Soutenons Florence Hartmann
Condamnée d'outrage à la cour par le TPIY pour « Paix et châtiments - Les Guerres secrètes de la politique et de la
justice internationale »
Flammarion - 09/2007 - 276 pages - ISBN 9782081206694 - 19,90€
Florence Hartmann, journaliste et ancienne porte-parole du
procureur du Tribunal Pénal pour l'ex-Yougoslavie, va être jugée du 15 au 17
juin prochains par ce même tribunal pour «outrage à la cour», c'est-à-dire pour
avoir entravé le cours de la justice.
Elle encourt une peine de 7 ans de prison ou 100 000 euros d’amende.
Le tribunal lui reproche trois pages d'un livre, Paix et Châtiment paru en
septembre 2007, dans lesquelles elle rapporte les circonstances dans lesquelles
le tribunal a délibérément effacé les passages impliquant le plus clairement
l'Etat serbe dans les massacres de civils en Bosnie-Herzégovine durant les
années 92-95. L'enjeu? Ces preuves auraient probablement permis de faire
condamner l'Etat serbe pour génocide et ainsi permis aux dizaines de milliers de
victimes ou à leurs familles de réclamer à la Serbie des réparations.
P
OURQUOI FLORENCE HARTMANN ?
Elle est inculpée en août 2008 pour avoir «révélé» dans son livre publié en
septembre 2007 l'existence de cet accord datant de 2003 entre le TPIY et l'Etat
serbe. Elle est la seule personne inculpée pour avoir dénoncé cet accord. Or,
elle n'est ni la seule, ni la première à l'avoir fait. Depuis 3 ans, cet accord
relevait du domaine public. Il avait été évoqué dès 2005 par l'Institute of War
and Peace Reporting, puis commenté dans le New York Times en 2006 par des
journalistes et des spécialistes du droit international. Et en février 2007,
lorsque, faute de ces fameuses preuves la Cour Internationale de Justice (qui
juge les Etats alors que le Tribunal pénal juge les individus*) disculpe l'Etat
serbe de toute responsabilité dans les crimes et massacres en Bosnie, cette
décision suscite une véritable controverse publique. C'est seulement en
septembre 2007 que sort le livre de Florence Hartmann.
Alors? Le TPIY accuse la journaliste d'avoir eu accès à ces informations pendant
ses fonctions de porte-parole du procureur du tribunal (d’octobre 2000 à fin
mars 2006). Si cela avait été le cas, pourquoi ne pas l'inculper pour «violation
du droit de réserve» et ne pas s'en prendre à l'ensemble de son livre pour le
moins dérangeant sur les relations entre la politique et la justice
internationale? Pourquoi se focaliser sur 3 pages ? Pour une raison à la fois
simple et grave : ces 3 pages (dont les sources se situent hors tribunal)
révèlent que cet accord n'avait pas de fondement juridique et aurait dû être
annulé.
UNE INSTRUCTION ENTACHEE D'IRREGULARITES
Depuis l'inculpation de Florence Hartmann, en août 2008, la défense a vidé une
bonne partie du dossier d'accusation. En particulier, elle a prouvé le manque
d'impartialité des juges chargés de la juger et obtenu leur limogeage en mars
2009. Le procureur a renoncé à la plupart de ses témoins et ne dispose plus de
témoin à charge. Seuls deux témoins experts et indirects seront, semble-t-il,
présentés. Parallèlement une mobilisation s'est mise en place, avec des groupes
de soutien, des éditoriaux de personnalités du monde juridique, des anciens
ministres, des journalistes dont plusieurs sections nationales de l'Association
des Journalistes Européens, une pétition internationale regroupant des
signataires de plus de 30 pays.
SI FLORENCE HARTMANN EST Y CONDAMNEE ? Ce sera une grave défaite pour :
. L'information : A partir de la condamnation, toute allusion publique aux trois
pages du livre de Florence Hartmann sera un délit pénal.
. Le droit : Ce procès est de bout en bout une aberration juridique dénoncée de
façon quasi unanime par les spécialistes du droit international. De plus,
comment s'expliquer un tel acharnement sur cette journaliste entièrement dévouée
à la cause humanitaire alors qu'il y a des urgences autrement cruciales : le TPI
ferme ses portes dans deux ans alors qu'il n'a jugé ni Radovan Karadzic, ni
Ratko Mladic, ni Jovica Stanisic, principaux responsables des crimes commis en
Bosnie-Herzégovine , et que Slobodan Milosevic est mort en prison avant d'avoir
été condamné. Interrogé sur France Culture en janvier 2009, voici de ce que
disait Robert Badinter sur cette affaire: «Je rappelle encore une fois la
mission du TPI: elle n'est pas de veiller à ce que des informations obtenues
dans le cadre des fonctions de X ou Y ne soient pas révélées, elle est la
poursuite des criminels contre l'humanité. C'est déjà une assez haute mission
pour qu’il ne s'en détourne pas».
. Les victimes. L'interdiction d'utiliser les 3 pages du livre de Florence
Hartmann ferme tout recours des victimes (les familles des 150 000 morts, les
femmes violées, les hommes détenus dans des camps, etc.) pour contester l’accord
litigieux entre la Serbie et le TPI et rouvrir le dossier de la responsabilité
de l'Etat serbe. C'est une double peine qui leur est infligée, celle de la
souffrance doublée du sentiment d'injustice. Leur demande d’être entendues au
procès de notre consœur a été rejetée en mai dernier par les juges du TPIY.
Leurs représentants viendront néanmoins à La Haye et s’assiéront avec le public.
D’autres manifesteront à Sarajevo lundi 15 juin dans la matinée devant le
bâtiment des Nations unies.
* En 1993, l'Etat de Bosnie-Herzégovine avait porté plainte contre l'Etat serbe
auprès de la CIJ pour génocide.
PUBLIEZ LES 3 PAGES AVANT LEUR DISPARITION, le TPI veut les faire interdire
!
Si vous êtes un titre de presse écrite, un site internet, publiez les trois
pages du livre incriminé. Si vous êtes une radio, lisez ce texte, ou demander à
Florence Hartmann de venir le lire avant le 17 juin, avant la possible condamnation qui
ferait d'une telle publication un délit. Si vous êtes nombreux à publier ce
texte, il tombera lui aussi en quelque sorte dans le domaine public..
Pour en savoir plus, vous trouverez ci-joints :
.
La tribune écrite par trois sommités du droit international (Antoine Garapon,
Louis Joinet et Emmanuel Wallon) publiée dans Le Monde.
.
Les coordonnées de l'avocat francophone de Florence Hartmann : +31/ 6 17 64 17 85 ou
gmettraux@gmail.com
.
Des informations complémentaires sur
www.place-publique.fr ou sur un site très
complet géré depuis l’ex-Yougoslavie :
www.caseflorencehartmann.org
.
La pétition qui circule sur le web :
www.preserverlajusticeinternationale.org.
Voici le texte extrait de Paix et Châtiment (pages 120 à 122)
Titre : Comment les archives éclairant le rôle de la Serbie de Milosevic dans
le génocide en BH ont été soustraites à la connaissance du public
"Les juges du TPIY ont soustrait à la connaissance du public des documents
cruciaux dans le seul but d’empêcher une éventuelle condamnation de la Serbie
devant une autre cour de justice des Nations unies, la Cour internationale de
Justice (CIJ).
Plusieurs décisions des juges du TPIY montrent clairement que l’ordre de
non-divulgation a été concédé pour ne pas porter préjudice à la Serbie dans le
litige l’opposant à la Bosnie-Herzégovine devant la CIJ. Les juges du TPIY y
admettent que la divulgation des passages les plus compromettants des archives
du CSD pouvait avoir «un impact négatif» sur l’issue de la procédure engagée
devant la CIJ. Ils reconnaissent vouloir par leur décision éviter à la Serbie
d’être condamnée pour génocide et contrainte de payer des réparations aux
victimes. Belgrade a obtenu gain de cause en arguant de « l'intérêt vital
national » de l'État serbe.
Les juges en charge de l’affaire Milosevic, le britannique Richard May, le
jamaïcain Patrick Robinson et le sud-coréen O-Gon Kwon, ont préféré à l'intérêt
de la justice et de la vérité la stabilité supposée d'un pays. Ils se sont ainsi
faits complices d'un mensonge. Ils vont cependant faire marche arrière en 2005.
Mi 2005, ils refusent d’accorder à la Serbie une nouvelle demande de
non-divulgation qui concernait cette-fois des dossiers personnels militaires.
Ces documents montraient explicitement que Ratko Mladic ainsi que d’autres
généraux de l’armée serbe de Bosnie (VRS) étaient membres de l’armée de Serbie (VJ)
et relevaient de l’autorité suprême de Belgrade. Opposée à ce que ces documents
deviennent publics, la Serbie avait fait appel de la décision.
La chambre d’appel considéra en septembre 2005 que tous les décisions relatives
à la confidentialité des documents du CSD, rendues jusqu’ici par les juges en
charge de l’affaire Milosevic, au motif que leur divulgation pouvait nuire à
«l’intérêt vital national» de la Serbie relevait d’ «une erreur de droit»
puisqu’il ne s’agissait pas strictement de raisons de «sécurité nationale».
Mais, plutôt que de corriger l'erreur qu'elle venait de constater et de lever le
secret sur tous ces documents, la chambre d’appel jugea que les décisions
rendues jusqu’à présent avaient crée “une attente légitime” de la Serbie de voir
toutes ses requêtes similaires ultérieures satisfaites sur la même base. Les
juges d’appel considéraient par conséquent «injuste» de refuser à la Serbie les
mesures de confidentialité réclamées pour les dossiers militaires.
Choqués par cette décision, Carla Del Ponte et son équipe du parquet conviennent
de saisir les juges dans l'affaire Milosevic et de faire valoir l'invalidation
de l'« intérêt vital national » pour demander immédiatement la levée des mesures
de confidentialité sur les archives du CSD. Le 6 décembre 2005, les juges Iain
Bonomy, le remplaçant de Richard May, et Robinson acceptent, malgré l'opposition
du juge Kwon, d'annuler les mesures de protection en vigueur depuis 2003,
comprenant que Belgrade ne cherche pas à protéger sa sécurité nationale mais
bien à entraver la justice dans sa recherche de la vérité. Belgrade fait
aussitôt appel et obtient une suspension provisoire de la décision, empêchant
ainsi la Bosnie de soumettre les archives du CSD à la CIJ, avant l'ouverture des
audiences consacrées à sa plainte fin février 2006. Le 6 avril 2006, après avoir
examiné les arguments du parquet, les cinq juges de la Chambre d'appel, toujours
présidée par l'Italien Fausto Pocar, décident de casser la décision du 6
décembre 2005. Les informations impliquant directement l'État serbe dans la
guerre en Bosnie et dans les massacres de Srebrenica restent ainsi inaccessibles
à la CIJ et au public. Le parquet n'est pas en mesure de dénoncer le scandale
publiquement, les juges ayant rendu chacune de leurs décisions avec la mention «
confidentielle ».
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Comité de soutien à Florence Hartmann
juin 2009