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Diaporama Visages de Roumanie par Francois-Xavier Prévot Diaporama Visages de Roumanie par Francois-Xavier Prévot Diaporama Visages de Roumanie par Francois-Xavier Prévot

 

Une fois la nuit tombée et les travailleurs [des hommes d’affaires] tous rentrés chez eux, il existe dans l’étendue urbaine de Tokyo une beauté invisible. Les lumières des rues désertes, les halls d’entrée des magasins éclairent les environs tranquilles. En marchant sans but dans ces rues, les couleurs, le silence lancent un appel à tous, cependant ces appels sont la plupart du temps ignorés. Ouvrez vos yeux et voyez cette évidence s’offrir à vous pour la première fois. La beauté nous entoure. Elle remplit notre champ de vision mais nous devons ouvrir nos yeux et vraiment la rechercher.
 

D

epuis la gare, je rentrai jusque chez moi à pied dans un total désarroi. Au début de la semaine, j’avais reçu un texto me disant qu’un des mes chats était mort de façon soudaine. J’avais besoin d’air, de temps pour mettre de l’ordre dans ma tête. Je passai le mois entier dans un état émotionnel totalement chaotique. D’habitude, je prends le bus pour rentrer à la maison mais ce soir c’était différent, j’avais besoin de marcher. L’idée de monter dans le bus avec toutes ces personnes étrangères m’était inimaginable.

De l’espace, de l’air, c’est ce dont j’avais désespérément besoin. Mes pieds me traînèrent jusque dans la nuit humide de Tokyo. A quelques immeubles de la gare les lumières des néons se firent moins distinctes et ce ne fût plus que le béton sombre et froid. Un paysage urbain s’étalait devant mes yeux. Des yeux qui ont vu tant de béton, tant de gris que tout se confondait en une tache, mais ce soir mes yeux virent au-delà de cette tache.

Sans trop savoir pourquoi, mon regard se porta avec plus d’acuité sur ces appartements de béton. Cette fois-ci, les gris froids m’interpelèrent. Ils avaient toujours été silencieux, je le sais, j’étais passé devant eux si souvent. Ce soir, ce soir en particulier tout semblait surréaliste. La profondeur des halls d’entrées avec leurs tubes fluorescents diffusant leur lumière bleue dans la nuit. Les portes, les lumières, le carrelage se répétant à l’infini pris dans une beauté que je n’avais jamais appréhendée auparavant.

Je sortis lentement mon appareil photo de sa pochette de nylon noire. Je le mis en marche en le réglant sur la position manuel. Sans réfléchir, je plaçai l’appareil sur le sol en béton, programmai le minuteur puis appuyai sur le déclencheur. Le petit écran LCD afficha en gras les mots « saisie de l’image » Il sembla s’écouler une éternité avant que je n’entende le CLICK rassurant de l’obturateur. Ce fût ensuite « En cours de développement » qui apparût sur le petit écran, une autre éternité. L’un des avantages de toute cette technologie numérique est celui de pouvoir voir le résultat immédiatement. L’image était petite, limitée à quelques centimètres carrés mais remplie de lumière où se confondaient des nuances de vert et de bleu.

La beauté est là autour de nous. Elle nous entoure, cependant la plupart d’entre nous n’ouvre pas les yeux. Cette nuit là, j’ai ouvert les yeux, mon cœur et mon esprit, et c’est ce que j’ai vu.

Jacob Schere
Tokyo 2006

Traduction française par Vanessa Vallon

 

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