suis partie dans le design textile, ce qui était mal vu d’ailleurs. Passer de la pub à l’artisanat, quelle drôle d’idée !… Je faisais aussi beaucoup de vidéo dans des cours d’expressions plastiques… Après le BTS je n’ai pas souhaité poursuivre. C’était vraiment bien cette école mais vraiment très technique. Mais il me manquait les cours plus théoriques, comme la philo, la socio ou d’art contemporain.

Et tu es donc passé à quoi ?

J’ai fais de la sérigraphie, pendant un an, en freelance. J’avais une amie, modéliste, qui travaillait donc dans le milieu de la mode et qui m’informait quand ces clients avaient besoin de sérigraphe.
Après je suis allée à Paris VIII. J’avais envie de faire des études assez ouvertes. La première année a été assez difficile parce que ca ne ressemble à rien ! Mais les deux années de Master étaient beaucoup plus captivantes, parce que tu bâtis une recherche. Je suis partie sur les nouveaux média.

Le master Nouveaux Média en poche, tu t’es installée de suite comme vidéaste freelance ? Ce n’a pas été trop dur ?

Oui c’est dur ! Ca fait un an que je suis vidéaste freelance. C’est difficile, parce qu’aujourd’hui on est un peu vidéaste comme on est serveur. Tout le monde peut faire de la vidéo avec des logiciels de montages et de bonnes petites cameras. Ca ne veut pas dire que tout le monde fait des choses bien, mais il y a beaucoup de monde sur le marché.
Il faut quotidiennement se poser les « bonnes » questions pour avancer. Par exemple concernant le démarchage : beaucoup de personnes pensent que ça fonctionne par contact. Pourquoi pas ! Mais pas forcément… Les deux derniers freelances que j’ai eu ce n’était pas via des contacts. Les clients m’ont appelés parce qu’ils m’ont trouvé sur des réseaux internet. Ils avaient besoin de quelqu’un. Ils ont rapidement regardé ce que je faisais et après il faut faire tes preuves. Il ne faut donc pas penser que ce n’est que du copinage. Si tu te références bien, si tu as des choses à montrer, tu peux trouver du freelance.

La découverte de Berlin ?

C’était l’année dernière. Je suis partie en janvier 2008, parce que j’avais envie de vivre à l’étranger et que j’attendais des réponses. Je connaissais déjà un peu Berlin que j’avais découvert dans le cadre d’un workshop sur place en 2006. A Paris, j’avais participé à des expositions plus ou moins alternatives. C’était, soit dans une ambiance un peu squat, pas très organisé, soit ça devenait pour le coup trop officiel, institutionnel… Je me suis dit qu’à Berlin je trouverais peut-être mes réponses, un chemin vers une ‘hybridité artistique’ qui me tenait à cœur.

Et tu l’as trouvé ?

Ah oui, complètement ! C’est tout à fait ce qu’il me fallait ! Les premiers mois c’était dur (rire), parce je ne connaissais pas la langue et que je risquais de m’enfermer avec d’autres français – il y en a beaucoup à Berlin !

Nous arrivons donc à Dasein. Comment est née cette histoire ?

Il y a trois cheminements qui m’y on conduit. Le premier, c’est le retour à Paris. Je n’avais pas très envie de revenir… Je ne savais pas comment faire pour me réintégrer avec la ville, comment reprendre contact avec les amis. Le temps passe beaucoup plus lentement quand on est à l’étranger.
Comme la plupart de mes amis sont dans des milieux artistiques, je me suis dit qu’il serait bien de reprendre contact avec eux en faisant des interviews plutôt que dans un cadre informel comme aller prendre une bière quelque part et parler de tout et de rien.

Des entretiens filmés donc ?

Oui. Le deuxième point, c’est que j’avais déjà réalisé un reportage en 2006 pour une exposition franco-allemande qui s’appelle L’illustrative. Il fallait faire un reportage sur un label musical, No format. Cela peut paraitre étrange pour une exposition d’illustration, mais ce Label met beaucoup en valeur le graphisme autour de leur com’.
Je me suis donc dit qu’un reportage dans le cadre d’une exposition d’illustration induisait inévitablement, en plus de l’interview du directeur du label, une rencontre avec le graphiste. A partir de là, j’ai voulu interviewer également un musicien, parce que cela joue forcement sur la façon dont les illustrations vont se faire. Après j’ai interviewé aussi les vidéastes qui ont travaillés sur un des albums. Du coup, il y a quatre identités dans le reportage. Et quand je me suis mise à monter, j’ai trouvé cela intéressant (et même magique) de reconstruire un discours et une façon de travailler à quatre au sein d’un même objet, une vidéo.
Quand je suis rentrée à Paris, j’ai repensé à cette forme vidéographique comme une évidence pour moi. Je me suis dit qu’il serait bien de faire une série de reportages avec cette dynamique là, en faisant des interviews séparées et de reconstruire une trame au montage.

En effet, on retrouve bien ce cheminement dans tes vidéo ! Et le troisième quel est-il ?

C’était l’envie de créer quelque chose de concret à Berlin. Je ne voulais y retourner qu’avec un véritable projet.

Comment est venu le nom de ce projet, Dasein ?

J’avais été marqué par le livre d’Heidegger, Être et Temps, que j’avais trouvé très beau et qui m’avait porté des réponses...

Être là, est assurément la meilleure posture pour trouver des réponses ! Et maintenant, où en est ce projet ?

Eh bien aujourd’hui il y a quatre reportages « longs » terminés, une dizaine de courtes vidéos, les teasers, tout le package (design graphique, sonore, le site internet, le blog), la dasein map avec plus de 300 artistes référencés, 3 projections ont été organisées, 2 reportages sont maintenant en courts… L’objectif serait de réaliser un reportage par mois. Mais pour cela il faudrait un peu de budget, parce qu’aujourd’hui il n’y a rien. C’est vraiment no profit actuellement ! Il va falloir démarcher les subventions et les diffusions pour faire vivre ce projet à 100%.

Projettes- toi dans cinq ans. Où en sera Dasein ?

Idéalement ? Ca sera peut-être d’autres villes, Sarajevo par exemple… Ce que j’aimerais bien aussi c’est arriver à l’entremêler avec d’autres films, dans la veine de Crazy Berlin. Peut être un long métrage aussi. Ca dépendra des rencontres.

@xé libre ne manquera pas de suivre ce projet au long cours ! Pour finir, revenons à toi avec quelques questions en ombre chinoise ! Si tu étais une couleur ?

Rouge ! Elle est marrante cette question. Tout le monde dirait pink pour moi. Mais non, c’est rouge !

Si tu étais un trait de caractère ?

Fonceuse. En bien et en mal ! Parce qu’ainsi je découvre des choses… Mais parfois j’oublie aussi d’ouvrir les portes.

Bélier, donc ?

Eh oui ! Après j’aimerais bien être un autre signe astrologique. J’aimerais bien être Vierge. Il parait que les Vierges sont très curieuses de se qui se passe autour d’eux.

Si tu étais un pays ?

Actuellement l’Allemagne, forcément ! Enfin, plus Berlin que l’Allemagne.

Si tu étais un quartier parisien ?

Je ne suis pas attachée à un quartier à Paris. Je serais plus un lieu tranquille à côté de chez moi. J’aime tous les lieux, une peu rares, qui véhiculent la sensation de « hors temps » en fait…
En ce moment je suis beaucoup rue Denoyers…

Si tu étais un quartier berlinois ?

Sans doute Kreutzberg, parce que c’est un « entre deux » : entre le quartier turc et le quartier un peu plus festif. Après, je suis également très attachée à Wedding qui est en plein expansion, beaucoup de lieux artistiques y ouvrent régulièrement.

Si tu étais un Kebab tu serais parisien ou berlinois ?

Berlinois ! Ils sont infiniment meilleurs et moins cher ! Il y à même des kebabs bio !

Si tu étais un livre ?

Un livre pour enfants !

Si tu étais une boisson ?

Du Thé à la fraise !

Alors allons le prendre ! Merci Estelle pour t’être prêtée à cet exercice !


Propos reccueillis par Patrick Herrmann

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